‹ OEuvresChapitre 199 sur 286 · euholpe, oc LE Mamms poêle · texte numérisé non relu

euholpe, oc LE Mamms poêle

[Eumolpe est on veraGcateor entiché, qui ne sait rien, ne lit rien, et ne veut rien savoir ni lire ; il dédaigne paiement la physique, la métaphysique, lagéométrie, la morale, la médecine, etc. ; et, de l'histoire même, il ne veut savoir que la mythologie, dont il a besoin pour ses vers; il méprise jusqu'à l'éloquence, qui est pourtant la sœur de la poésie , et , quand on lui parle de Bossuet ou de Démosthènes, il n'est pas loin de rire. Il soupçonne à peine qu'il a existé un Newton ; il demande si Pascal n'était pas un Père Jésuite, et il a ouï parler, dit-il, d'un certain Spinoza qui ne croyait point en Dieu, et que^ pour cette ndson, il a toujours eu envie de lire. Pour lui, il ne connaît que le Heu des vers, et, de toutes les antiquités sacrées, il ne respecte que quelques cantiques, traduits par L. F. * L'application qu'il a donnée toute sa vie à la poésie lui a fût négliger, dit-il, les darut de Plutus, et, sans qu'il le dise, il n'y a personne qui ne le voie Irop; il est maigre, défait, mal vêtu, et sale; il porte, au mois de novembre, un habit de droguet de soie, avec une chemise malpropre, madsune perruque bien poudrée. Il entre, un jour de fête, chez un sousfermier qui est à table, et qui, se doutant bien qu'Eumolpe n'a pas dîné, Tinvite à s'asseoir près de lui ; mais Eumolpe le semercie, disant qu'il mange trop, et qu'il a une indigestion qui le fatigue depuis plusieurs jours. Cependant, l'entremets disparaissant, et le dessert prenant la place, notre homme, qui voit bien qu'on va se lever de table : c Vous tt avez là, dit-il au maître du logis, de belles pommes;

1 Rapprochez de la kk^ Réflexion (page 101). — G. * Le Franc de Pompignan. — G.

« celles du jardin des Bespérides n'étaient pas, je crois, « plus vermeilles. Je ne suis pas en état de manger du fruit M présentement» mais permettez, Monsieur, que je mette a dans ma pecbe quelques-unes de ces pommes admirables, « pour les faire voir à mon jardinier. » Un moment après, il se lève doucement, et sort sans bruit, à Tinsu de tout le monde, et, comme il cherche toujours les aventures, il profite de la nuit qui commence, pour aller dans un de ces lieux où Ton n'entre guère le jour. Le nourrissati des Muses, qui vit depuis longtemps sur son crédit, n'avait pas un écu ; un coquin ténébreux, qui faisait des armes, et qui était le génie tutélaire de ce lieu d'honneur, s'avisa de trouver mauvais qu'un pédant crotté, disait-il, osât se produire ainsi en bonne compagnie, et voulait user de quelque voie un peu violente, pour le mettre dehors. Eumolpe, qui porte une épée, essayait de sauver sa gloire, et n'en^ppelait pas moins à son secours les gens qui passaient dans la rue ; mais comme c'était, par malheur, une escadre à cheval du guet, on l'arrête, et on le conduit en prison, tandis que l'agresseur se sauve. Là, notre poète écrit en vers une longue lettre à M. le Lieutenant de police, dans laquelle il le nomme plusieurs fois le Lieutenant d' Apollon f et le prie de venger Y honneur de^ Muses. La vie d' Eumolpe est pleine de semblables traits, et il y en a qu'on n'oserait écrire. Qui le croirait, cependant? Cet homme, si déréglé dans ses mœurs, et si extravagant dans sa conduite, n'est pas tout à fait sans mérite, et 9à la fortune l'eût voulu, il avait plus qu'il ne fallait d'esprit pour être honnête homme; mais il est né pauvre et glorieux, et veut, à toute force^ faire des vers ; là est la source de tous ses travers, et peut-être la seule cause de tous ses malheurs.]

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