‹ OEuvresChapitre 99 sur 286 · sur l'étude des sciences · texte numérisé non relu

sur l'étude des sciences

[S'il y a des sciences qui ne satisfassent qu'une vaine curiosité, qui ne rendent les hommes ni plus vertueux, ni plus aimables, qui n'aient presque point de rapports avec nos intérêts et nos devoirs, ce sont les dernières qu'il faut

< Cette conclusion de Vauvenargues est au moins contestable, mais la discussion nous mènerait trop loin ; notons seulement que Newton était, sur ce point, d*un autre sentiment que Vauvenargues : quand on Tinterrogeait sur cette cause occulte qui produit la pesanteur et V attraction, ce grand homme répondait en montrant le ciei, et en se découvrant la tête. — G.

* Nouvelle preuve de la foi de Vauvenargues au sentiment, même dans les matières scientifiques. — G.

apprendre, mais il est bon. de ne pas les négliger entièrement ; car il n'y a point de science qui ne puisse agrandir l'esprit, et, si la vie humaine n'était pas si courte, il n'en faudrait point rejeter. Il convient donc à un homme, qui a l'esprit facile et pénétrant, de prendre une forte teinture des sciences nécessaires peur comprendre, s'il se peut, les premières lois du monde matériel; pourvu cependant qu'il réserve son application principale pour le monde spirituel, où sont renfermés ses plaisirs, ses devoirs, ses attachements, et sa fortune. Il doit laisser aux physiciens et aux géomètres la partialité singuliël'e qu'ils ont pour leurs études : pendant que ces grands observateurs de la nature se van-^ tent qu'il n'y a point de certitude hors des mathématiques, l'homme d'un esprit flexible et délié apprend^ par le commerce des hommes, le secret d'aller à ses fins' ; il sonde les routes du cœur, s'instruit des i-essorts de l'âme, et, au moyen d'une science, incertaine selon les mathématiciens, se procure certainement les plus grands avantages de la vie. Peu jaloux des expériences de l'électricité ou de la pesanteur, ou de tel autre effet encore plus rare, dont les causes sont ignorées; moins occupé de calculs que de sentiments, il fait des expériences de l'humanité, du courage et de la prudence. Il ne prétend pas cependant détourner les physiciens ou les géomètres de leurs études^ pour les engager à celle de l'homme; il sait trop que ceux qui réfléchissent avec quelque profondeur, sont déterminés invinciblement par la nature à approfondir de certains objets, et non les autres ; qu'il faut que chacun obéisse à la loi dç son instinct et aux convenances de sa fortune, et qu'il est bon, d'ailleurs, que l'esprit de tous les hommes ne soit pas touillé vers le même objet.]

^ Ici, et dans maint autre passage de son livre, Vauvenargaes trahit Tarriërepensée de ses études. La spéculation n'est pour lui que le moyen de Faction ; il étudie le monde, moins pour le peindre, que pour le gouverner, et, comme noos rayons dit dans notre Éloge, il a voulu conduire Us hommes avant de les instruire, — G.

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