CYRUS, ou CEspnt agité
Cyrus cache sous un extérieur simple et calme un esprit ardent et inquiet ; il a, au dehors, cette insensibilité et cette indifférence qui couvrent si souvent une âme blessée et fortement occupée au dedans *. Plus agité dans le repos que dans Faction, son esprit remuant et ambitieux le tient appliqué sans relâche, et^ lorsque les affaires lui manquent, il se lasse et se consume dans la réflexion. Trop libre et trop hardi dans ses idées pour donner des bornes à ses passions, plus près d'aimer les vices forts que les vertus faibles, il suit avec indépendance tous ses sentiments» et subordonne toutes les règles à son instinct ^ comme un homme qui se croit maître de son sort et ne répond qu'à soi de sa conduite^. Dénué des petits talents, qui soulèvent les hommes médiocres dans les conditions subalternes, et qui ne se rencontrent pas avec des passions si sérieuses ; supérieur à cette réputation qu'on acquiert par de frivoles agréments, et à cette fortune qui se renferme dans l'enceinte d'une ville ou d'une petite province, fruit ordinaire d'une sagesse assez bornée; éloquent, simple, véhément,
* On dirait auJourd*bui un remise, ou mieux une voilure de remise, ^ G»
• Var. : • Modéré au delion, mais extrôme ; toniours occupé au dedans. » 3 Rapproche! du 14' Caractère (ThyesU), — G.
♦ Var, : «Et se confie au penchant invincible de son naturel. » — Autre var, : « Et se confle à son naturel présomptueux et inflexible. »
^SUR QUELQUES CAKAGTÈRES. 331
profond, pénétrant, et impénétrable à ses amis méoie; né avec le discernement des hMnmes» découviiuit sans envie le mérite des autres, et confiant au sien ; insimiant et hardi, également propre à persuader par la force de la raison et par les charmes de la sé^uctbn; fertile et paissant en moyens pour plier les faits et les esprits à ses fins ; vrai par caractère^ mais faisant de la vérité même un artifice, et plus dangereux lorsqu'il dit la vérité, que les {dus trompeurs ne le sont par les déguisements et le mensonge, c'est un «de ces hommes que les autres hommes ne comprennent point, que la médiocrité de leur fortune déguise et avilit, et que Is^ prospérité seule peut dévebpper et mettre à leur place.