A2. — DES PASSIONS EN GÉNÉRAL
' LespassioDS s'opposent aux passions, et peuvent se servir de contre- poids ; mais la passion dominante ne peut se conduire que par son propre intérêt, vrai ou imaginaire, parce qu'elle règne despotiquement sur la volonté» sans laquelle rien ne se peut.
Je regarde humainement les choses, et j'ajoute dans cet esprit : toute nourriture n'est pas propre à tous les corps, tous objets ne sont pas suffisants pour toucher de certaines âmes. Ceux qui croient les hommes souverains arbitres de leurs sentiments ne connaissent pas la nature; qu'on obtienne qu'un sourd s'amuse des sons enchanteurs de Murer; qu'on demande à une joueuse qui fait une grosse partie qu'elle ait la complaisance et la sagesse de s'y ennuyer : nul art ne le peut.
Les sages se. trompent encore en offrant la paix aux passions : les passions lui sont ennemies. Ils vantent la modération à ceux qui sont nés pour l'action et pour une vie agitée ; qu'importe à un homme malade la délicatesse d'un festin qui le dégoûte 7
Nous ne connaissons pas les défauts de notre âme' ; mais quand nous pourrions les connaître, nous voudrions rarement les vaincre.
Nos passions ne sont pas distinctes de nous-mêmes ; il y en a qui sont tout le fondement et toute la substance de notre âme. .Le plus faible de tous les êtres voudrait-il périr pour se voir remplacé par le plus sage 7 Qu'on me donne un esprit plus juste, plus aimable, plus pénétrant, j'accepte
« où ne le porterait-on pas? que n'y ferait^n pas entrer? Une longue vie suf- « flrait à peine à Texécution d*un tel dessein. Détourné de ses avantages par < de vains désirs, et borné à lier mes réflexions, je cours rapidement au but, « et j'ignore l'art d'embellir, u — II nous a paru intéressant de rétablir, au moins en note, un des rares endroits où Vauvenargucs parle de lui. Les vains désirs auxquels il fait allusion feraient penser qu'il écrivait ce morceau au moment où il allait se démettre de son grade de capitaine, et solliciter, sans l)eaucoup d'espérance, un emploi dans la diplomatie. — G. • [Pa« assez développé. — V.]
avec joie tous ces dons ; mais si Ton m'ôte encore Fâme qui doit en jouir, ces présents ne sont plus rien pour moi \ Cela ne dispense personne de combattre ses habitudes % et ne doit inspirer aux hommes ni abattement ni tristesse. Dieu peut tout; la vertu sincère n'abandonne pas ses amants; les vices même d'un homme bien né peuvent se tourner à sa gloire \
« [Idéefrivole. — V.]
> Sur l'exemplaire d'Aix, Voltaire fait observer qae ce n'est pas là la conséquence attendue ; il n'y a cependant qu'à rapprocher cette ligne de celles qui précèdent {nous ne connaissons pas les défauts de notre dme^ etc.) pour s'assurer que la conséquence est rigoureuse ; J'imagine que ce qui chagrine Voltaire, c'est moins ce passage lui-même, que le mot suivant: Dieu peut tout, — G.
' Rapprochez de la 18* Réilexion et du 3* Conseil à un jeune homme, — G.