LA FONTAINE
Lorsqu'on a entendu parler de La Fontaine, et qu'on vient à lire ses ouvrages, on est étonné d'y trouver, je ne dis pas plus de génie, mais plus même de ce qu'on appelle de l'esprit, qu'on n'en trouve dans le monde le plus cultivé. On remarque avec la même surprise la profonde intelligence qu'il fait paraître de son art ; et on admire qu'un esprit si fin ait été en même temps si naturel '.
11 sersdt superflu de s'arrêter à louer l'harmonie variée et légère de ses vers; la grâce, le tour, l'élégance, les charmes naïfs de son style et de son badinage ; je remarquerai seulement que le bon sens et la simplicité sont les caractères dominants de ses écrits. 11 est bon d'opposer un tel exemple à ceux qui cherchent la grâce et le brillant hors de la raison et de la nature. La simplicité de La Fontaine donne de la grâce à son bon sens, et son bon sens rend sa simplicité piquante ; de sorte^que le brillant de ses ouvrages naît peut-être essentiellement de ces deux sources
' 1'* EdUiùn : « Et on ne peut comprendre que le mot dHnsiinct ait été H employé avec une affectation particulière à mar()uer le caractère d'un esprit « ai fin. » A quoi Voltaire répond en marge de Teiemplaire d*Aix : Cesi à cause de sa cùnduite^ et de son ineptii dans tout le reste. Voltaire se défendait ici luiHoaème, car il était un de ceux qui réduisaient le génie de La Fontaine & lUnstinet, et c'est, sans doute, par égard pour Voltaire que Vauvenargues supprima la première leçon. (Voir, sur ce point, leurs lettres des 7 et 21 Janvier, et du 3 avril 1765.) — G.
réunies. Rien n'empêche au naoins de le croire; car pourquoi le bon senSf qui est un don de la nàlure, n'en aurait-il pas Tagrément? La raison ne déplaît, dans la plupart des hommes, que parce qu'elle y est étrangère*. Un bon sens naturel est presque inséparable d'une grande simplicité; et une simplicité éclairée est un charme que rien n'égale.
Je ne donne pas ces louanges aux grâices d'un homme si sage, pour dissimuler ses défauts; je crois qu'on peut trouver dans ses écrits plus de style que d'invention, et plus de négligence que d'exactitude '. Le nœud et le fond de ses Contes ont peu d'intérêt, et les sujets en sont bas ; on y remarque quelquefois bien des. longueurs, et un air de crapule qui ne saurait plaire \ Ni cet auteur n'est parfait en ce genre, ni ce genre n'est assez noble.