BATHYLLE, ov îJ AuUur frivoU
Bathylle cite Horace et l'abbé de Chaulieu, pour prouver qu'il faut égayer les sujets les plus sérieux, et mêler le solide et l'agréable ; il donne pour règle du style ces vers liger$ et délicats :
Qu'est-ce qu'esprit? raison assaisonnée; Par ce seul mot la dispute est bornée. Qui dit esprit, dit sel de la raison ; Donc, sur deux points roule mon oraison :
* Var, : [Ce mépris stupide, qui tient un peu à la nature de Tesprit htta main, et que les passions augmentent, mais que les gens sages répriment.*]
SUR QUELQUES CAUACTÈRES. 366
Raûsoo, sans sel, est fado nourriture ; Sel, sans raison, n*est solide p&ture; De tous les deux se forme esprit parfait; De Tun, sans Tautre, un monstre contrefait. Or, quel vrai bien d*un monstre peuMl naître ? Sans la raison, puis^je vertu connaître? Et, sans le sel, dont il faut Tapprôter, Puis-je vertu faire aux autres goûter?
J.-B. Rousseau, Épître à Clémen4 Marol, liv. 1", ép. 3*
Selon ces principes , qu'il commente , il- n'oserait parler avec gravité et avec force, sans bigarrer son discours de quelque plaisanterie hors de sa place; car il n'a pas compris encore que l'agrément peut naître de la solidité '. Ses pensées frivoles ont besoin d'un tour ingénieux pour se produire; mais ce soin de les embellir en fait mieux sortir la faiblesse; il ne sait donner à la vérité, ni ces couleurs fortes qui sont sa parure, ni cette profondeur et cette justesse qui font sa hauteur ; il est précieux quand il se croit agréable, obscur quand il se croit précis, guindé quand il veut être fort, et toujours ridicule, parce qu'il veut être toujours plaisant. Il ne sait pas que toute expression vive et vraie d'une pensée juste porte son sel avec elle; il ne sait pas que la langue de la gatté doit être plus impétueuse et plus naïve encore que toute autre, et il vise au plus petit de tous les genres, sans pouvoir même y atteindre. Trop faible pour pousser ses réflexions au delà de l'attente des lecteurs, pour étonner leur âme par ses images, ou pour la toucher par ses sentiments, iLsëme ses faibles écrits de petites grâces et de saillies concertées. Une imagination grande et vraie aime à se montrer toute nue, et sa simplicité^ toujours éloquente, dédaigne les traits et les fleurs.