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Le sentiment ne nous est pas suspect de fausseté

368. L'illustre auteur de Télémaque ne donne-t-il pas aux princes un conseil timide, lorsqu*iI leur inspire d'éloigner des emplois les bommes ambitieux qui en sont capables? Un grand roi ne craint pas ses sujets, et n'en doit rien craindre.

309. [11 faut qu'un roi ait bien peu d'esprit, ou l'âme bien peu forte, pour ne pas dominer ceux dont il se sert.]

370. Les vertus régnent plus glorieusement que la prudence ; la magnanimité est l'esprit des rois.

371. [Le défaut d'ambition, dans les grands* est quelquefois la source de beaucoup de vices ; de là, le mépris des devoirs, l'arrogance, la lâcheté, et la mollesse. L'ambition, au contraire, les rend accessibles, laborieux, honnêtes, serviables, etc. , et leur fait pratiquer les vertus qui leur tnanquent par nature, mérite souvent supérieur à ces vertus même, parce qu'il témoigne ordinairement une âme forte ]

372. [On ne saurait trop répéter que tous lés avantages humains se perdent par le manque des qualités qui les procurent : les richesses s'épuisent sans l'économie ; la gloire se ternit sans l'action ; la grandeur n'est qu'un titre de mollesse sans l'ambition qui l'a établie, et qui, seule, peut lui conserver sa considération et son crédit •.]

< Nous l'avons assez vu, c'est la méthode ordinaire de Vauvenargaes ; H se replie sur lui-même. Cette phrase, seule, justifierait le parti que nous avons pris dans notre commentaire, comme dans notre Éloge ^ de chercher la biographie morale de Vauvena^es dans son œuvre même. — G. — Var. : « Les hommes médiocres empruntent au dehors le peu de connaissanceji et de « lumières qu'ils paraissent tirer de leur propre fonds ; mais les âmes supé- « rieures trouvent en elles-mêmes un grand nombre de choses extérieures. ■

• Var, : [ u Si les richesses s'épuisent par là profusion ; si Ja gloire se « ternit par rinac(ion;en un mot, si tous les avantages acquis se pehient •< par le défaut des qualités qui les procurent, cela est vrai surtout & regard M dps grands, qui ne peuvent conserver le crédit et la considération de leur

373. Plaisante fortune pour Bosquet d'être chapelain dé Versailles ! Fénelon, du moins, était à sa place ; il était né pour être le précepteur des rois; mais Bossuet devait être un grand ministre, sous un roi ambitieux.

37â. [Je suis toujours surpris que les rois n'essaient point si ceux qui écrivent de grandes choses né seraient pas capables de les faire : cela vient, vraisemblablement, de ce qu'ils n'ont pas le temps de lire.]

375. Un prince, qui n'est que bon, aime ses domestiques, ses ministres, sa famille, son favori, et n'est point attaché à son État; il faut être un grand roi pour aimer un peuple.

376. [Le prince qui n'aime point son peuple peut être un grand homme, mais il ne peut être un grand roi.]

377. [Un prince est grand et aimable quand il a les vertus d'un roi, et les faiblesses d'un particulier*]

378. [Louis XIV avait trop de dignité; je l'aurais aimé plus populaire. Il écrivait à M. de. . . « 4e me réjouis, comme votre ami, dû présent que je vous fais, comme votre maître. » Il ne savait jamais oublier qu'il était le maître. C'était un grand roi ; je l'admire ; mais je n'ai jamais regretté de n'être pas né sous son règne '.]

379. [Luynes obtint, à dix-huit ans, la dignité de connétable. La faveur des rois est le plus court chemin pour faire une grande fortune ; c'est ce que savent à merveille tous les courtisans. Aussi, ceux qui ne peuvent arriver jusqu'à Toreille du prince tâchént-ils, au moins, de gagner les bonnes grâces du ministre , de même que ceux qui n'arrivent pas jusqu'au ministre font la cour' au valet de cham-

« fortune que par l'ambition qui l*a faite. Mais, tandis quMls se laissent amol- « tir par les plaisirs, et qu'ils font consister la grandeur dans le faste, dans « les excès, et dans le dédain pour les autres homn^es, qui leur fera entendre M cesTérités?»]

* On sait que Vauvenargucs est né le 6 août 1715, moins d'un mois avant la mort de Louis XIV. — G.

432 REF.LEXIONS

bre* Tous soot ilans Terreur : il u'y a rien de si difficile que d^ se faire agréer de quelque grand ; il faut avoir des mérites, et des mérites particuliers. Manquait-on de jeuues gens de dfx-huit ans, à la cour de Louis XIII, pour faire un connétable 7 ]

880. [Un talent médiocre n*empèche pas une grande fortune, mais il ne la procure» ni ne la mérite.]

381. [Un honnête homme peut être indigné contre ceux qu'il ne croit pas mériter lejar fortune ; mais il n'est pas capable de la leur envier. J

382. Nos paysans aiment leurs hameaux; les Romains étaient passionnés pour leur patrie, pendant que ce n'était qu'une bourgade; lorsqu'elle devmt plus puissante, l'amour de la patrie ne fut plus si vif; une ville, m^tresse de l'univers, était trop vaste pour le cœur de ses habitants. Les hommes ne sont pas nés pour aimer les grandes choses.

383. Les folies de Caligula ne m'étonnent point; j'ai connu, je crois, beaucoup d'hommes qui auraient fait leurs chevaux consuls, s'ils avaient été empereurs romains. Je pardonne, par d'autres motifs, à Alexandre de s'être fait rendre des honneurs divins, à l'exemple d'Hercule et de Bacchus,qui avaient été hommes comme lui, et moins grands hommes. Les anciens n'attachsdent pas la même idée que nous au nom de dt>u, puisqu'ils en admettaient plusieui:s, tous fort imparfaits; or, il faut juger des actions des hommes selon les temps. Tant de temples élevés par les empereurs romains à la mémoire de leurs amis morts, n'étaient que les honneurs funéraires de leur siècle , et ces hardis monuments de la fierté des maîtres de la terre n'offensaient ni la religion, ni leç moeurs d'un peuple idolâtre.

88à. [Je me suis trouvé, à l'Opéra, à côté d'un homme qui souriait^ toutes les fois que le parterre battait des mains.

ET MAXIMES. m

Il me dit qu'il avait été fou de la musique dans sa jeunesse, mais, qu'à un certain âge, on revenait de beaucoup de choses, parce qu'on en jugeait alors de sang-froid. Un moment après, je m'aperçus qu'il était sourd, et je dis en moi-même : Voilà donc ce que les hommes appellent juger de sang-froid! Les vieillards et les sages ont tort; il faut être jeune et ardent pour juger, surtout des plaisirs'.]

385. [Un homme de sang-froid ressemble à un homme qui a trop dîné, et qui, alors, regarde avec dégoût le repas le plus délicieux ; est-ce la faute des mets, ou celle de son estomac?]

380. Mes passions et mes pensées meurent, mais pour renaître ; je meurs moi-même sur un lit, toutes les nuits, mais pour reprendre de nouvelles forces et une nouvelle fraîcheur. Cette expérience que j'ai de la mort, me rassure contre la décadence et la dissolution du corps : quand je vois que la force active de mon âme rappelle à la vie ses pensées éteinteS; je comprends que celui qui a fait mon corps peut, à plus forte raison, lui rendre l'être. Je dis dans mon cœur étonné : Qu'as-tu fait des objets volages qui occupaient tantôt ta pensée? retournez suj* vos propres traces, objets fugitifs. Je parle, et mon âme s'éveille; ces images mortelles m'entendent, et les figures des choses passées m' obéissent et m'apparaissent. 0 âme étemelle du monde, ainsi votre voix secourable revendiquera ses ouvrages, et la terre, saisie de crainte, restituera ses larcins I

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