‹ Œuvres tres-completesChapitre 49 sur 70 · DU DOGME DE LA TRANSSUBSTANTIATION · texte numérisé non relu

DU DOGME DE LA TRANSSUBSTANTIATION

XIV. Remarques sur le mot transsubstantiation. — Ce mot , vous le savez , mes chers frères, n'est devenu commun dans l'Eglise, que par l'usage qu'en a fait le concile de Latran, tenu en 1215. Mais si l'expression était alors nouvelle, la doctrine qu'elle énonçait était ancienne. C'est la remarque de M. Bossuet, qui dit que si nous allons à la source, nous trouverons que la même raison qui a introduit le mot de consubstantialité dans le mystère de la Trinité , a rendu nécessaire le mot de transsubstantiation dans le mystère de l'Eucharistie (Histoire des variations, t. 3, 1.2).

Avant que les subtilités des hérétiques eussent embrouillé le vrai sens de cette proposition de Notre -Seigneur , Moi et mon Père sommes une même chose, on croyait suffisamment expliquer l'unité parfaite du Père et du Fils par ces expressions de l'Ecriture, sans qu'il fût nécessaire de dire toujours qu'ils étaient un en substance ; mais depuis

que les hérétiques ont voulu persuader aux fidèles que cette unité du Père et du Fils n'était qu'une unité de concorde, de pensée et d'affection , on a cru qu'il fallait bannir ces pernicieuses équivoques , en établissant la consubstantialité, c'est-à-dire l'unité de substance.

Il est aisé, ajoute ce savant prélat, d'appliquer ceci à la matière de l'Eucharistie. Si on eût conservé sans raffinement l'intelligence droite et naturelle de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang , nous eussions cru expliquer suffisamment une présence réelle de Jcsus-Christ dans l'Eucharistie, en disant que ce qu'il y donne est son corps et son sang; mais depuis qu'on a voulu dire que Jésus-Christ n'y était présent qu'en figure, ou par son esprit, ou par sa vertu, ou par la foi ; alors, pour ôter toute ambiguïté, on a cru qu'il fallait dire que le corps de Notre-Scigncur nous était donné en sa propre et véritable substance, qu'il était réelle-

INSTRUCTION PASTOKALE

ment et substantiellement présent. Voilà ce qui a fait naître le terme de transsubstantiation , pour exprimer un changement de substance, ainsi que celui de consubstantiel , pour exprimer une unité de substance.

Le même auteur, pour prouver aux luthériens que la consubstantiation qu'ils admettent est insoutenable , fait valoir contre eux la décision du synode deCzengcr, conçue en ces termes : Comme la baguette de Moïse n'a pas été serpent sans transsubstantiation, et que Veau n'a pas été sang en Egypte, ni vin dans les noces de Cana, sans changement : ainsi le pain de la cène ne peut être substantiellement le corps de Christ, s'il n'est changé en sa chair, en perdant la forme et la substance du pain.

C'est le bon sens, suivant M. Bossuet, qui a dicté cette décision. En effet le pain en demeurant pain ne peut non plus être le corps de Notre-Seigneur que la baguette en demeurant baguette ne peut être un serpent, ou que l'eau demeurant eau ne peut être du sang en Egypte, et du vin aux noces de Cana. Si donc ce qui était pain, devient le corps de Notre-Seigneur; ou il le devient en figure par un changement mystique, suivant la doctrine de Zuingle, ou il le devient en effet par un changement réel , comme le disent les catholiques. Ainsi Luther, qui se glorifiait d'avoir bien défendu le sens littéral, était bien loin de son compte , puisque il n'avait pas même compris le vrai fondement qui nous attache à ce sens, ni entendu la nature de ces propositions, qui opèrent ce qu'elles énoncent. Jésus-Christ dit a cet homme, Ton fils est vivant (Joan. k, 50). Jésus-Christ dit à cette femme : Tu es guérie de ta maladie ( Luc. 13, 12 ) . En parlant, il fait ce qu'il dit ; la nature obéit, les choses changent, et le malade devient sain. Mais les paroles, où il ne s'agit que de choses accidentelles, comme sont la santé et la maladie, n'opèrent aussi que des changements accidentels. Ici, où il s'agit de substance, puisque Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps; ceci est mon sang, le changement est substantiel ; et par un effet aussi réel qu'il est surprenant, la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang. Par conséquent, lorsqu'on suit le sens littéral, il ne faut pas croire seulement que le corps dé Jésus-Christ est dans le mystère , mais encore qu'il en fait toute la substance; et c'est à quoi nous conduisent les paroles mêmes , puisque Jésus- Christ n'a pas dit , mon corps est ici , ou ceci contient mon corps, mais ceci est mon corps ; et il n'a pas voulu dire ce pain est moncorps, mais ceci, indéfiniment. Et de même que s'il avait dit, lorsque il a changé l'eau en vin , ce qu'on va vous donner à boire est vin; il ne faudrait pas entendre qu'il aurait conservé ensemble et l'eau et le vin , mais qu'il aurait changé l'eau en vin ; ainsi , conclut M. Bossuet quand il prononce que ce qu'il présente est son corps, il ne faut nullement entendre qu'il mêle son corps avec le pain, mais qu'il change effectivement le pain en son corps.

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