‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 133 sur 402 · LIVRE I, CHAP. I.VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. I.VI

retournant de son entreprinse, qu'il ne feist ses prières et oraisons. Je vous laisse à juger, Tame pleine de ce beau pensement, à quoy il employoit la faveur divine. Toutesfois elle allègue cela pour un tesmoignage de singulière dévotion'. Mais ce n'est pas par ceste preuve seulement qu'on pourroit vérifier que les femmes ne sont gueres propres à traicter les matières de la théologie.

Une vraye prière et une religieuse reconciliation de nous à Dieu, elle ne peult tumber en une ame impure et.soubmise lors mesme à la domination de Satan. Celuy qui appelle pieu à son assistance pendant qu'il est dans le train du vice, il faict comme le coupeur de bourse qui appelleroit la justice à son ayde, ou comme cculx qui produisent Ij nom de Dieu en tesmoignage de mensonge.

Tacilo mala vota susurré Conciphnui ».

II est peu d'hommes qui osassent mettre en évidence les requestes secretles qu'ils font à Dieu :

Uaud cuivis promptum est, murmurque,humilesqtiesusiirros ToUerede iemp!is^ et aperio vil ère voto^ :

voylà pourquoyles pythagoriens vouloient qu'elles fussent publicques et ouïes d'un chascun ; à fin qu'on ne le requist de chose indécente et injuste, comme celuy là,

Clare quum dixit, Apollo !

Labra movei, memens audiri : " Pulchra Lavema, Da mihi fallere, du jusium sanctumque videri ; Xoctempeccalis, et fraudibus objice nubem *. »

Les dieux punirent griefvement les iniques vœux d'OEdipus en les luy octroyant:il avoit prié que ses enfants vuidassent entre eulx, par armes, la succession de son Estât ; il feut si misérable de

(Il Elle dit cependant qu'il ne s'arrêtait dans Féglise qu'à son retour : ce qui nous donne une idée assez naïve de la dévotion de ce prince. Elle ajoute : c El néantmoins qu'il menast la vie que je vous dis, si estoit il prince craignant et aimant Dieu. » Journée lll, Koiwetle a, p. 272, éd. de lolo. G.

'2) Nous murmurons à voix basse des prières criœinellee. UCAW, V, 104.

(5) 11 est peu d'hommes qui n'aient pas t)esoin de prier à ▼o« basse, et qui puissent exprimer lout haut les vœux qu'ils adressent aux dieux. Perse, II, G.

(4) Qui, après avoir invoqué Apollon à hante voix, ajoate aussitôt tout bas, en remuant à peine les lèvres : « Belle La- ■veme, donne-moi les moyens de tromper, et de passer pour un homme de b'ien; couvre d'un nuage épais, d'une nuit ob- } scure, mes secrètes friponneries. >, Hor. Eput., I, 16, 59.

se veoir prins au mot. Il ne fault pas demander que toutes choses suyvent nostre volonté, mais qu'elle suyve la prudence.

II semble , à la vérité, que nous nous servom. de nos prières comme d'un jargon , et comme ceulx qui employent les paroles saincies et divines à des sorcelleries et effects magiciens; et que nous facions nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suitte des mots, ou de nostre contenance , que despende leur effect : car ayants l'ame pleine de concupiscence , non touchée de repeniance ny d'aulcune nouvelle reconciliation envers Dieu, nous luy allons présenter ces paroles que la mémoire preste à nostre langue, et espérons en tirer une expiation de nos faultes. Il n'est i ien si aysé, si doulx et favorable que la loy divine; elle nous appelle àsoy, ainsi faultiers et détestables comme nous sommes ; elle nous tend les bras, et nous receoit en son giron pour vilains, ords et bourbeux que nous soyons et que nous ayons à estre à l'advenir : maisencores, en recompense, la fault il regarder de bon œil ; encores fault il recevoir ce pardon avec action de grâces ; et au moins, pour cest instant que nous nous adressons à elle, avoir l'ame desplaisante de ses faultes, et ennemie des passions qui nous ont poulsé à l'ofîenser. Ny les dieux , ny les gents de bien , dict Platon * , n'acceptent le présent d'un meschant.

Immunis aram si tetigit manus.

Non iumpiuosa blandior hostia, Uollivit aversos Pénates

Farre pio, et salienie mica »

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