‹ OEuvresChapitre 162 sur 286 · masis · texte numérisé non relu

masis

[Masis voudrait assujettir le genre humain à une seule règle, qui est celle qu'il vient d'adopter après bien des variations, et que, bientôt peut-être , il quittera pour une autre. Il dit que la vertu est une, comme la raison; il n'admet ni milieu, ni tempérament, et tous ses systèmes ont cela de commun qu'ils sont également étroits et sévères. Où Masis a vu de mauvaises qualités, jamais il ne veut en reconnaître d'estimables; ce mélange de faiblesse et de force, de grandeur et de petitesse, si naturel aux hommes, ne l'arrête pas; il ne sait rien concilier, et l'humanité, cette belle vertu qui pardonne tout, parce qu'elle voit tout en grand, n'est pas la sienne*. Quoiqu'il ait besoin, plus que personne peut-être, de l'indulgence qu'il refuse aux autres, il recherche les motifs cachés de ceux qui font bien, et n'excuse jamais ceux qui font mal. Il se croit dégagé envers un ami, qui lui a manqué une fois, de la reconnaissance qu'il lui doit pour un long service ; et, si sa maîtresse ou sa femme l'ont trompé dans quelq^e bagatelle, il s'en sépare. Il ne loue aucun homme vivant, et on ne lui parle d'aucun misérable qui n'ait mérité son malheur; il est dispensé par ses maximes d'aimer, d'estimer ou de plaindre qui que ce soit. Je veux une humeur plus commode et plus traitable, un homme humain, qui, ne prétendant point à être meilleur que les autres hommes, s'étonne et s'afflige de les trouver plus fous encore ou plus feiibles que lui ; qui connaît leur malice, mais qui la souffre ; qui sait encore aimer

i Cette dernière phrase est un peu obscure ; la pensée est, je crois, que les défauts de Lipse étaient bien à lui; qu'ils étaient ceux de sa nature, non pas ceux de sa condition, et que, par conséquent, la fortune en était innocente. — G.

* Nous l'avons assez vu, c'est celle de Vauvenargues lui-même, et, dans le Caractère suivant, en regard de Masis, Vhovame absolu et étroitement sévère, il va se montrer lui-même, soui» le nom de Thyeste, l'homme véritablement humain^ c'est-àrdire indulgent. — G.

un ami ingrat ou une maltresse infidèle; à qui, enfin, il en coûte moins de supporter les vices, que de craindre ou de haïr ses semblables, et de troubler le repos du monde par d'injustes et inutiles sévérités.]

là. — thyesté'.

Tbyeste est né simple et naïf : il aime lapure vertu» mais il ne prend pas pour modèle la vertu d*un autre ; il connaît peu les règles de la probité, il la suit par tempérament. Lorsqu'il y a quelque loi de la morale qui ne s'accorde pas avec son sentiment, il la laisse à part et n'y pense point*. S'il rencontre, la nuit, une de ces femmes qui épient les jeunes gens, Tbyeste souffre qu'elle l'entretienne, et marche quelque temps à côté d'elle ; et, comme elle se plaint de la nécessité qui détruit toutes les vertus, et fait les opprobres du monde, il lui dit qu'après tout, la pauvreté n'est point un vice, quand on sait vivre sans nuire à personne ; et, après l'avoir exhortée à une vie meilleure, ne se trouvant point d'argent parce qu'il est jeune, il lui donne sa montre, qui n'est plus à la mode, et qui est un présent de sa mère; ses camarades se moquent de lui, et tournent en ridicule sa générosité ûnsi placée; mais il leur répond : (( Mes amis, vous riez de trop peu de chose. Je plains ces « pauvres femmes d'être obligées de faire un tel métier a pour vivre. Le monde est rempli de misères qui serrent (( le cœur ; si on ne faisait de bien qu'à ceux qui le méritent, a on n'en trouverait guère d'occasions. Il faut être humain, a il faut être indulgent avec les faibles, qui ont besoin de

1 Sur ses manuscrits, Vauvenargues donne à ce Caractère tantôt le nom de Thyeste, tantôt celui de Théodore. — G. ,

* Add. ; [ « n n*a jamais fait de bassesses, parce qu'il n*a jamais eu de « désirs violents ; son âme ingénue, douce, et modérée, conserve la tranquil- (( lité avec Tbonneur, parmi les exemples du. vice; il ne connaît point Taoït bition, qui cause les maux des hommes, et il est exempt de crainte ou de « douleur. Il a les talents de sa profession, et ne regrette point ceux qui lui « manquent; il n'envie ou ne hait personne; il est sociable, tendre, compa- < tissant, et Jes vices d'autrui ne le 'blessent point. • ]

SLR QUELQUES CAUACTÈUES. 307

(( plus de support que les bons; le désordre des lualheuc( reux est'toujours le crime de la dureté des riches'.»

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