‹ OEuvresChapitre 184 sur 286 · eurymaque, ou le Fourbe · texte numérisé non relu

eurymaque, ou le Fourbe

[Eurymaque ne reconnaît pour vice que l'imprudence, et pour vertu que l'habileté, et ce qu'il entend par habileté, c'est la fourberie. 11 s'est exercé de bonne heure à feindre et à tromper, et n'a jamais fait obéir ses passions qu'à la loi de son intérêt. Ni la haine, ni l'amitié, ni la reconnaissance, ni la vengeance, n'ont pu le détourner un moment de cette unique fin ; il trahit son bienfaiteur, en même temps qu'il caresse son ennemi, et il sert sans aim^ r, comme il nuit sans haïr. Il cache ses noirs desseins soits une politesse étudiée ; il est délié, souple et secret. Insolent avec ceux qui fléchissent, bas avec ceux qu'il peut craindre; comjdaisant pour le succès, et impitoyable pour l'infortune, il n'aspire qu'à profiter également du bien ou du malheur de tous, qu'à se prévaloir de leurs fautes, qu'à les engager dans ses pièges, qu'à les perdre par les fausses promesses, par la flatterie, par les dons int^essés, par le mensonge:, par la calomnie, et, enfin, par la violence ouverte, quand les détours seraient inutiles. Si content qu'il soit de lui-même, et quoi qu'il puisse présumer de son mérite, je dirai à Eurymaque

* Var, : « Tous ceux qui Teotendent parier se confient anaûlôt à loi, parce (I qu*Us se flattent d*abord de le connaître; sa simplicité leur impose^.son « esprit profond ne peut être ainsi mesuré. La force et la droiture de son « jugement lui suffisent pour pénétrer les autres hommes, mais il échappe à n leur curiosité, sans artifice, par la seule étendue de son génie. »

s Voir, sur ce portrait, noti-c hhge sur Vauvcnartjufs, — G-

que le fourbe a ordinairement peu d'esprit; il est rempli de petites finesses inutiles ou pernicieuses ; il veut perdre celui dont il a besoin, et, 8*il est découvert, il est perdu luimême ; il ment, lorsqu'il lui serait plus avantageux d'dtre sincère; il fait un ridicule emploi de toutes ses ruses pour pénétrer un bomme qui n'a nul dessein de se cacber, et, si celui-ci dédaigne de remarquer ses petites manœuvres, il a la grossière vanité de l'en faire lui-même apercevoir, puis, il se glorifie de sa frivole et infructueuse habileté, qui n'a trompé que lui. Il blanchit ainsi dans l'art misérable de tromper, dominé et rampant, sans avancer d'un pas sa fortune; la faiblesse efiective de son caractère le réduit à craindre le courage de ceux dont il a méprisé la probité, et la prospérité inespérée de ses concurrents lui enseigne enfin, à sa ruine» combien la droiture naturelle d'une ^e élevée, lorsqu'elle est soutenue de quelque vigueur, est plus redoutable que les sourds artifices et la basse industrie d'un malhonnête homme.]

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