LIVRE î, CHAP. XLI
garde à conduire ; le principal effort de la rencontre feat en cest endroict : les seigneurs qui raccompagnoient, se trouvants en dur party d'armes, mandèrent au roy Edouard de s'approcher pour les secourir. II s'enquit de Testât de son fils ; et loy ayant esté respondu qu'il estoit vivant et à cheval : « Je lui ferois, dict il, tort de luy aller maintenant desrober Thonneur de la victoire de ce combat qu'il a si longtemps soustenu ; quelque hasard qu'il y ayt, elle sera toute sienne; » et n'y voulut aller ny envoyer, sçachant, s'il y feust allé, qu'on eust dict que tout estoit perdu sans son secours, et qu'on luy eust attribué l'advantage de cest exploict : Semper enim quod postremum adjectnm est, id rem ioiam videtur traxisse^. Plusieurs estimoient à Rome, et se disoit communément, que les principaulx beaux faicts de Scipion estoient en partie deus à Laelius, qui toutesfois alla tousjours promouvant et secondant la grandeur et gloire de Scipion, sans aulcun soing de la sienne 2. Et Theopompus, roy de Sparte, à celuy qui loy disoit que la chose pubHcque demeuroit sur ses pieds, pour autant qu'il sçavoit bien commander : « C'est plustost, dict il, parce que le peuple sçait bien obeïr^. »
Comme les femmes qui succedoient aux pairies avoient, nonobstant leur sexe, droict d'assister et opiner aux causes qui appartiennent à la jurisdiction des pairs, aussi les pairs ecclésiastiques, nonobstant leur profession, estoient tenus d'assister nos roys en leurs guerres, non seulement de leurs amis et serviteurs , mais de leur personne. Aussi l'evesque de Beauvais, se trouvant avecques Philippe Auguste en la battailledeBouvines'*, participoh bien fort courageusement à l'effect ; mais il luy sembloit ne debvoir toucher au fruict et gloire de cest exercice sanglant et violent. Il mena de sa main plusieurs des ennemis à raison, ce jour là ; et les donnoit au premier gentilhomme qu'il trouvoit, à esgosiller ou prendre prisonnier, luy en resignant toute l'exécution : et le feit ainsi de
(*) Car ceux qui arrivent les derniers au combat semblent seuls avoir décidé la victoire. Tit. Liv., XX VII, 45.
{2] Plct., Instructions pour ceux qui manient affaires d'Etat, c. 7. G.
(5) Plct., Apophthegmes des Lacédémoniens , à rartide Thcoponiptis. C.
(*) t)onnée en lîli , entre Lille et Toumay.
Guillaume, comte de Salsberi, à messire Jehan de Nesle. D'une pareille subtilité de conscience à cesteaultre, il vouloit bien assommer, mais non pas blecer, et pourtant ne combattoit que de masse. Quelqu'un, en mes jours, estant reproché par le roy d'avoir mis les mains sur un presbtre, lenioitfort et ferme : c'estoit qu'il l'avoit battu et foulé aux pieds.