‹ OEuvresChapitre 97 sur 286 · IL EST PROFITABLE ET PERMIS D'ÉGRIRE · texte numérisé non relu

IL EST PROFITABLE ET PERMIS D'ÉGRIRE

Voulez-vous démêler, rassembler vos idées, les mettre sous un même point de vue, et les réduire en principes? jetez-les d'abord sur le papier. Quand vous n'auriez rien à gagner par cet usage du côté de la réflexion, ce qui est faux manifestement, que n'acquerriez-vous pas du côté de l'expression? Laissez dire à ceux qui regardent cette étude comme au-dessous d'eux. Qui peut croire avoir plus d'esprit, un génie plus grand et plus noble que le cardinal de Richelieu? Qui a été chargé de plus d'affaires, et de plus importantes? Cependant nous avons des Controverses de ce grand ministre, et un Testament politique; on sait même qu'il n'a pas dédaigné la poésie. Un esprit si ambitieux ne pouvait mépriser la gloire la moins empruntée et la plus à nous qu'on connaisse. Il n'est pas besoin de citer, après un si grand nom, d'autres exemples : le duc de La Rochefoucauld, l'homme de son siècle le plus poli et le plus capable d'intrigues ', auteur du livre des Maximes; le fameux cardinal de Retz, le cardinal d'Ossat*, le chevalier Guillaume

* On sait que le cardinal de Retx accorde à La Rochefoucauld le premier point (voir la dernière note du 5* CoMeil à un jeune homme), mais non pas le second. « // n*a jamais été, dit-il, capable d'aucunes affaires,,., ni ban homme de parti, quoique toute sa vie il y ait été engagé. > — G.

* Arnaud, cardinal d'Ossat, auteur de lettres regardées comme des chefsd'œuvre de politique, mourut à Rome le 13 mars 160A. — B.

Temple \ et une infinité d'aatres qui sont aussi connus par leurs écrits que par leurs actions immortelles \ Si nous ne sommes pas à même d'exécuter de si grandes choses que ces hommes illustres, qu'il paraisse du moins par l'expression de nos pensées^ et par ce qui dépend de nous, que nous n'étions pas incapables de les concevoir ^

6S. — [les fRÉCEPTES CORRIGENT PEU.]

[Que n'a-t-on pas écrit contre l'orgueil des grands, contre la jalousie des petits, contre les vices de tous les hommes 7 Quelles peintures n'a-t-on pas faites du ridicule, de la vanité, de l'intempérance , de la fourberie, de l'inconséquence, etc. ? Mais qui s'est corfigé par ces images ou par ces préceptes? Quel homme a mieux jugé, ou mieux vécu, après tant d'instructions reçues? 11 faut l'avouer : le nombre de ceux qui peuvent profiter des leçons des sages est bien petit, et, dans ce petit nombre, la plupart oublient ce qu'ils doivent à l'instructipn et à leurs maîtres, de sorte qu'il n'est pas d'occupation si ingrate que celle d'instruire les hommes. 11$ sont faits de manière qu'ils devront toujours tout à ceux qui pensent, et que toujours ils abuseront contre eux des lumières qu'ils en reçoivent ; il est même ordinaire que ceux qui agissent recueillent le fruit du labeur de ceux qui se bornent à imaginer ou à instruire. Dès qu'on ne fait valoir que la raison et la justice, on est toujours la victime de ceux qui n'emploient que l'action et la violence : de là vient que le plus médiocre et le plus

1 Célèbre négociateur anglais, auteur d'un grand nombre d*ouyrages historiques, mourut dans le comté de Sussex en février 1698. — B.

* On peut croire que, dans ce passage comme dans plusieurs autres de son livre, Vauvenargues répond aux scrupules de ses parents et de ses amis, qui voyaient avec peine un homme de sa qualité faire profession publique de littérature. — G.

» Dans la 33e Réflexion {V Homme vertueux dépeint par son génie) nous avons rencontré une pensée analogue, bien que les termes en soient renversés : « Taime à croire que celui qui a conçu de si grandes choses n'aurait pas été incapable de les faire. » — G.

borné de tous les métiers est celai d'écrivain et de philosophe '.]

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