ON NE PEUT ÊTRE DUPE DE LA VERTU
^ Que ceux qui sont nés pour l'oisiveté et la mollesse y meurent et s'y ensevelissent , je ne prétends pas les troubler; mais je parle au reste des hommes, et je dis : On ne peut être dupe de la vraie vertu ; ceux qui l'aiment sincèrement y goûtent un secret plaisir, et souffrent à s'en détourner : quoi qu'on fasse aussi pour la gloire, jamais ce travail n'est perdu, s'il tend à nous en rendre dignes. C'est une chose étrange que tant d'hommes se défient de la vertu et de la gloire, comme d'une route hasardeuse, et qu'ils regardent l'oisiveté comme un parti sûr et solide. Quand même le travail et le mérite pourraient nuire à notre fortune, il y
« Pensées de Pascal, I» partie, art. VI, pensée XU. — B. — [Montaigne Ta dit avant, et ipieux. — V.]
* Pensées de Pascal, II* partie, art. V, pensée V. — B.
» [Estpce la conclusion Juste? Ne manque-t^il pas quelque idée intermédiaire ΗV.]
« [Bien. — V.] — Rapprochez de la Réflexian qui précède, du !«' ConMeil à un Jeune homme et des deux Discours sur la Gloire, — G.
aurait toujours à gagner à les embrasser ; que sera-ce s'ils y concourent? Si tout finissait par la mort, ce serait encore une extravagance de ne pas donner toute notre application à bien disposer notre vie, puisque nous n'aurions que le présent; mais nous croyons un avenir, et l'abandonnons au hasard; cela est bien plus inconcevable. Je laisse tout devoir à part, la morale et la religion, et je demande : l'ignorance vaut*elle mieux que la science, la paresse que l'activité, l'incapacité que les talents? Pour peu que l'on ait de raison, on ne met point ces choses en parallèle '. Quelle honte donc de choisir ce qu'il y a de l'extravagance à égaler ? S'il faut des exemples pour nous décider, d'un côté Goligny, Turenne, Bossuet, Richelieu, Fénelon, etc.; de l'autre, les gens à la mode, les gens du bel air, ceux qui passent toute leur vie dans la dissipation et les plaisirs : comparons ces deux genres d'hommes, et voyons ensuite auquel d'eux nous aiiqerions mieux ressembler*.