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LIVRK II, CHAP. XII

rend Ips corps célestes et les premiers corps participants, ni de celle que Thaïes* attribuoit aux choses mesmes qu'on tient inanimées, convié parla considération de l'aimant; mais de (l'Ile qui nous appartient, que nous debvons mieulx cognoistre :

Ignora lur enim, quœ sit natura animai; Tiuta sit; an, contra, tiasceutibiis insinueiur ; l'A simnl initTCut nobiscum morte dirempta ; An leiiebras Orci visât, vastasque lacunas. An pecu desalias divinitus insinuet se*.

A Cratès et Dicœarchus, qu'il n'y en avoit du tout point, mais que le corps s'esbransloit ainsi d'un mouvement naturel; à Platon s, quec'estoit une substance se mouvant de soy mesme; à Thaïes, une nature sans repos ♦; à Asclepiades,uneexercitation des sens; à Hesiodus et Anaximander, chosecomposéedeterreetd'eau;àParmenides5, de terre et de feu ; à Empedocles^, de sang ;

Sangttineam vomit ille animant ^ :

à PosidoniusS, Cleanthes et Galen», une chaleur ou complexion chaleureuse ;

Igneus est ollis vigor, et cœleslis origo '".•

à Hippocrates'*,un esprit espandu parle corps; à Varro*^ un air receu par la bouche, eschauffé au pouimon, atirempé au cœur, et espandu par tout le corps; à Zeno*^, la quint' essence des

(1) Dioo- UiEr.CE, 1, 2i.

(2) La nature de l'âme est un problème : nait-efle avec le corps? s'y iosinue-l-elle au niQmcnl de la naissance? |)érilellc avec nous par la dissolution de ses parties ? va-l-elle vi5.iicr le sombre empire? euGn, les dieux la funi-ils passer dans les corps des animaux ? Ou l'ignore. Lccr., 1, 113.

(3) Traité des Lois, X, p. 608. C.

(4) Thaïes entendait au&^i, et qui se meut de soi-même, tf'jra àîixîvT.rcv i a'ircxîvr.TCv. Plct.. de Plac. philos., IV, 3. Là se trouve ensuite l'opinion du médecin Asclepiade, - -— javaciav rti)v a.ia'rr,>jc(à-i . i. V. L.

i; Macb., in Somn. Sc»p.,I, 14. C.

(tij Cic, ruse, I, 9. C.

f7) Il vomit son ame de sang. Tirc, £néide.,ïy, 549.

(K) Dioc. Làerce, VIII, 136. C.

^9) 0(1 cite là-dessus le traité de Galien, Quod cmimi mores sequantur corporis temperawetitum : mais Némésius, de Satura hominis.cM, p. 57. éd. d'Oxford, rapporte un passage de Galien où ce mé<lecin déc-lare qu'il n'ose rien afOrmer sur b nature de Taine; et les notes de cette édition font connaître plusieurs {passages qui prouvent clairement la même chose. C.

(to) Les âines oui la fort-c et la vivacité du feu, Cl leur origine est cel«!>te. tiRC, Enéide, VI, 730.

(Il) MAca ,m Sorrm. Siip.,l, 14. C.

(1^ Lact., de Opif. Dei, c. 17, iio 5. C.

(13) Montaigne parait allril)uer ici à Zenon l'opimon d'.\ri*totc. Cic-, Tusc.,1, lO. C.

quatre éléments; à Hcraclides Ponticus*, la lumière; à Xenocrates* et aux Egyptiens, un nombre mobile ; aux Chaldées, une vertu sans forme déterminée ;

Babiium quemdam ritalem corporis esse, Barmottiam Grœci quam dicunt ^ :

n'oublions pas Aristote, ce qui naturellement faict mouvoir le corps, qu'il nomme enlelechie*, d'une autant froide invention que nulle aullre ; car il ne parle ny de l'essence, ny de l'origine, ny de la nature de l'ame, mais en remarque seulement l'effect; Lactancc^, Seneque6, et la meilleure part entre les dogmatistes, ont confessé que c'estoit chose qu'ils n'entendoient pas; et après tout ce dénombrement d'opinions, harum senientiarum quœ rera sil, Deus aliquis videril, dit Ciccro"'. Je cognois par moi, dict sainct Bernard^, combien Dieu est incompréhensible, puisque les pièces de mon estre propre, je ne les puis comprendre. Heraclitus», qui tenoit tout estre plein d'ames etdaimons,maintencit pourtant qu'on ne pouvoit aller tant vers la cognoissanc» de l'ame qu'on y peust arriver ; si profonde estre son essence.

Il n'y a pas moins de dissention ny de débat à la loger. Hippocrates et Hierophilus'ola mettent au ventricule du cerveau ; Demoeritus et Aristote**, par tout le corps;

VI bona sœpe vatetudo qmun dicitur esse

Corporis, et non est tamen hœc pars ulîa valentit ' » .'

Epicurus, en l'eslomach ;

Hic ejcsultat enim pavor ac metus; hced loca circmm Lœlitiœ mulcenl*^:

(1) Stob., Eclo . phys., 1, 40. C.

(2) Macr., bi Somn. Scip., I, 14. C.

(3J Lue certaine habitude vitale, nonmiée par les grecs barmonte. Lccr., III, KO.

(4) Cic, TuscuL. I, ÏO. C.

(?>) De Opif. Dei, c. 17, au commencement. C.

<6) iVaiiir. <7uaal.,VlI, 14. C.

(7; On Dieu seul peut savoir quelle est la vraie. Cia, Tusc., 1, 11.

(8) Ub. de Anima, c. 1, p. 1048, «1. de Paris, 1604. C.

19) DIOG. LiERCE. IX, 7. C.

(10) Plct., des Oj^nions des philos., IV, 5. C.

(11) Se\t. Emp. , adv. Mathem. , p. 201. C.

{12} Ainsi l'on dit que la santé appartient à tout le corps, et pourtant elle n'est pas une partie de l'homme en sauté. Lcck. III, tu3.

(13) C'est là qu'on sent palpiter la craiute et la terreur; c'est là que Ton éprouve les douces émotions du plaisir. LrcR., Ilf

ESSAIS DE MOISTAIGNE,

les stoïciens*, autour et dedans le cœur; Erasistratus^, joignant la membrane de l'epicrane; Empedoclcs^, au sang; comme aussi Moïse*, qui feut la cause pourquoy il dcfrendit de manger le sang des bestes, auquel leur ame est joincte : Galen a pensé que chasque partie du corps ayt son ame; Strato^ Ta logée entre les deux sourcils : Qua fade quxdem sil animus, aut ubi habitet, ne quœrendum quidem est^, dict Ciccro; je laisse volontiers à cest bomme ses mots propres : irois je à Teloquence altérer son parler? joinct qu'il y a peu d'acquest à desrobber la matière de ses inventions, elles sont et peu fréquentes, et peu roides et peu ignorées. Mais la raison pourquoy Cbrysippus Targumente autour du cœur, comme les aultresde sa secte, n'est pas pour estre oubliée: c'est par ce, dict iP, que quand nous voulons asseurer quelque cbose, nous mettons la main sur l'estomacb , et quand nous voulons prononcer lyw, qui signifie moy, nous baissons vers l'est omacb la mascbouere d'en bas. Ce lieu ne se doibt passer saris remarquer la vanité d'un si grand personnage; car oultre ce que ces considérations sont d'elles mesmes infiniment legierçs, la dernière ne preuve qu'aux Grecs qu'ils ayent l'ame en cest endroict là : il n'est jugement bumain si tendu qui ne sommeille par fois. Que craignons nous à dire? voylà les stoïciens s, pères de l'humaine prudence, qui treuvent que l'ame d'un homme accablé soys une ruyne traisne et abanne long temps à sortir, ne se pouvant desmesler do la charge, comme une souris prinse à latrappellè». Aulcuns tiennent que le monde feut faict pour donner corps, par punition, aux esprits descheus par leur faulte de la pureté en quoy ils avoient esté créés, la première création n'ayant esté qu'incorporelle; et que, selon qu'ils se sont plus ou moins esloingnés de leur spiritualité, on les incorpore plus ou moins alaigrement ou lourdement : de là vient la va-

\\) l'LLT., (les Op!)noiis des philos., IV, 5. G. (-2) In., ibki.

(5) ID., ibid.

U) r.cncs., IX, 4; Lei'illc, YII, 26; XVII, 11; Deuieronom., XII, 25, Ole. J. V. L.

(51 Plut., Opin. des philos., IV, .s. c. (Bi l'our la figure de l'ilmc el le lieu où elle réside, c'est ce . qu'il !ie faut pns clienlier à connailre. Cic , Tnsc, 1, 28.

(7) Gai.., de Placills Hippocralis el Plalonls, II, 2. C.

(8) Ses., Episl. 57. C.

(9) De l'italien iVapp.'t/a, une souricière. C.

rleté de tant de matière créée. Mais l'esprit qui feut, pour sa peine, investi du corps du soleil, debvoit avoir une mesure d'altération bien rare et particulière.

Les extrémités de nostre perquisition tumbent toutes en esblouïssement ; comme dict Plutarque* de la teste des histoires, qu'à la mode des chartes, l'orée^des terres cogneues est saisie de marets, forets profondes, déserts et lieux inhabitables : voylà pourquoy les plus grossières et puériles ravasseries se treuvent plus en ceulx qui traictent les choses plus haultes et plus avant, s'abysmants en leur curiosité et presumption. La fin et le commencement de science se tiennent en pareille bestise : voyez prendre à mont l'essor à llaton en ses nuages poétiques, voyez chez luy le jargon des dieux 5 mais àquoy songeoit il, quand il définit l'homme «un animal à deux pieds, sans plumes^? » fournissant à ceulx qui avoient envie de se mocquer de luy une plaisante occasion ; car, ayanti plumé un chapon vif, ils alloient le nommai «l'homme de Platon. »»

Et quoy les épicuriens? de quelle simplicit estoient ils allés premièrement imaginer que leurs atomes, qu'ils disoient estre des corps ayants quelque poisanteur et un mouvement naturel contre bas, eussent basti le monde: jusques à ce qu'ils feussent advisés par leurs adversaires , que par ceste description il n'es^oit pas possible qu'ils se joignissent et se prinssent l'un à l'aultre, leur cheute estant aussi droicte et perpendiculaire et engendrant partout des lignes parallèles? par quoy il feut force qu'ils y adjoutassent depuis un mouvement de costé, fortuite, et qu'ils fournissent encores à leurs atomes des queues courbes et crochues pour les rendre aptes à s'attacher et se coudre : et lors mesme, ceulx qui les poursuyvent de ceste aultre considération les mettent ils pas en peine? «Si les atomes ont, par sort, fermé tant de sortes de figures, pourquoy ne se sont ils jamais rencontrés à faire une maison et un soulier? pourquoy de mesme ne croit on qu'un nombre infini de lettres grecques versées emmy la place seroient pour arriver à la contexture de Plliade'*? »

(1) Yiedc Thi'sée, préambule. C.

(2) Sord, eJctrimUé.^.

(ô) Uîoc. Laerge, IV, -M). C.

(4) Cic, de KcU. deor., II, 37. J.V.I^

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