‹ Œuvres tres-completesChapitre 6 sur 70 · DE M. DE PRESS Y · texte numérisé non relu

DE M. DE PRESS Y

se refusait point aux bienséances ; il se prêtait à la conversation ; il cherchait à y égayer un caractère naturellement sérieux et grave. Malgré son amour pour la simplicité et la pauvreté , sa générosité , sa grandeur même éclataient dans les occasions où l'homme public devait se montrer.

Devoir de bienveillance et d'amitié , Fret— ternitatis amatores (1 Pet. 3, 8). Ceux qui l'approchaient en recevaient de lui les témoignages les plus sincères; il les accueillait avec cordialité; il semblait dire à tous, comme saint Paul : Ma bouche s'ouvre , mon cœur s'étend par l'affection que je vous porte, mes entrailles ne sont point resserrées pour vous; Os nostrum patet ad vos... cor nostrum dilatatum est, non angustiamini in nobis (2 Cor. 6,11**12).

Devoir d'union et de concorde , Sollicili servare unitatem spiritus in vincalo pacis (Eph. k, 3). Combien cette concorde lui était chère 1 Combien il eût désiré l'établir partout! Combien il se félicitait d'être le pasteur d'une ville où l'harmonie et la bonne intelligence onl toujours régné entre les différents corps qui la composent! Combien de fois cette chaire a retenti de ses vives et pressantes exhortations à la paix ! Combien il prenait soin de la maintenir par sa modération et sa prudence ! Dignes ministres de Jésus-Christ, mes vénérables frères , une union bien précieuse régnait dans cette église! Jamais nos cœurs ne furent divisés de celui de notre respectable pontife : nous le regardions tous comme notre père commun ; il en avait la tendresse, et il trouvait en nous les sentiments de l'amour et de la vénération. Ses vertus étaient notre gloire, nous nous enorgueillissions de l'avoir pour chef et pour pasteur. La mort n'a point altéré ces sentiments; et lorsque nous connûmes le désir que son humilité lui avait dicté, la prière qu'il nous faisait de céder à d'autres sa dépouille mortelle , ah ! nous ne pûmes soutenir l'idée d'une séparation si sensible. Non , mes frères , non , il ne nous quittera point; il sera au milieu de nous ; ses cendres répandront encore dans ce temple la bonne odeur de Jésus-Christ ; la vue de son tombeau sera pour nous une leçon perpétuelle des vertus les plus sublimes , et elle nous rappellera sans cesse aux sentiments d'une tendre piété (1).

Devoir de support et de patience, supportantes invicem et donantes vobismetipsis (Col. 3, 13). Pourrions-nous oublier, messieurs, à quel degré l'évêque de Boulogne a porté ces vertus ? Pourrions-nous jamais oublier ce qui nous a frappés tant de fois ; cette douceur inaltérable, ce langage toujours paisi-

(1) M. de Pressy avait, par son testament, prié son chapitre de l'enterrer dans le cimetière de la paroisse de la haute ville. Le chapitre n'a pas cru devoir se priver d'une dépouille si précieuse, et en conséquence le pieux évêque a été enterré dans le sanctuaire de l'église cathédrale. Le chapitre de Boulogne a imité en cela la conduite que celui d'Amiens avait tenue à l'égard de M. de la Motte, dont le testament exprimait le même désir ; conduite que M. l'évêque de Boulogne approuva hautement.

ble, ce front toujours serein , cette tranquillité à l'abri de toute émotion, d'autant plus admirable, que ce n'était que par des combats violents et continuels qu'il avait pu acquérir un tel empire sur un caractère naturellement vif; celte égalité d'âme qu'on ne peut bien apprécier que lorsqu'on connaît la multitude et la diversité des soins, des embarras, des inquiétudes, des peines, et souvent, messieurs, très-sensibles, qu'entraîne après lui le ministère du premier pasteur ; cette patience qui lui faisait envisager dans ses ennemis mêmes des objets de sa tendresse et de sa charité. Mais une si belle âme put-elle donc avoir des ennemis ? Quel triste souvenir vient ici me troubler ! Quoi, ce pontife vénérable, ce pasteur qui n'a vécu que pour le bonheur de son troupeau ! Quoi, dans le temple du Seigneur, au sortir de son sanctuaire, sous les yeux de Jésus-Christ, une main parricide attente à ses jours (1) ! Mais, ô Providence de mou Dieu, vous veilliez à sa conservation, vous seule avez pu briser le fer meurtrier qui le frappe. Que votre conduite est admirable 1 vous vouliez donner à l'évêque de Boulogne ce dernier trait de ressemblance avec tant d'illustres pontifes, et lui faire partager avec eux le mérite et la récompense du martyre : vous vouliez qu'il ne manquât rien à sa gloire et à notre instruction. Tandis qu'une sainte indignation arme les témoins de ce sacrilège attentat contre son auteur, seul au milieu de tous, le Prélat conserve la paix de son âme : Qu'on le laisse aller, s'écrie-t-il, qu'on ne lui fasse point de mal. O paroles mémorables, paroles bien dignes d'un disciple de Jésus-Christ ! Sa blessure et le danger qu'il a couru ne l'occupent point; son soin uniqueestde sauverl'assassin des châtiments qui le menacent : il veut qu'on cache l'instrument échappé de ses mains, et qui peut servir à sa conviction ; il voudrait par son calme et sa tranquillité déguiser l'énormité du crime, en distraire l'attention de ceux qui l'environnent, et dérober par-là aux juges la connaissance de ce forlait. S'il ne peut y réussir, il cherche au moins à le faire passer auprès d'eux pour l'effet de l'égarement et de la folie ; il sollicite à la cour la grâce du coupable ; et lorsqu'il désespère d'arracher à la justice humaine le glaive vengeur, il veut au moins fléchir la justice divine. Le saint sacriOce offert tous les jours pour l'assassin attire sur lui les miséricordes du Seigneur, et lui obtient des grâces de componction et de pénitence. Tout ce qui tient au coupable devient cher au cœur du ver-

(1)M. l'évêque de Boulogne fut assassinéle 14 juin 1759, jour du S. Sacrement, au sortir de vêpres, lorsqu'il allait passer de l'église dans l'évêché. Ce crime eut pour cause la vengeance d'un homme qu'il avait exclu des ordres sacrés longtemps anparavanl. Le coup fut très-violent ; mais par un elfet de la divine Providence, un soldat qui passa auprès de l'assassin au moment où il se préparait à donner le coup, en détourna la direction, en sorte qu'il porla sur la clavicule. Le cmiieau cassa, et la blessure ne fut point dangereuse.

ORAISON FUNÈBRE

tueux Prélat : il tourne des regards de compassion vers une mère digne d'un meilleur sort, que le crime et le supplice de son fils laissent dans la honte etdans la douleur, et il lui assure jusqu'à la mort les effets de sa généreuse charité (1).

Ames si sensihles à l'honneur, comparez cette noble vengeance avec ces fureurs homicide qui pour un mot, pour une légère injure, vont plonger le fer dans le sein d'un ami, et porter la désolation dans une famille infortunée, et dites-nous... J'en appelle à votre conscience, à votre raison, au sentiment naturel ; dites-nous de quel côté est la force, le courage, la vraie grandeur d'âme. Je finis par ce trait héroïque, messieurs, le tableau intéressant des vertus que l'évéque de Boulogne a pratiquées à l'égard du prochain, pour vous en offrir un autre non moins touchant; je veux dire celui de sa religion et de sa piété envers Dieu. Apparuit erudiens nos... ut pie vivamus.

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