‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 105 sur 402 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

qu'il la taultt^ombattrc; les fortaites nous trahiront ^u bon du faict. Si j'amasse, ce n'est que pour l'espérance de queUjiie voisine emplaite, non pour acheter des terres, de quoy je n'ay que faire, mais pour acheter du plaisir. Non esse cupidum pecunia est; non esse emacem vectigal esl^. Je n*ay ny gucrcs peur que bien me faille, ny nul désir qu'il augmente : Divitiarum fructus est in copia; copiant déclarât satietas' : et ne me gratifle singulièrement ((ue ceste correction me soit arrivée en un aage naturellement enclin à l'avarice, et que je me veoye desfaict de ceste folie si commune aux vieux, et la plus ridicule de toutes les humaines folies.

Feraulez, qui avoit passé par les deux fortunes, et trouvé que Taccroist de chevance n'estoit pas aceroist d'appétit au boire, mangw, dormir et embrasser sa femme, et qui, d'aultre part, sent oit poiser sur ses espaules l'importunité de l'œconomie, ainsi qu'elle faict à moy, délibéra de contenter un jeune homme pau^Te, son fidèle amy, abboyant après les richesses; et luy feit présent de toutes les siennes, grandes et excessives, et de celles encores qu'il estoit en train d'accumuler touts les jours par la libéralité de C^tus son bon maistre, et par la guerre ; moyennant qu'il prinst la charge de l'entretenir et nourrir honnestement comme son hoste et son amy. Ils vescurent ainsi depuis très heureusement, et egualement contents du changement de leur condition^.

Voyià un tour que j'imit crois de grand courage, et loue grandement la fortune d'un vieil prélat que je veois s'estre si purement demis de sa bourse, de sa recepte et de sa mise, tantost à un serviteur choisi, tantost à un aultre, qu'il a coulé un long espace d'années autant ignorant ceste sorte d'affaires de son mesnage comme un estrangier. La fiance de la bonté d'aultniy est un non legier tesmoignage de la bonté propre ; partant la favorise Dieu volontiers. Et pour son regard, je ne veois point d'ordre de maison ny plus dignement ny plus

(1) C'est être riche qiiede h'êlre pas ayide de mhesses ; c'es» un revenu que n'avoir pas la passion d'acheter. Cic, Paradox., W , 3.

^) I/C fruit des richesses est dans l'abondance , et la preuve de ral>ondancc, c'est le contentement. Cic, Paradox.. VI, 2.

(3) XÉsoPHO» , Cijropédie , vm , S. €.

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