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avant cette transsubstantiation et ce qui lui est surajouté par elle. L'opinion de ce théologien explique encore facilement cette prière contenue dans une Liturgie des Arméniens, et rapportée par Cassander et par l'auteur de la Perpétuité de la foi (L. 5, c. 8). Tu, Domine, c ui offerimus hanc oblationem, suscipe in conspectutuo collocatam, et coœquaillam corpori et sanguini Domini nostriJesu Christi; c'està-dire , Nous vous offrons , Seigneur , cette oblation ; recevez-la, et la mettez en votre présence, et rendez-la égale au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Cinquième motif. Une autre objection spécieuse des calvinistes est celle-ci • Le corps naturel de Jésus-Christ a été formé, non de la substance du pain, mais de la chair de Marie; le corps sacramentel est formé, non de la chair de Marie , mais de la substance du pain. Le naturel et le sacramentel n'est donc pas substantiellement le même corps , et les catholiques, qui disent que c'est le même, tombent en contradiction.
Bellarmin donne pour réponse que le corps de Jésus-Christ n'est pas produit ou formé du pain, mais seulement qu'il succède au pain; Aon producitur, sedsolùm succedit pani (lib. 3, c. 24). Il dément par là le langage des saints pères, et il confond la succession du corps de Jésus-Christ en place du pain, avec la con version du pain au corps de Jésus-Christ. Deux choses, toutefois, très distinctes. Si Dieu détruisait l'épée A pour mettre à sa place et en son fourreau l'épée B, on dirait avec raison que l'épée B succède à l'épée A ; mais pourrait-on dire, sans bouleverser l'idée des choses et la signification des mois, que l'épée A a été convertie, transsubstantiée dans l'épée B?
Sixième motif. 11 répugne qu'une substance corporelle soit convertie en une autre , à moins que la matière de celle-là ne devienne la matière de celle-ci : car la création, la conversion , l'annihilation diffèrent entre elles, en ce que, par ta création, ce qui n'était pas commence d'être ; par l'annihilation (1) , ce qui était cesse d'être ; et par la conversion, quelque chose de ce qui est converti , c'està-dire du terme à quo, passe dans ce en quoi il est converti , c'est-à-dire dans le terme ad quem. Or ce quelque chose n'est pas la forme ; car si le terme à quo conservait sa forme substantielle qui le constitue ce qu'il est et qui le distingue de ce qu'il n'est pas , il ne serait point converti. C'est donc la ma-
(t) Les théologiens disputent beaucoup entre eux si la destruction entière du pain dans l'Eucharistie doit être nommée annihilation : les uns soutiennent l'affirmative, parce que le pain , après la consécration, n'existant plus, n'étant rien, rentre dans le néant ; les autres la négative, à cause que le pain étant remplacé par le corps de Noire-Seigneur, l'action par laquelle il est détruit a pour terme, non le néant, mais quelque chose de réel. Le cardinal de Lugo dit avec raison que c'est une dispute de mots. Quoi qu'il en soit, il est évident que, posé cette destruction entière du pain, le pain n'existe pas plus , après la consécration, que s'il n'avait jamais existé : or cela suffit pour que le raisonnement de Durand conserve toute sa force, la cessation entière d'existence étant équivalente à ['annihilation.
SUR L'EUCHARISTIE. uu
tière du terme a quo qui est conservée , et qui, passant au terme adquem, en devient la matière.
Que répond Bellarmin ? Que ce raisonnement serait tolérable dans un philosophe païen ; car, ajoute-t-il , une conversion ne peut naturellement se faire , à moins que la matière ne reste , parce que les agents naturels ne peuvent produire la matière ; mais puisque un chrétien croit que Dieu a produit de rien la matière, et qu'il peut l'anéantir, ne doit-on pas croire aussi que le Tout-Puissant peut changer la matière et quelque chose que ce soit en une autre ?
Doit-on être content de cette réponse ? Ne peut-on pas répliquer que comme Dieu, quoique Tout-Puissant, nepeutni naturellement, ni par miracle , faire que création soit annihilation , qu'amour soit haine, que corps soit esprit (1), que triangle soit cercle, qu'action soit inaction et que telle action soit autre action, c'est-à-dire quelle soit ce qu'elle n'estpas, et qu'elle ne soit pas ce qu'elle est; parce que ce serait bouleverser les idées, changer la nature immuable des choses et la signification propre des mots ; aussi, par la même raison il ne peut pas faire que substitution soit conversion, et que les hommes entendent actuellement par ce mot ce qu'ils entendent actuellement par l'autre. Or la cessation d'une chose et la succession d'une autre en sa place , c'est ce qu'ils entendent par substitution. Le changement d'une chose qui perd sa forme en une autre en qui passe sa matière conservée, c'est ce qu'ils entendent par conversion, soit naturelle soit surnaturelle, comme le montrent tous les exem-
ples ci-dessus allégués. Ainsi puisque dans l'opinion de Bellarmin , la matière du pain n'est pas conservée , mais qu'au pain succède le corps de Jésus-Christ., il n'y a pas conversion, mais seulement substitution ; et ni l'Eglise, qui est la colonne de la vérité (1 Tim. 3, 15), ni Dieu, qui est la vérité même, ne peuvent vouloir qu'un chrétien , non plus qu'un païen, appelle faussement conversion ce qui n'est que substitution , ou succession. Aussi ni l'un ni l'autre de ces deux derniers mots n'a été employé par aucun concile ni par aucun des saints pères, pour exprimer le changement du pain en la substance du corps de Jésus-Christ.
Septième motif. Les saints pères, les Liturgies, les auteurs ecclésiastiques disent que le corps de Jésus-Christ est créé, fait, formé
(l) Corpus, aul aliquid sive terrenum >ive cœlesie converti in nnimam, fieriijiie naluram inqorpoream , neque quemquam sensisse scio, nec fides hoc habel. S. Aug. L 7 de Gen. aclLitl., c. 12.
Idem Augusiinus, /. de Immort, anim., c. 6, negat animant rationalem in inaiionalem converti posse. Vide Vasq. de Euch., q. 75, c. 5 , an. 8. Idem'docet Boeiius, /. de duabus Naluris. Scol et plusieurs anciens théologiens ont enseigné le contraire. Mais leur opinion, abandonnée pnr les nouveaux, est absolument rejetée par tous les philosophes, comme tendant à renverser ce principe fondamental, que, étnnt impossible qu'une chose soit et ne soil pas en même temps , les essences des choses sonl immuables et indépendantes.
INSTRUCTlOiN PASTORALE
du pain ; que le pain devient la chair de Jésus- Christ, qu'il passe dans le corps de Jésus- Christ, et que ce corps prend du pain sa consistance (1). Le sens propre et naturel que ces paroles offrent d'elles-mêmes à l'esprit, n'estil pas que le corps du Fils de Dieu est formé de la matière du pain, et que ce qui était la matière de ce pain devient la matière de ce corps? Oui sans doute , et cela est si clair, que les théologiens, qui ne veulent pas que la matière du pain persévère, sont contraints par la force de l'évidence d'avouer que ces propositions, prises à la lettre et à la rigueur, ne sont pas vraies, qu'elles sont impropres , et qu'elles ont besoin d'une bénigne interprétation. Cet aveu que font Suarez (De Euch. , disp. 50, sect. 9 ) , Lessius (De Euch. , q. 75 , art. 3 ) , Vasques (De Euch. q. 76 , c. 14), etc., n'estil pas un préjugé bien défavorable à leur sentiment ? ne blesse-t-il pas le respect dû aux saints docteurs, qu'on accuse de s'être exprimés d'une manière impropre, et contraire à l'exacte vérité? Ne donne-t-il pas lieu aux invectives et aux reproches des hérétiques ? Lorsqu'on objecte à ceux-ci qu'il faut entendre dans le sens naturel et littéral cette proposition, Ceci est mon corps, ne les autorise-t-on point par cet aveu à répondre qu'il est vrai que, prise dans le sens qu'elle présentcd'abord à l'esprit, elle signifie la présence réelle, et qu'à ia rigueur elle est impropre et fausse dans le sens naturel et figuré qu'ils lui attribuent : mais qu'ils ont autant de droit de l'interpréter de la sorte que les catholiques en ont de donner une bénigne interprétation aux propositions ci-dessus qui sont consacrées par le langage de toute la tradition.
Huitième motif. Les saints pères (5. Ambr., de Fide , l. k, c. 5) , disent que le pain est transformé (2) , transfiguré dans le corps de Jésus-Christ. Que signifient ces termes, sinon le changement d'une forme en une autre forme d'une figure en une autre figure, dans la même matière, qui reste en l'une et en l'autre? Que ce soit la leur signification, tout le monde en convient; Bellarmin lui-même et les théologiens partisans de son sentiment, preunentde là occasion d'attaquer celui de Durand, auquel ils reprochent de n'admettre qu'une transformation, et non une vraie transsubstantiation (3). On a fait voir ci-dessus que ce reproche n'est pas fondé ; puisque, selon Durand, la substance du pain , qui, perdant sa forme et en outre sa subsistance, sa raison de
(1) C'est ainsi que le cardinal Duperron traduit le texte de S. Grégoire deNysse, pag. 514. Les textes des aulres saints docteurs sont trop connus, pour qu'il soit besoin de les meure ici. On peut les voir dans Bellarmin, l. 5, de Euch., c.20et ai.
(2) S. Fulbert, évoque de Chartres, au lieu du mot transformation se sert de celui de transfusion (Epist. ad Adeodatum), qui est encore plus énergique, pour exprimer ci le passage et le mélange le la matière du pain dans celle du corps de Jésus-Christ. On sait que les médecins emploient ce mot pour exprimer l'opération par laquelle on fait passer du sang des vaisseaux d'un animal dans ceux d'un autre.
(5) La transsubstantiation suppose toujours deux substances, deux choses de différente nature, dont l'une est changée en l'autre. La transformation ne suppose pas toujours deux substances ; elle peut avoir lieu ,
suppôt, perd sa nature, est vraiment convertie en celle du corps de Jésus-Christ. Elle est donc transsubstantiée,maisen même temps elle est vraiment transformée, transfigurée, parce que la matière du pain reçoit une nouvelle forme et figure; au lieu que d'ans l'opinion de Bellarmin , elle n'en reçoit aucune , et il faut qu'il avoue encore que (les propositions qui annoncent cette transfiguration et transformation, prises dansleur sens littéral, ne sont pas correctes, qu'elles sont impropres etfausses. Nouveau sujet de triomphe pour l'hérésie et de déshonneur pour l'Eglise catholique qui les a adoptées pour les saints pères, pour des écrivains célèbres, et en particulier pour M. Bossuet, qui s'en sont servis. Ce savant prélat cite aussi un texte de saint Pacien (Tom. h, p. 304), qui appelle l'Eucharistie un renouvellement du corps de Jésus-Christ. Plusieurs autres saints docteurs la nomment une extension continuelle et perpétuelle de l'Incarnation. D'autres la comparent à la formation du corpsdeJésus-Christdans le sein de Marie. Tout cela s'entend et s'explique trèsbien dans le sentiment de la permanence de la matière du pain, qui par manière d'accroissement passe au corps du Verbe incarné.
Mais dans le sentiment contraire , rien de plus inintelligible ou de moins exact.
Neuvième motif. Les saints docteurs comparent la conversion du pain au corps de Jésus-Christ à celle de l'eau du Nil en sang, de la verge de Moïse en serpent, de l'eau des noces de Cana en vin, et de nos aliments en notre chair. Toutes ces comparaisons , qui renferment la permanence de la matière de chaque terme àquo, dans chaque terme adquem, sont exactes dans l'opinion de Durand; elles ne le sont pas dans le sentiment de Bellarmin; luimême l'avoue, et ne se tire d'embarras qu'en disant que l'exactitude entière n'est pas requise dans les comparaisons. Cela est vrai, mais n'empêche pas que plus elles renferment de parités et de similitudes, plus elles sont louables et font honneur à ceux qui s'en servent. Les textes donc des saints pères ont, dans le sens que leur donne Durand, un degré de mérite qu'ils n'ont pas dans le sens que leur attribue Bellarmin.
Dixième motif. Des raisons particulières persuadent que S. Ambroise a cru la permanence du pain. 1" Il se sert du mot transfigurer. 2° Il dit que par la consécration , Dieu change l'espèce des éléments. Or toutes les fois que les éléments changent d'espèce, ils conservent leur matière. 3° Ces paroles du même père , Sermo Domini operatorius est ut sint quœcrant, et in aliud commutenlur (L. k de Sacrum., c. k), ne doivent pas, àla vérité, s'entendre, comme le prétendent les sacramentaircs , de la permanence du pain et du vin, puisque, s'ils demeuraient, ils ne seraient pas changés ; mais elles expriment la permanence de la matière , à raison de laquelle
quoique il n'y ait qu'une seule substance qui reçoit successivement différentes formes ou figures, lin morceau de cire, que de rond on rend carré, n'esl point iranssubsl;mtié, mais seulement transformé ou transfiguré.
Ubl
SUR L'EUCHARISTIE
le pain et le vin continuent, en un certian sens, d'exister, Sunt quœ erant; elles ne sont susceptibles d'aucun sens raisonnable dans l'opinion de Bellarmin.
Onzième motif. Plusieurs textes de S. Grégoire de Nysse ne permettent pas de douter qu'il n'ait cru que la matière du pain reste. 1° Il aUègue, dit le cardinal Duperron (Traité de l'Eucharistie, p. 314), que lepainet le corps de Jésus-Christ ne sont point termes hétérogènes et entre lesquels il ne puisse intervenir quelque commerce de mutation , d'autant que le pain est en puissance le corps humain, et n'a besoin, pour y être changé , que d'une vertu transmutât ive ; 2° Il allègue l'exemple du changement de pain en la chair de l'homme, même en la chair de Jésus-Christ, lorsque il était en ce monde. D'où ce père conclut que l'opération du S. -Esprit sera bien assez efficace pour changer le pain en la chair du Verbe, puisque la chaleur et force naturelle changeait le pain en la chair du Verbe, lorsque il le mangeait étant en ce monde. Les paroles du saint Docteur n'ont pas besoin de commentaire ; elles manifestent assez que, selon lui, la matière du pain transélémenté passe dans le corps sacramentel de Jésus-Christ , comme la matière du pain dont il se nourrissait sur la terre passait en son corps naturel.
En vain Bellarmin répondit-il que S. Grégoire ne prend de cette comparaison que ce qui prouve le changement réel, et qu'il rejette tout le reste ; car il est clair par son texte qu'il ne rejette qu'une seule chose , savoir, que le changement du pain au corps sacramentel ne se fait point successivement parles lois ordinaires de la digestion et de la nutrition , mais par une opération miraculeuse et momentanée (1). Puisque donc il ne rejette que cet article dans lequel sa comparaison est défectueuse, ne doit-il pas être censé l'avoir proposée comme exacte pour tout le reste? S'il avait cru qu'elle manquait d'exactitude sur quelque autre article, tel qu'est la permanence de la matière, n'aurait-il pas dû ajouter cette seconde disparité à la première, d'autant plus que la principale idée qu'offre à l'esprit sa comparaison renferme cette similitude de permanence de la matière. D'ailleurs, si l'on ôte cette similitude, l'explication qu'il apporte, loin de servir à persuader le mystère et à l'éclaircir, ne le rend que plus difficile à croire, et n'est propre qu'à l'obscurcir. Celte explication donc doit être entendue dans le sens de l'opinion de Durand, et lui sert d'un grand appui, puisque, comme dit M. Duguet (Traité de l'Euchar. , p.lk) , la doctrine de ce père sur l'Eucharistie a été embrassée par toute l'Eglise grecque , et principalement depuis le temps de S. Jean Damascène, qui l'a exactement suivie, et de qui tous les Grecs postérieurs ont appris à la suivre.
Dernier motif. Il paraît certain que la permanence de la matière du pain a été admise par S. Jean Damascène , qui , suivant M. de
(1) Non quidem eo quod cibo mediante in verbi corpus évadât , sed quod staliui per verbuin in corpus iransmutetur.
De Pressy. I.
Marca, dont nous allons rappoter les textes, s'explique là-dessus avec beaucoup de circonspection, dans son Epîtrc à Zacharie (1),
(1) Le père le Quien, quia donné In dernière édition de S. Jean Damascène, préiend mal à propos que cetie épitre n'est point de ce saint docteur. Car, 1° elle se trouve parmi ses ouvrages dans les éditions précédentes et dans beaucoup de manuscrits qui la lui attribuent. Le père le Quien lui-même en convient, et avoue qu'il n'a trouvé qu'un seul manuscrit qui indique pour auteur de celle épître Pierre Mansur; 2° 11 avoue aussi qu'elle a été citée comme étant de S. Jeau Damascène par un savant auteur grec, nommé Micbel Glycas, qui vivait dans le douzième siècle; 5" outre que les prétendues erreurs qu'il croit apercevoir dans celte épître ne seraient pas une raison suffisante pour roter du nombre des ouvrages de ce saint docteur, qui aurait pu se tromper en certains points peu éclaircis de son temps : d'ailleurs les textes qu'il cite comme renfermant ces erreurs paraissent susceptibles d'une bénigne interprétation. Le principal est celui où il est dit que le corps el le sang de Jésus-Christ dans I'Eucharislje peuvent être corrompus. Mais il y a lieu de présumer qu'il ne parle que d'une corruption improprement dite, semblable à celle qu'éprouvait, selou lui, le corps de Noire-Seigneur, lorsque il était sur la terre avant sa résurrection , et qui consistait en ce qu'il pouvait être brisé, déchiré, mangé; il est en ce sens corruptible dans l'Eucharistie, où il est divisé mangé, brisé par les dents, expressions employées' par nombre d'auteurs très-orthodoxes :par S. Auastase Sinaïle, par S. Isidore de Péluze, qui se sert aussi de ce mot corruption, par Radbert Pasehase par Guiimont, par les pères du concile de Rome ' dans la profession de foi qu'ils exigèrent de Bérenger, et par Abbaudus , auteur du douzième siècle dans son traité de Fradione corporis Chrisii. L'autre lexle, qui parait erroné au père le Quiai , semble nier qu'il y ait du sang dans le corps glorieux de Noire-Seigneur ; mais l'auteur de celle épître, qui pour preuve de son opinion , cite un passage de S. Grégoire de Nazianze, touchant la chair resMiscitée du Fils de Dieu, n'exclut qu'un san<* grossier ou altérable, de même que S. Grégoire n'exclut qu'une chair grossière et pareille à celle que Jésus-Christ avait avant sa résurrection. S. Augustin, dans sa lettre à Consentius, paraîtdouler si l'on peut attribuer au corps ressuscité de Notre-Seigneur du sang proprement dil. Voici ses paroles. ÎSon ergo et nos addamus inquirere quod itle non addidii 'dicere • et de. compendio, si placct, finila sil quœslio. Fortass'is enim accepta occaswne sanguinis, urgebit nos molcstior perscrutator et dicet, si sanguis, cur non et pituita ? Cm non el ftl flavum et fat nigrum? 4° Le fond de la doctrine de celte épître est le même que celui du livre IV de lu Foi orthodoxe, lequel, de l'aveu de tout le inonde, a été composé par S. Jeau Damascène et qui seul suffirait pour faire voir que ce saint a 'cru que la matière du pain est changée au corps de Jésus-Christ par manière d'union, d'accroissem m d'assimilation, semblable à celle dont le pain que Notre-Seigneur mangeait, sur la terre se changeait en sa chair. Enfin quoique le père le Quien sou un auteur respectable , qui par son savoir distingué à fait honneur au Boulonnais, sa patrie, son autorité toulelois n'est point comparable à celle de M de Marca, qui attribue cette épître à S. Jean Damascène, ni à celle du célèbre Léon Allaz/.i, savant du premier ordre en ce genre d'érudition, ei dont le père te Quien, qui en a lait lui-même un grand éloge, a inséré dans son édition, des Prolégomènes où cette épître est attribuée à ce saint docteur. L'auteur de la Perpétuité de la Foi, à qui le ministre Claude (a)
(a) Réponse au livre de M. Arnaud, p. 473
(Trentc-sepl )
INSTRUCTION PASTORALE
évêque de Doare, et au chapitre qui suit ; car il l'ait cinq propositions pour l'intelligence de ce mystère.
La première, que le corps qui est cnl'Eucharistie et celui qui est au ciel est un seul corps.
La seconde, qui explique la première, que ce corps de l'Eucharistie est une augmentation du vrai corps de Jésus-Chrisl, Dominici cor— porisaccretio. De manièreque, comme l'enfant qui est né avec son petit corps augmente ce même corps par le moyen de la nourriture , les facultés naturelles changeant l'aliment en vraie substance de son corps , de même le pain consacré est changé par le S. -Esprit en l'augmentation du vrai corps de Jésus-Christ.
La troisième, que cette augmentation se fait par un changement inexplicable du pain au corps , au moyen de la venue du S. -Esprit; car de même que le sang de la Vierge fut converti au corps de Christ par l'union de l'hypostase du Verbe, le pain est converti au même corps de Christ par le S. -Esprit qui survient à l'autel et opère ce changement; en sorte que le pain , c'est-à-dire tout ce composé d'accident et de substance , est fait le vrai corps de Christ.
D'où suit la quatrième proposition, à savoir que Notre-Seigneur ayant voulu que l'Eucharistie fût célébrée pour la mémoire de sa passion, ce corps est rompu et mangé en l'Eucharistie et y est sujet à corruption ; aûn que l'économie de notre salut soit mieux représentée , c'est-à-dire que les mystères qui ont été opérés au corps incarné soient sensiblement représentés, et que ce corps soit rompu au sacrement comme il fut cloué et percé en la croix ; et pour cet effet l'institution de ce sacrement fut faite par Notre- Seigneur avant la résurrection , tandis que son corps était corruptible.
La cinquième proposition est que , nonobstant celte fraction qui arrive au corps en l'Eucharistie pour accomplir l'économie lorsque il est dans nous parla manducation, comme dans le sépulcre, il ne perd point son être; mais il demeure incorruptible et inviolable, rend incorruptibles les chrétiens, et passe en la nourriture spirituelle de leurs âmes.
Cette explication ainsi proposée vérifie la conclusion des catholiques , que le vrai corps de Jésus-Christ est en l'Eucharistie , et que le pain est changé au corps ; mais la façon d'expliquer est un peu différente : car Damascène ne s'engage pas à ce que l'on dit dans l'école, que le corps de Jésus-Christ qui est au ciel est rendu présent par une multiplication de présence ; mais il dit que le pain est fait le corps de Christ, par augmentation du corps ; ce qui pourrait s'accommoder à l'opinion de Suarèz , qui veut que cette présence se fasse par reproduction.
avait objecté les textes de celte épine , comme écrite par S. Jean de Damas , ne parait point avoir nié ou douté qu'elle fût sortie de la plume du suint Docteur. Il y a dans sa Réponse générale (P. 421 et «uiv.)au livre de ce ministre, un chapitre entier sur uu texte de ce saint; m:iis il n'y a pas un seul mot qui indique le moindre doute sur ce qu'il est l'auteur de cette épîlre.
Il ne dit pas aussi expressément que la substance du pain désiste, et que les accidents demeurent sans sujet; mais il dit que tout le pain est fait le corps de Christ.
M. de Marca rapporte ensuite, et commente les paroles du même saint docteur extraites du livre quatrième de la Foi orthodoxe ( Chap. 14 ) , où il dit que la parole de Dieu est vive et efficace, qui créa la lumière et tout ce qui est au monde; que le Vei forma sa chair, sans semence d'homme, du sang le plus pur des entrailles de la Vierge; et paitant que rien n'empêche que du pain il ne fasse son corps ; ce qu'il opère tous les jours dans l'Eucharistie; la force obombrante du Saint-Esprit servant pour cet effet par la consécration , comme d'une pluie pour cette moisson. La Vierge demanda comment elle pouvait concevoir, n'ayant point connaissance d'homme. Si vous demandez aussi, dit-il, comment peut être faille corps de Christ, je vous réponds que le Saint-Esprit survient, qui fait ce qui ne peut être ni conçu dans l'entendement , ni expliqué par la parole. Ensuite il ajoute '.Assurément ce corps qui dans VEucharistie est vraiment uni à la Divinité est ce corps qui est né de la sainte Vierge: non pas que ce corps soit descendu du ciel, mais parce que le pain et le vin sont changés au corps et au sang. Et Von ne peut rien dire davantage sur ce sujet , sinon que la parole de Dieu est véritable et toute-puissante ; car la façon en est telle, qu'elle ne peut être recherchée par aucune raison. On peut bien dire que, comme le pain que l'on mange est 'changé par la force de la nature au corps de celui qui mange , aussi le pain et le vin de VEucharistie sont changés d'une façon merveilleuse, par l'invocation et venue du Saint-E sprit , au corps et au sang de Jésus-Christ.
Il passe plus outre, car il dit que ce pain n'est pas la figure du corps, mais le corps même, d'autant que Notre-Seigneur a dit que c'était son corps, et non pas la Ggurc de son corps. Il confirme ensuite cette pensée, disant que le pain de la communion n'est pas un simple pain, mais un pain conjoint à la Divinité ; en sorte que ce corps est d'une nature différente de celle de la Divinité, et qu'il y a deux natures, l'une du corps, l'autre celle de la Divinité.
Le corps de l'Eucharistie est destiné pour le salut de notre ame et de notre corps, qui n'est point consumé, ni ne va au retrait, mais purge notre ame. S'il rencontre de l'or faux, il l'épure avec la flamme et le feu, pour empêcher que l'on ne soit pas damné à l'avenir avec le monde, selon l'Ap6tre , en l'Epître aux Corinthiens. (Là où il est remarquable qu'il donne une nouvelle explication au texte , qui porte que celui qui mange le corps du Seigneur indignement mange son jugement, c'est-à-dire qu'il est châtié en ce monde pour n'être point damné à l'avenir.) Mais aussi, ajoute Damascène, étant purgés par ce pain de l'Eucharistie , nous sommes unis au corps du Seigneur et à son esprit, et sommes faits un corps avec lui.
Par ce discours, tout le pain, y compris tes
SUR L'EUCHARISTIE
accidents , semble être converti au corps de Jésus-Christ ; et après l'économie et la mémoire de la passion parachevée, ce corps eucharislique ne se perd pas, mais il se réunit en un même corps d'une façon invisible, dit-il en son chapitre particulier sur cette, matière. Quelque prolixes que soient ces textes de S, Jean Damascène et les observations de M. de Marca, plusieurs raisons ont engagé à les rapporter tout au long.
1° La
M. Duguet
théologie
de ce saint docteur, dit [Traité de VEuchar., p. 122), est très-célèbrè parmi les Grecs qui sont venus après lui, et c'est avoir rapporté leur sentiment, que d'avoir rapporté le sien, comme un protestant (1), qui les avait bien lus, en convient. Elle est aussi d'un très-grand poids dans l'Eglise latine, suivant le cardinal Duperron, qui fait un magnifique éloge de ce saint. Il dit (2) de lui en termes formels, qu'il avait passé par toute sorte d'études et de sciences, qu'il avait acquis la gloire du plus consommé théologien, du plus profond philosophe , du plus savant mathématicien , du plus florissant orateur, et du plus prudent homme d'état de son temps ; qu'il était la lumière de son siècle, et qu'il a illustré toutes les écoles, tant d'Orient que d'Occident.
2° Ces textes et ces observations joints ensemble font voir clairement que ce saint docteur a cru que la matière du pain demeure et qu'elle est changée en la chair de Jésus-Christ par manière d'augmentation , de même que nos aliments se changent ainsi en la substance de nos corps. Cela est si clair, que Vasques {Q. 75, disp. 181, cl), après avoir cité le texte où ce saint docteur emploie cette comparaison, n'a pu s'empêcher de reconnaître qu'il semble exprimer assez clairement ce qu'a enseigné Durand. Il ajoute, pour se débarrasser de la difficulté, que cette comparaison n'a été employée qu'afin d'expliquer le changement du pain au corps de Jésus-Christ d'une manière qui ne parût point impossible à Dieu. Mais si la matière du pain ne passe point dans le corps de Jésus-Christ, comme la matière des aliments passe dans notre corps , cette comparaison n'explique rien ; loin de faciliter l'intelligence ou la croyance du mystère, elle le rend plus difficile à croire, et donne lieu aux incrédules de dire qu'à la vérité le changement de la nourriture en notre chair est possible à Dieu, et doit être appelé vraie conversion , parce que sa matière qui demeure est commune au terme a quo et au terme ad quem ; mais que n'y ayant rien dans l'Eucharistie de commun à ces deux termes , il ré-
\i) Blondel fait le dénombrement des auteurs grecs qui ont suivi S. Jean Damascène dans l'éclaircissement sur l'Eucharistie, ch. 16, page 646.
(2) L'auteur de la Perpétuité delà foi dit que saint Jean de Damas est comme le S. Thomas des Grecs , et qu'il a toujours été la règle de leur doctrine sur l'Eucharistie. 11 ajoute ailleurs qu'il n'y a qu'à lire les traités des nouveaux Grocs pour y reconnaître qu'ils se conforment entièrement au sentiment et aux expressions de S. Jean de Damas et de S. Grégoire de Nyssc. Jamais l'Eglise romaine ne les en a blâmés.
Fugne absolument que l'un soit converti en autre, et que Dieu opère un tel changement qui implique contradiction. Car, selon S. Thomas (1) lui-même, il est de l'essence de ce qu'on appelle changement que l'être en qui il se fait soit, avant qu'il se fasse et après qu'il est fait, le même quelque chose, Aliquid idem. Ce saint docteur, il est vrai, dit ailleurs (Q. 75, disp. 181, c. 1), que dans l'Eucharistie il y a quelque chose qui demeure le même avant et après le changement, savoir, les accidents du pain; mais il enseigne aussi dans le même endroit que la conversion qui se fait dans l'Eucharistie a quelque analogie avec la création , en ce que ni dans l'un ni dans l'autre il n'y a pas de sujet commun aux deux termes a quo et ad quem, au lieu qu'il y en a dans toute conversion naturelle. Il avoue encore que celte conversion eucharistique n'a point, à proprement parler, de sujet : il prétend (Jbid. a. 5) toutefois que les accidents qui restent ont quelque ressemblance ou apparence de sujet (2). Ne s'ensuit-il point de là qu'elle n'a point non plus, à proprement parler, l'essence, la réalité de changement ; qu'eile n'en a que quelque apparence, quelque ressemblance; et par conséquent que dans des écrits dogmatiques, dans des définitions et professions de foi , où l'on doit parler proprement et dans la plus grande exactitude, on ne devait pas lui donner ce nom de changement? Il lui a été néanmoins donné par les saints pères, soit grecs, soit latins, et par les Conciles de Rome , de Latran , de Trente (3). N'est-ce pas un indice certain (ou du moins un préjugé légitime) qu'ils ne pensaient point là-dessus comme 3- Thomas ; d'autant plus qu'ils ne se sont pas exprimés comme lui , et qu'aucun d'eux n'a dit que la conversion du pain au corps de Jésus-Christ consiste en ce que !a substance du corps succède à la substance du pain , et prend sa place sous ses espèces ?
Après vous avoir exposé, mes frères, les motifs favorables à l'opinion qui soutient que la matière du pain devient la matière du cor de Jésus-Christ, nous vous laissons à ju{ s'ils sont supérieurs ou non aux arguments contraires el à l'autorité de la plupart dos anciens théologiens dont quelques-uns la rejette nt comme erronée. D'une autre part, plusieurs théologiens modernes la regardent comme vraie, ou du moins comme probable, selon l'auteur d'une savante dissertation contre les accidents absolus. Le sentiment de ces anciens théologiens, qui en faisaient un dogme de foi , et qui pour cette raison censuraient l'opinion de Durand , lui paraît aussi mal fondé que bien propre à fournir des armes aux incrédules contre la transsubstantiation , au lieu que cette opinion la met aisément à l'abri de leurs attaques. Elle fournit
(1) Voyez son texte ci-dessus, à la col. 1123.
(2) Voyez ci-dessus la col. 1154, où celte raison est plus développée.
(ô) Ces mots du Concile, Quœ conversio convenien' 1er, proprie, aptissime transsubslanlialio appellatur, sont très-remarquables.
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à leurs objections des réponses auxquelles Bayle n'aurait osé faire les reproches qu'il a faits à celles des scolastiques. Ce n'est pas tout, dit-il (Tome 4, p. 2993), que de répondre; il faut donner une solution qui excite quelque idée et qui soit exempte de la pétition du principe et qui fasse voir que l'objection est bâtie sur des fondements qui n'ont point de liaison avec les notions communes. Voilà trois caractères qu'on ne trouve point dans les réponses des scolastiques aux objections qui attaquent le mystère de la transsubstantiation. Il y a dans l'une et dans l'autre communion , la romaine et la protestante, beaucoup de personnes qui sont mal édifiées des explications des scolastiques, et qui jugent que ces gens-là ont plus embrouillé que débrouillé les mystères de la Religion. Si Bayle n'avait parlé que de plusieurs scolastiques à qui Vasques ( Q. 75, disp. 181, c. 1) fait le même reproche, il aurait eu raison; mais comme sa proposition est universelle, il a eu tort de reprocher à tous ce qui ne convient qu'à une partie d'entre eux. Il est tombé lui-même dans leur défaut de la pétition du principe, en supposant vrai dans ses objections ce qui est en question : nous avons Lit voir qu'il y allègue comme certain et évident ce qui est controversé parmi non seulement les théologiens de l'école, mais encore les plus grands philosophes et les plus savants auteurs, soit catholiques , soit protestants. Ceux-ci font contre la transsubstantiation d'autres objections que nous allons proposer et réfuter.
XVIII. Objections des protestants contre la transsubstantiation. — Première objection. Si le dogme de la transsubstantiation était vrai, dit un docteur anglican (1), il y aurait une vraie barbarie dans la célébration de la sainte cène. S. Augustin, comme je l'ai déjà remarqué, soutient que ce serait une horrible impiété de manger à la lettre la chair du Fils de l'homme et de boire son sang. On dit à la vérité qu'on ne le fait que sous les espèces du pain et du vin ; mais cela au fond ne diminue point l'impiété et la cruauté de la chose même, puisque ils la reconnaissent au pied de la lettre, et qu'ils croient manger véritablement la chair naturelle de Jésus- Christ et boire son sang. Or que peut -on faire de plus indigne envers un ami? N'est-ce pas le traiter avec la dernière inhumanité que de le manger tout en vie et de se régaler de sa chair et de son sang ?
Réponse. Oui , ce serait le traiter inhumainement, si on démembrait son corps, si l'on versait ou si l'on consumait son sang ; mais si on ne leur fait aucun mal , si on les laisse aussi entiers qu'auparavant, si par là on seconde les désirs de son ami et si on s'unit plus parfaitement à lui , quelle inhumanité y a-t-il? Y en eut-il lorsque la reine Artémise, en avalant les cendres de son mari, voulut incorporer son corps au sien? Fut-ce de sa part un indice de haine? Ne fut-ce pas plutôt un témoignage de l'amour dont elle était
(4) M. Tillotson, archevêque de Cantorbéry, Serm. tome 3, page 352.
transportée, semblable à celui qu'exprime le texte sacré (1) que nous indiquons ? Dans le transport, dit M.Bossuet (Tome 9, p. 327), de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toutes manières; et, comme disait ce poète, enlever jusque avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre ? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus. C'est cette sagesse qui l'a empêché de nous donner sa chair à manger, son sang à boire, dans leur état naturel. 11 savait que nous eussions eu horreur de nous les incorporer dans cet état, et qu'une répugnance naturelle, qui aurait soulevé nos cœurs et nos sens , nous en eût détournés. Crainte donc de nous rebuter et de nous exposer au reproche d'être sanguinaires et inhumains, il a couvert de symboles sacrés sa chair et son sang. Il a aussi voulu les rendre invisibles, pour cacher à nos yeux l'éclat de .sa majesté dont notre vue trop faible n'aurait pu soutenir l'éblouissante splendeur. Reconnaissons en tout cela les bontés de notre Dieu et les sages précautions de son amour , dont l'excès mérite que nous nous écriions avec S.Augustin : Seigneur, jusque à quel point nous avez-vous aimés !
Deuxième objection. La raison qu'on allègue en faveur de la transsubstantiation , est, dit le même docteur (Ibid.p. 325), la nécessité qu'on prétend qu'il y a qu'un tel changement se fasse dans le sacrement de la sainte cène, pour l'avantage et la consolation des communiants. Mais si l'on y pense bien , on trouvera que cette raison n'a aucune apparence de solidité. La consolation et l'avantage des communiants dépend de la bénédiction attachée à l'institution de la sainte cène : et comme l'eau du baptême , sans aucun changement substantiel de cet élément , a la vertu, par un effet de la bénédiction divine qui accompagne une telle cérémonie, de purifier du péché et de produire la régénération spirituelle , pourquoi est-ce que dans la sainte cène les éléments du pain et du vin ne pourraient pas, par la même bénédiction divine qui l'accompagne , rendre les dignes communiants participants de toutes les consolations et de tous les avantages spirituels qu'elle nous représente sans qu'il se fasse aucun changement substantiel dans ces éléments, puisque Notre-Scigneur a dit lui-même que la chair au fond ne sert de rien
(1) Si non dixerunt viri tabemaculi met : Qnis det de carnibus ejus ut suturemur (Job 19, 22 )? Dom Calmet , dans sou commentaire sur ce texte , cite plusieurs pères grecs et latins selon lesquels les domestiques de Job, en disant : Qidnons donnera de sa chair pour nous rassasier ? marquaient leur tendre et vif attachement à leur maître, qu'ils auraient, pour ainsi dire , souhaité de manger ; de la même manière que nous disons dévorer des yeux , manger de caresses, etc. C'est dans ce sens que les pères , et l'Eglise même dans son office, ont employé ce passage pour marquer l'ardent amour de Jésus-Christ qui l'a engage à nous nourrir de sa chair et de son sang.
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(7oan. 6, 63)? De sorte que, quand même on pourrait l'aire une chose aussi étrange et aussi horrible que de manger véritablement la chair naturelle et de boire le propre sang de Notre-Seigneur , je ne vois pas quel plus grand avantage il nous en reviendrait que celui que nous pouvons avoir en participant aux symboles de son corps et de son sang , comme il l'a ordonné en mémoire de lui. Pourvu qu'on reçoive ce que Notre-Seigneur a prescrit et qu'on le reçoive avec la préparation et les dispositions ;nécessaires , l'efficace du sacrement ne dépend point de la nature de la chose reçue, mais de la bénédiction surnaturelle qui l'accompagne et qui la rend propre aux fins spirituelles pour lesquelles elle a été établie.
Réponse. Si cette difficulté nous était proposée par un déiste, nous lui dirions que la toute-puissance du Créateur est dirigée par sa sagesse infinie qu'on doit adorer et admirer sans savoir ni demander les motifs qui l'engagent à produire par tel moyen tel effet qu'elle pourrait produire sans ce moyen, ou par un autre. Dieu pourrait faire germer les plantes et mûrir les moissons sans soleil et sans pluie, faire vivre et croître les animaux sans aliments ; s'ensuit -il de là qu'il n'ait eu aucune raison de faire dépendre la fertilité des plantes de l'influence du soleil, et la vie des animaux de la nourriture? Mais comme celte objection vient d'un chrétien qui rejette le socinianisme, remarquons 1" avec M. Bossuet ( Tome 3 , p. 25 ) qu'un pareil raisonnement a fait nier aux sociniens le grand miracle de l'incarnation. Dieu, disentils, pouvait nous sauver sans tant de détours; il n'avait qu'à nous remettre nos fautes ; et il pouvait nous instruire suffisamment , tant pour la doctrine que pour les mœurs, par les paroles et par les exemples d'un homme plein du S. -Esprit, sans qu'il fût besoin pour cela d'en faire un Dieu. Mais les calvinistes ont reconnu aussi bien que nous le faible de ces arguments , qui paraît premièrement en ce qu'il ne nous appartient pas de nier ou d'assurer les mystères suivant qu'ils nous paraissent utiles ou inutiles pour notre salut. Dieu seul en sait les secrets ; et c'est à nous de les rendre utiles et salutaires pour nous , en les croyant comme il les propose , et en recevant ses grâces de la manière qu'il nous les présente.
2° Observons que Dieu a tant de bonté, qu'il se plaît à nous la signaler non seulement dans le bien qu'il nous fait, mais encore dans la manière dont il nous le fait, et dans la profusion des moyens qu'il emploie par surabondance , beaucoup au delà de ce qui est nécessaire pour la fin salutaire qu'il veut. Ainsi voulant nous remettre le péché, il pouvait le faire en nous donnant simplement sa grâce sans s'incarner pour nous. Il pouvait même en s'incarnant ne rien souffrir, et satisfaire pour nous par la moindre parole ou le moindre soupir; mais il a voulu naître, vivre , mourir dans les souffrances , pour nous témoigner davantage son amour et pour satisfaire plus pleinement à la justice
de son Père. Il pouvait de même nous appliquer les mérites de sa passion sans nous donner son corps à manger; mais il nous l'a ainsi donné pour nous montrer son amour de la manière la plus sensible , la plus conforme à la condition de notre nature , la plus propre à exprimer le désir qu'il a de nous être très-intimement uni ; car de toutes les manières d'union nous n'en connaissons pas de plus intime que celle qui se fait par la digestion des aliments, qui se changent en la substance de celui qui les mange.
3° Jésus-Christ par la présence réelle et la manducation orale de son corps caché sous les apparences du pain a voulu exciter notre amour en rappelant dans notre mémoire et en imprimant dans notre cœur que c'est pour nous qu'il a pris ce corps, et qu'il l'a offert en sacrifice. Si les enfants se souviennent si tendrement de leur père et de ses bontés lorque ils s'approchent du tombeau où son corps est enfermé, combien notre souvenir et notre amour doivent-ils être excités lorsque nous considérons, ou recevons sous ces enveloppes sacrées , qui sont une espèce de tombeau mystique , le propre corps de Jésus-Christ immolé pour nous 1 Peut-on nier que cette présence réelle, cette manducation véritable de la chair du Fils de Dieu ne contribue beaucoup à la dévotion et à la ferveur d'un vrai fidèle? Quand il sait que son Créateur, sonRédempteur est dans sa bouche, dans son estomac, ses entrailles ne sont-elles pas tout autrement émues que s'il le concevait, ou se le représentait dans les deux? Son cœur, qui sent si près de soi son adorable et aimable Sauveur, n'est-il pas tout autrement touché, attendri, que s'il croyait eu être éloigné autant que le ciel l'est de la terre ?
Troisième objection. ï. L'Eglise romaine, en conséquence de cette présence réelle et de cette transsubstantiation qui anéantit la substance du pain pour placer sous les accidents toute la substance du corps de Jésus- Christ , suppose que celui qui mange une hostie consacrée mange et transmet dans son estomac la chair, le sang et l'ame du Seigneur Jésus-Christ , et les fait descendre dans ses entrailles; c'est là l'idée générale. Mais pour la bien connaître , il la faut développer et la considérer dans toutes ses suites. Ainsi je souhaite que l'on considère que cette idée renferme nécessairement celle-ci , c'est que l'on fait descendre le vénérable et l'adorable corps de Notre-Seigneur dans un des lieux du monde le plus impur. Ici je permets aux âmes les plus délicates de souiller leur imagination. Faites -vous l'anatomie d'un corps humain, ouvrez-le, et voyez là dedans un mélange hideux de sang, de bile, de pituite et d'autres excréments encore plus sales ; c'est là dedans qu'on loge celui qui est placé dans le ciel sur le plus glorieux trône de l'univers. Socrate disait qu'une belle femme est un magnifique temple bâti sur un égout : cela se peut appliquer à l'homme en général. C'est un temple, un temple magnifique où, le S. -Esprit veut bien habiter ; mais
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ce temple est dans la partie supérieure, et dessous est un égout. Le temple, c'est l'ame, b'est le coeur , un des chefs-d'œuvre de Dieu. L geons lé Seigneur dans ce temple, tenonsle (îaos nos cœurs ; mais, au nom de Dieu, ne le plaçons pas dans le puant et affreux égout qui est au-dessous de ce temple.
II. Poursuivons, et regardons cette doctrine dans toutes ses suites ; concevons tous les accidents qui peuvent arriver. Le corps de Jésus-Christ descend dans les entrailles , il tombe dans l'estomac d'un malade qui a perdu la vertu de digérer. Selon les maximes des catholiques il faut que Jésus-Christ demeure pourtant là dedans, tant que les espèces ne sont pas digérées et tant que le pain appareut demeure en sa nature de pain. Il faudra donc que le Sauveur du monde, enfermé dans cette prison d'accidents, soit porté de l'estomac dans les entrailles inférieures, qu'il y séjourne au milieu de ses impuretés , qui font horreur à la vue et à l'odorat. On doit m'épargner le chagrin de pousser plus loin, et ne me pas obliger à souiller mon discours par une description plus poursuivie : tout le monde peut sans secours imaginer ce qui doit arriver à ce corps adorable , et concevoir en quel lieu il doit être jeté, avec péril d'y séjourner longtemps.
III. Cette hypothèse de la manducation corporelle expose encore la chair du Seigneur à d'autres périls. Par exemple, ce qui devient capable d'être mangé corporellement par les hommes, ne peut-il pas aussi être mangé par les bétes ? N'est-il pas comme impossible, que souvent, par là rupture des hosties consacrées, il ne se détache quelques miettes, c'est-à-dire tout autant de corps de Jésus- Christ, qui servent de nourriture aux souris et aux rats ? La négligence, le malheur et le hasard ne peuvent- ils pas causer le même accident à des hosties entières ?
IV. On expose aussi la chair et le sang du Seigneur au péril de pouvoir être le véhicule de la mort par des poisons ; car on ne manque pas d'exemples de gens qui ont été empoisonnés en mangeant les signes consacres ; et n'est-ce pas un événement bien indigne de l'efficace de la chair et du sang du Sauveur du monde , qui doivent être distribués pour donner la vie? Qu'on ne me dise pas que ce malheur tombe sur les accidents du pain et du vin seulement , et non sur la chair et le sang du Sauveur, qui ne peuvent ni être mêles avec aucune chose , ni être touches par aucun corps; car quoique en disent les catholiques, il est vrai que, selon leurs principes, partout où sont les accidents du pain et du vin, là est aussi la chair du Sauveur, et partout où est la substance de cette chair, là sont les accidents : tellement que rien ne pj'ut être mêlé avec les accidents du p^in et du vin qui ne soit en même temps méie avec la substance du Seigneur Jésus-Christ.
V Mais cette doctrine cstsujctle a un inconvénient plus grand que tous les précédents ; c'est que, par les lois de celle manducation corporelle, il faut que Jésus-Christ soit man-
gé par les profanes sans qu'il s'en puisse défendre. Il est certain que le Seigneur a plus d'horreur mille fois pour les impuretés morales que pour les autres; et néanmoins, selon les principes des catholiques, il faudra que le Seigneur Jésus-Christ soit mangé par un homme qui pourra être aussi méchant que le démon, par un homme qui aura sept esprits impurs, par un homme possédé par une légion de malins esprits. Ainsi le Saint- Esprit, inséparable de la chair de Jésus- Christ , se trouvera dans une caverne de brigands, dans un antre de démons. Ainsi il y aura communication entre Jésus-Christ et Bélial, entre la lumière et les ténèbres , entre le temple de Dieu et le temple de l'idole.
VI. Par cette théologie, on arrache le Seigneur Jésus-Christ de dessus le trône de sa gloire pour le rejeter dans l'ignominie, dans la bassesse, et dans un anéantissement plus grand que celui où Dieu l'avait mis dans le berceau et dans le tombeau.
VII. Voilà l'idée de cette manducation corporelle. Les catholiques ne l'oseraient nier ; mais ils disent que le chrétien ne se doit pas faire une affaire de ces difficultés ni un scandale de cet anéantissement, puisque il doit être accoutumé à voir et à concevoir son Dieu en de semblables états. Etait-il mieux, dit-on, dans le sein d'une femme où il a séjourné neuf mois au milieu de ces mêmes impuretés que vous exagérez avec tant d'excès? Un berceau, une croix, un sépulcre, des langes, une étable , des bétes, croupir durant l'enfance dans l'ordure, être exposé toute sa vie aux infirmités inséparables de la nature humaine : tout cela, dit-on, ne forme-t-il pas l'idée d'un aussi grand anéantissement que peut être celui où le réduit la manducation corporelle? Je ne veux pas m'arrêter ici à disputer sur le plus ou sur le moins. Je le veux; c'est un aussi grand anéantissement. Mais quoi, n'est-ce pas assez au Dieu de gloire d'avoir été une t'ois humilié? Ce qu'il est mort, il est mort une fois à péché ; mais ce qu'il est rivant, il est vivant à Dieu, dit l'Apôtre (Rom. 6, 10) ; c'est-à-dire que son anéantissement une fois achevé ne revient plus et ne doit jamais revenir. Pourquoi faut-il confondre les temps ausù bien que les états? Jésus- Christ a été dans le temps de son abaissement; il est dans le temps de sa ; oire. Quelle raison y a-t-il de faire durer le temps de cet abaissement jusque à la Gndumonde?
VIII. On dit que le Seigneur Jésus-Christ est comme les rayons du soleil qui entrent et pénètrent dans tous les lieux les plus sales , et qui n'en rapportent aucune souillure. Je ne nie pas cela, et je n'ai pas prétendu prouver que Jésus-Christ pût contracter quelque souillure adhérente par la manducation corporelle. Mais quoique le Seigneur ne soit pas souillé, il est pourtant abaissé et humilié par là ; et je soutiens encore une fois , qu'il est sorti de son anéantissement pour n'y rentrer jamais. Je ne saurais me satisfaire de ce qu'on ajoute qu'il demeure toujours
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glorieux dans le ciel, et qu'en descendant sur les autels il n'abandonne pas le trône de sa gloire. Je soutiens que c'est une nouvelle absurdité qui ne remédie point aux autres. C'est une nouvelle absurdité : car n'est-ce pas une chose tout à fait opposée aux lumières du bon sens, de concevoir un même corps, en même temps au ciel sur un trône glorieux et sur la terre dans le dernier abaissement; là-haut commandant aux anges, ici-bas en état de ne se pouvoir défendre contre les plus faibles animaux? Je dis aussi que cette absurdité ne remédie pas aux autres ; car enfin, quoique le Seigneur demeure glorieux dans un lieu, il ne laisse pas d'être anéanti dans l'autre. Si un prince pouvait être dans deux lieux tout à la fois , bien que dans l'un on lui rendît tous les honneurs qui seraient dus à son caractère , si dans l'autre lieu on tirait son corps à quatre chevaux, et qu'on le traînât à la voirie, en serait-il moins vrai que ce prince aurait été cruellement et indignement traité? Et si les princes regardent même comme de grands outrages les indignités qui se font à leurs statues et à leurs images , pourquoi ne regarderions-nous pas l'anéantissement qui arriverait à Jésus-Christ dans son être sacramental, comme un véritable abaissement de Jésus-Christ, si cet être sacramental était le vrai corps du Seigneur?
Réponse. — Deux motifs nous ont engagé à rapporter tout au long cette objection d'un auteur calviniste. Le premier est d'empêcher qu'on ne nous reproche de déguiser ou d'affaiblir les difficultés de nos adversaires. Le second est que i'auteur de celte objection nous fournit lui-même de quoi la réfuter : car après avoir exposé toutes les prétendues indécences que traîne après soi la manducation orale et qui réduisent Jésus-Christ dans un état d'humiliation et d'anéantissement, il a senti qu'on pouvait lui faire les mêmes difficultés par rapport, non seulement aux mystères d'un Dieu incarné dans le sein d'une femme, d'un Dieu couché dans une crèche , d'un Dieu expirant sur une croix, d'un Dieu gisant dans un tombeau, d'un Dieu porté par le démon sur une montagne ; mais encore aux conséquences de l'immensité de Dieu, qui, présent partout, est dans la boue, dans l'ordure, dans l'enfer, dans l'ame la plus scélérate, dans le plus insigne réprouvé, dans le plus horrible démon. Il n'ignorait pas que les païens et les anciens hérétiques ont proposé contre les dogmes de la foi des objections semblables, et que les saints pères s'en sont moqués comme d'une manière de raisonner inepte et ridicule ; qu'ils ont fait voir que ces indécences ne sont qu'apparentes, que ces humiliations et anéantissements d'un Dieu fait homme, et dès lors sujet à toutes les misères des hommes, étant volontaires et libres de sa part , ne diminuent pas sa grandeur , n'abaissent pas sa majesté, mais rehaussent sa bonté, signalent son amour pour nous : que comme la divinité ne reçut ni blessure ni flétrissure par les plaies et les opprobres
que l'humanité souffrit en la passion de Jésus-Christ, de même, quoique les espèces du sacrement soient rompues, altérées, mangées par les méchants, ou par les plus vils animaux, la gloire du Fils de Dieu garantit son corps impassible des injures, dont les ennemis de la foi prétendent qu'il est deshonoré, mais dont dans le fond il ne souffre aucun désavantage, ni dans sa personne propre, ni dans son aine, ni dans son corps; que comme, si quelqu'un jette au feu un diamant enferme dans une boite, la boite se consume, et le diamant reste en son entier; comme l'ange qui apparut à Moïse ne fut ni piqué ni brûlé dans le buisson ardent où il était; comme les splendeurs de la Divinité, présente partout , n'ont point de part à la souillure des lieux où elle est; et comme les rayons du soleil ne sont pas moins purs sur les cadavres les plus hideux que sur les plus belles fleurs, de même le corps glorieux de Jésus-Christ, en quelque lieu qu'il soit, ne reçoit aucune impression capable de ternir le lustre de son inaltérable pureté.
L'auteur calviniste savait tout cela, et c'est ce qui l'a contraint de dire qu'il n'a pas prétendu prouver que Jésus-Christ pût contracter quelque souillure adhérente par la manducation corporelle; mais, atouje-tril, quoique le Seigneur ne soit pas souillé, il est pourtant abaissé et humilié par là , et je soutiens qu'il est sorti de son anéantissement pour n'y rentrer jamais : et je ne saurais me satuftire de ce qu'on répond qu'il demeure toujours glorieux dans le ciel, et qu'en descendant sur les autels, il n'abandonne pas le trône de sa gloire. Je soutiens que c'est une nouvelle absurdité : car n'est-ce pas une chose tout à fait opposée au bon sens, de concevoir un même corps en même temps au ciel sur un trône glorieux, et sur la terre dans le dernier abaissement ; là-haut commandant aux anges, icibas en état de ne pouvoir se défendre contre les plus faibles animaux ?
Pour convaincre cet auteur qu'il n'y a en cela nulle absurdité, faisons-lui les questions suivantes. L'ame de Notre-Seigneur et sa divinité ne règnent-elles pas dans le ciel? N'y occupent-elles pas un trône glorieux? N'y commandent-elles pas aux anges? Et toutefois ne sont-elles pas dans le dernier abaissement sur la terre , où on les outrage par des blasphèmes et des impiétés, par des sacrilèges et des attentats injurieux à la sainteté des temples qu'on souille, qu'on profane, qu'on brûle, qu'on réduit en cendres, sans que Notre-Seigneur les défende, ni contre les hommes qui viennent ainsi l'insulter jusque dans sa propre maison, ni contre les plus faibles animaux qui la salissent par leurs ordures ? Que cet auteur réponde à nos questions; sa réponse sera la nôtre à ses objections. Il dit que Jésus-Christ est abaissé, humilié par la manducation orale et par ses suites. Nous en convenons ; mais ne convient-il pas lui-même que Jésus-Christ, quoique ne mourant plus (Rom. 6, 9), quoique tout resplendissant de gloire dans le ciel, ou les anges le louent, est non seulement hu-
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milié, abaissé, mais déshonoré, mais foulé aux pieds (Hebr. 10, 29) sur la terre, ou les hommes pécheurs le crucifient derechef, et le couvrent d'ignominie (Ibid. 6, 6 ) ? Qu'il soit donc lui-même couvert de confusion , en se voyant percé des propres traits qu'il a lancés contre nous.
Afin de le confondre davantage, n'omettons pas une réflexion aussi propre à détromper les âmes incrédules, pour qui les profonds abaissements de Jésus-Christ dans l'Eucharistie sont une occasion de scandale, qu'à consoler les âmes pieuses, pour qui ils sont un sujet d'affliction. Que les unes et les autres les comparent aux humiliations prodigieuses du Fils de Dieu dans les mystères de son incarnation et de sa passion. Que se souvenant de cette maxime évangélique, Qui s'abaisse sera exalté (Matth. 43, 12), elles considèrent que plus Jésus-Christ s'y est abaissé au-dessous de toutes les créatures et jusque au néant même, plus Dieu l'a élevé en gloire (Philip. 2, 9), lui donnant un nom au dessus de tout nom, un nom que les anges adorent, que les démons redoutent, que tant de millions d'hommes qui ont existé, qui existent, qui existeront, ont invoqué, invoquent, invoqueront, comme le seul par qui ils puissent être sauvés. Qu'elles considèrent avec admiration que pour un peuple qui a refusé de le reconnaître, combien de nations il a soumises à son empire ! Pour un disciple qui l'a trahi, pour un apôtre qui l'a renié, pour un roi qui s'en est moqué, combien de martyrs qui l'ont confessé, de saints qui l'ont glorifié, de monarques et d'empereurs qui ont mis à ses pieds leurs sceptres et leurs couronnes! Pour une croix à laquelle il a été attaché comme à un instrument d'ignominie et de supplice, combien de temples érigés en son honneur, d'autels consacrés à son culte, de monuments publics où cette même croix , cet objet autrefois d'horreur, s'attire les tendres respects, les profonds hommages des habitants de l'ancien et du nouveau monde ! Qu'elles considèrent encore que si Jésus-Christ est déshonoré dans l'Eucharistie par les blasphèmes des infidèles et des hérétiques, par les irrévérences scandaleuses et les communions sacrilèges des catholiques ingrats et hypocrites, il y est aussi honoré par les adorations d'une multitude innombrable de vrais fidèles, par les sentiments d'humilité, de confiance, d'amour, de reconnaissance avec lesquels ils reçoivent son sacré corps, et assistent tantôt au saint sacrifice, où le souvenir de sa mort, endurée pour leur salut, excite la tendresse de leur dévotion ; tantôt aux offices divins, où sa présence redouble leur recueillement ; tantôt aux processions solennelles et particulièrement à celles de la fête du vénérable Sacrement, où l'Eglise le porte publiquement et le fait suivre de tout le peuple avec des cantiques de louange et des chants d'allégresse. Elle le porte ainsi non seulement, comme dit le saint évêque de Genève, pour lui faire une réparation authentique de tous les opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jéru-
salem lorsque il fut traîné de tribunal en tribunal, mais encore, comme s'exprime le grand cardinal Duperron, pour lui faire honneur, mais un honneur éclatant de toutes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie et sur l'infidélité dans le sacrement de son corps. On ne le portait pas de la sorte autrefois parce qu'il n'y avait pas eu encore sur ce mystère d'erreurs capitales dont il eût triomphé ; mais depuis qu'il s'est élevé des hérésiarques pour le combattre, depuis qu'il y a eu des hommes conjurés contre la présence réelle, et que par la force de sa parole il les a foudroyés et terrassés, l'Eglise s'est cru obligée de lui en ordonner un triomphe. Elle a aussi approuvé et autorisé le pieux établissement de son adoration perpétuelle, qui se fait avec tant d'édification dans plusieurs diocèses, spécialement dans celui-ci. Plût à Dieu que tous les autres l'imitassent dans cette pratique, et qu'elle devînt générale et universelle, afin que, comme la bonté infinie du Verbe incarné le fait en tout temps, en tout lieu, se sacrifier, s'humilier, se réduire presque à rien en faveur des hommes , avec qui il fait ses délices d'habiter (Prov.8, 31); de même les hommes s'efforcent en tout temps, en tout lieu, de relever, d'honorer la continuité de ses abaissements par leurs hommages continuels, et de réparer par les humbles prosternations de leurs corps , et encore plus par les douloureux sentiments de componction de leurs cœurs, les attentats commis contre sa personne dans ce mystère, et qu'ainsi la profondeur de son humiliation serve à rehausser la grandeur de sa gloire!
Quatrième objection. — Une de ces vérités éternelles, qui servent d'éléments à la raison, est que la partie est moindre que le tout. Or, selonladoctrine de la transsubstantiation, dit J. J. Rousseau dans sa lettre à Mgr. l'archevêque de Paris, lorsque Jésus fit la dernière cène avec ses disciples, et qu'ayant rompu le pain il le donna à chacun d'eux, il est clair qu'il tint son corps entier dans sa main; et s'il mangea lui-même du pain consacré, comme il put le faire, il mit sa tête dans sa bouche. Voilà donc bien clairement, bien précisément la partie plus grande que le tout, et le contenant moindre que le contenu.
Réponse. Si quelqu'un disait à J. J. Rousseau : Votre corps est moindre que votre tête , je le démontre. Votre corps actuel est le même que celui que vous aviez au moment de sa formation dans le sein de votre mère. Or ce corps au moment de sa formation était moindre que votre tête actuelle. Donc il est encore moindre ; et voilà bien clairement , bien précisément la partie plus grande que le tout. Que répondrait-il à ce pitoyable argument ? Il le traiterait de sophisme, comme attribuant au corps considéré dans un certain état ce qui ne lui convient qu'à l'égard d'un autre état ; parce qu'encore que le corps d'un homme fait soit le même que celui qu'il avait étant enfant, son état toutefois n'est pas le même. Ainsi quoique le corps sacramentel que Jésus-Christ est sup-
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posé avoir mangé fût le même, quant à la substance, que celui qui paraissait aux yeux des apôtres , il n'était pas toutefois dans le même état. Il était ou privé de toute étendue, ou réduit à la petitesse extrême de la dernière parcelle sensible d'une hostie : n'ayant donc pas l'étendue qu'avaient la main et la bouche de Jésus-Christ , il pouvait être mis en l'une et en l'autre, sans que le contenant fût moindre que le contenu , et la partie plus grande que le tout. Cette preuve courte, mais claire, fait voir que l'objection de J. J. Rousseau n'est qu'un jeu frivole de son imagination qu'il confond avec sa raison, lorsqu'il dit : A qui croirai-je par préférence, de Dieu qui m'apprend par la raison des vérités éternelles , ou de votts qui m'annoncez de sa part une absurdité ? L'on ne peut autoriser une absurdité sur le témoignage des hommes... Ce serait soumettre à l'autorité des hommes l'autorité de Dieu parlant à ma raison... Je croirai plutôt à la magie que de croire des choses contre la raison (i). Cette absurdité qu'il suppose réelle (sans le prouver) n'est qu'imaginaire , ou tout au plus qu'apparente ; et cette apparence doit céder à l'autorité non seulement de Dieu parlant à la raison , mais encore de la raison, qui annonce qu'au fond rien n'est plus raisonnable que de préférer le témoignage infaillible de la vérité même au rapport trompeur des sens et aux fausses lueurs d'une vaine philosophie ( Coloss. 2, 8) , dont les tours séduisants et les parallogismes captieux ressemblent aux prestiges et aux illusions de la magie.
Ce philosophe anti-chrétien ne mérite-t-il pas que nous lui appliquions ces paroles que S. Paul dit au magicien Elymas, qui sur le champ devint aveugle : O homme plein de tromperie, enfant du démon, ennemi de toute justice , ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur (Act. 13, 10) ? Mais sans lui en faire l'application, gémissons sur son aveuglement spirituel ; prions le Père des lumières de l'éclairer en faisant tomber de ses
(1) Emile , t. 3 , p. 140, 113, et 145. Lettres, page 106.
yeux les écailles d'une orgueilleuse prévention qui l'empêche de voir la vérité. Puisse-t-il en devenir le défenseur, et consoler autant 11> glise parles fruits édifiants de sa conversion qu'il l'a contristée par les scandaleux éclats de son apostasie ! La transsubstantiation qu'il refuse de croire n'est pas une chose contre la raison. Les difficultés philosophiques qu'on lui oppose sont faciles à résoudre dans la nouvelle explication de M. de Lignac, et dans celle du théologien dont on a parlé ci-dessus (Col. 1100). L'une etl'autre supposent, il est vrai, la permanence de la matière du pain et du vin transsubstantiés ; mais les défenseurs de cette permanence , soutenue par d'anciens et de nouveaux théologiens, allèguent en sa faveur des motifs qu'ils jugent bien propres à montrer que loin d'être opposée à la foi , elle s'accorde beaucoup mieux que l'opinion contraire avec les expressions de l'Ecriture, des saints pères , des coneiles et des prières de l'Eglise. On réfute aisément par son moyen la principale objection que les incrédules font contre la transsubstantiation; en accusant les catholiques de nommer à tort conversion ce qui n'est que substitution du corps et du sang de Jésus-Christ au pain et au vin. Si cette simple substitution , comme ils le disent , ne peut , sans bouleverser l'idée des choses et la signification des mots, être nommée conversion, changement, à plus forte raison ne peutelle pas être appelée proprement transsubstantiation, puisque ce mot signifie de toutes les conversions la plus grande , de tous les changements le plus complet, qui est celui de la substance ou nature d'une chose en celle d'une autre. Cependant le Concile de Trente (Sess. 13 , c. 2 ) a défini que l'action qui s'opère dans l'Eucharistie est appelée très-proprement aptissime , transsubstantiation. Ils sont toutefois contraints d'avouer que cette objection qu'ils croient insoluble , dans le sentiment de Bellarmin, se résout sans peine dans celui de Durand. Il faut donc aussi qu'ils avouent, selon les principes ci-devant établis (Col. 1150 et suiv.), qu'elle n'autorise pas leur incrédulité.