NÉCESSITÉ DE FAIBE DES FAUTES
Il ne fttut pas être timide de peur de faire des fautes; la plus grande faute de toutes est de se priver de l'expérience. Soyons très-persuadés qu'il n'y a que les gens faibles qui aient cette crainte excessive de tomber et de laisser voir leurs défauts; ils évitent les occasions où ils pourraient broncher et être humiliés; ils rasent timidement I9 terre, n'osent rien donner au hasard, et meurent avec toutes leurs faiblesses qu'ils n'ont pu cacher '. Qui voudra se former au grand doit risquer de faire des fautes, et ne pas s'y laisser abattre, ni craindre de se découvrir ; ceux qui pénétreront ses faibles tâcheront de s'en prévaloir; mais ils le pourront rarement. Le cardinal de Retz disait à ses principaux domestiques: «Vous êtes deux ou trois à qui a je n'ai pu me dérober ; mais j'ai si bien établi ma repu- (( tation, et par vous-mêmes, qu'il vous serdt impossible a de me nuire quand vous le voudriez*.» Il ne mentait pas : son historien rapporte qu'il s'était battu avec un de ses écuyers, qui l'avait accablé de coups, sans qu'une aventure si humiliante pour un homme de ce caractère et de ce
• [Beau. — V.]
s Quy Joly, conseiller au Ch&telet, rapporte en effet dans ses Mémoires, que lorsqu'il reprochait au cardinal sa vie licencieuse, ce prélat lui faisait cette réponse.— F. — [Cet exemple ne prouve pas qu'il faut risquer des fautes, mais qu'il faut se faire valoir. — V.]
rang ait pu lui abattre le cœur, ou faire aucun tort à sa gloire : mais cela n'est pas surprenant; combien d'hommes déshonorés soutiennait par leur seule audace la conviction publique de leur infamie, et font face à toute la terre I Si re£fix)nterie peut autant» que ne fera pas la constance? Le courage surmonte tout.