‹ OEuvresChapitre 53 sur 286 · A5. — DU COURAGE · texte numérisé non relu

A5. — DU COURAGE

Le vrai courage est une des qualités qui supposent le plus de grandeur'd'àme. J'en remarque beaucoup de sortes : un courage contre la fortune, qui est philosophie; un courage contre les misères, qui est patience ; un courage à la guerre, qui est yaleur ; un courage dans les entreprises, qui est hardiesse; un courage fier et téméraire, qui est au* dace; un courage contre l'injustice, qui est fermeté; uu courage contre le vice, qui est sévérité; un courage de réflexion, de tempérament, etc. ' Il n'est pas ordinaire qu'un même homme assemble tant de qualités. Octave, dans le plan de sa fortune, élevée sur des précipices, bravait des périls éminents; mais la mort, présente à la guerre, ébranlait son âme. Un nombre innombrable de Romains qui n'avaient jamais craint la mort dans les batailles, manquaient de cet autre courage qui soumit la terre à Auguste.

On ne trouve pas seulement plusieurs sortes de courages, mais dans le même courage bien des inégalités. Brutus, qui eut la hardiesse d'attaquer la fortune de César, n'eut pas la force de suivre la sienne : il avait formé le dessein de détruire la tyrannie avec les ressources de son seul couragOi et il eut la faiblesse de l'abandonner avec toutes les forces du peuple romain, faute de cette égalité de force et de sentiment qui surmonte les obstacles et la lenteur des succès.

Je voudrais pouvoir parcourir ainsi en détail toutes les qualités humaines : un .travail si long ne peut maintenant m'arrêter'. Je terminerai cet écrit par de courtes définitions.

Observons néanmoins encore que la petitesse est la source d'un nombre incroyable de vices : de l'inconstance, de la légèreté, de la vanité, de l'envie, de l'avarice, de la

« [Bien. - V.]

< [L'expression n*est pas Juste. ^ V.] ~ II faudrait, en effet : Je ne jmiê maintenant m'arrêter à un si long travail. — G.

bassesse, etc.; elle rétrécit notre esprit autant que la grandeur d*àme Félai^t; mais elle est malheureusement inséparable de l'humanité, et il n'y a point d'âme si forte qui en soit tout à fait exempte. Je suis mon dessein :

La probité est un attachement à toutes les vertus civiles.

La droiture est une habitude des sentiers de la vertu.

L'équité peut se définir par l'amour de l'égalité; l'intégrité parait une équité sans tache, et la justice une équité pratique.

La noblesse est la préférence de l'honneur à l'intérêt; la bassesse, la préférence de l'intérêt à l'honneur.

L'intérêt est la fin de l'amour-propre ; la générosité en est le sacrifice.

La méchanceté suppose un goftt à faire du mal ; la malignité, une méchanceté cachée ; la noirceur, une malignité profonde.

L'insensibilité à la vue des misères peut s'appeler dureté ; s'il y entre du plaisir, c'est cruauté. La sincérité me parait l'expression de la vérité ; la franchise, une sincérité sans voiles '; la candeur, une sincérité douce; l'ingénuité, une sincérité innocente ; l'innocence, une pureté sans tache.

L'imposture est le masque de la vérité ; la fausseté, une imposture naturelle ; la dissimulation, une imposture réfléchie ; la fourberie, une imposture qui veut nuire ; la duplicité, une imposture qui a deux faces '.

La libéralité' est une branche de la générosité ; la bonté, un goût à faire du bien et à pardonner le mal ; la clémence, une bonté envers nos ennemis.

La simplicité nous présente l'image de la vérité et de la liberté. L'aifectation est le dehors de la contrainte et du mensonge.

La fidélité n'est qu'un respect pour nos engagements; l'infidélité, une dérogeance; la perfidie, une infidélité cou-

> C'est-à-dire, qui ne réseire rien. La Binoérité ne dit que ce qu'oif lui de* mande; la franchise dit souvent ce qu*on ne lui demande pas. — S. s [Définitions plus brillantes, qu'approfondies. — V.]

verte et criminelle ; la bonne foi, une fidélité sans défiance et sans artifice.

La force d'esprit est le triomphe de la réflexion ; c'est un instinct supérieur aux passions, qui les calme ou qui les possède'; on ne peut pas savoir d'un homme qui n'a pas les passions ardentes, s'il a de la force d'esprit ; il n'a jamais été dans des épi'euves assez difficiles '•

La modération est l'état d'une âme qui se possède; elle natt d'une espèce de médiocrité dans les désirs et de sa* tisfaction dans les pensées, qui dispose aux vertus civiles. L'immodération, au contraire, est une ardeur inaltérable ^ et sans délicatesse, qui mène quelquefois à de grands vices.

La tempérance n'est qu'une modération dans les plaisirs, et l'intempérance au contraire^.

L'humeur est une inégalité qui dispose à l'impatience ; la complaisance est une volonté flexible ; la douceur, un fonds de complaisance et de bonté.

La brutalité, une disposition à la colère et à la grossièreté; l'irrésolution, une timidité à entreprendre ; l'incertitude, une irrésolution à croire ; la perplexité, une irrésolution inquiète.

1 [L'auteur a voulu dire qui les tnaîtrisey et le mot possède n*est pas ici le synonyme ; il ne l'est que dans cette phrase faite, se posséder, qui signifie, en effet, se maîtriser. D'ailleurs, si cette force d^esprit^ qu'il eût mieux valu appeler force de Vâme (car c'est de celle-là qu'il s'agit ici), est le triomphe de la réflexion, comme )e le crois avec l'auteur, ce n'est donc pas un instinct, car on entend par instinct ce qui précède toute i^exion. — La H.]

s [Gela est-il bien vrai? On ne nous dit pas que le stolden Épictète ait eu un tempérament passionné; cependant lorsqu'il disait si tranquillement à son maître qui s'était amusé à lui casser la jambe par forme de Jeu, Je vous l'cvais bien dit que vous me casserie* lajambôy n'y avait-il pas là quelque force d'esprit? — La H.]— La Harpe aurait pn ajouter que V épreuve était pourtant ofses diffieile. — G.

' Vauvenargues veut dire une ardeur qui ne peut être désaltérée; il prend donc le mot inaltérable presqu'à contresens. Insatiable est ici le mot propre. — G. — [Ce n'est pas la peine d'ajouter qu'une pareille ardeur est faf» délicatesse. On ne peut pas la supposer avec l'immodération, qui est proprement le défaut de mesure en tont.^ La H.]

* n faudrait : le contraire; de même, trois phrases plus bas : l'imprudenco tout le contraire. — G.

62 INTRODUCTION A LA CONNAISSANCE, SlK

La prudence, une prévoyance raisonnable ; l'imprudence tout au contraire.

L'activité natt d'une force inquiète ; la paresse, d'une impuissance paisible.

La mollesse est une paresse voluptueuse; l'austérité est une haine des plaisirs, et la sévérité, des vices.

La solidité, une consistance et une égalité d'esprit ; la légèreté, un défaut d'assiette et d'uniformité de passions ou d'idées; la constance, une fermeté raisonnable dans nos sen timents; l'opiniâtreté, une fermeté déraisonnable; la pudeur^ un sentiment de la diifonnité du vice et du mépris qui le suit.

La sagesse, la connaissance et l'afTection du vrai iHen ; l'humilité, un sentiment de notre bassesse devant Dieu ; la charité, un zèle de religion pour le prochain ; la grftce, ime impultton surnaturelle vers le bien.

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