‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 235 sur 402 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ces traict» de ma confession, on en penlt imaginer d'auUres à mes despens. Mais quel que je me fasse cognoisire, pourveu que je me fasse cognoistre tel que je suis, je foys mon effcct; et si ne m'excuse pas d'oser mettre par escript des propos si bas et frivoles que ceuU cy , la bassesse du subject m'y contrainet ; qu'on accuse si on veult mon project, mais mon progrès non: tant y a que, sans l'advertissement d'aultruy, je veois assez le peu que tout cecy vault et poise et la folie de mon desseing; c'est prou que mon jugement ne se desforre point, duquel ce sont ici les essais.

Ifattiint *i$ utque Hcet, $ts denique natiis,

Quanlinn uolnerii ferre rogaiiiê Allai, El pos$is ipsiim lu deridere Laiinum,

Kon paies tu nugas dicere plura meas, Ipse ego qiinm diri : qiiid demem dénie juvabU

Eedere? came opttï esl, si sattir ess- relis. Ne perdus operam ; qui se miranlw, iii illos

Virus habe; tws licec novimus esse nihil'.

Je ne suis pas obligé à ne dire point de sottises, pourveu que je ne me trompe pas à les cognoistre : et de faillir à mon escient, cela m'est si ordinaire que je ne faulx gueres d'aultre façon; je ne faulx gueres fortuitement. C'est peu de cbose de prester à la témérité de mes humeurs les actions ineptes, puisque je ne me puis pas dépendre d'y prester ordinairement les vicieuses.

Je veis un jour, à Barleduc^, qu'on presentoit au roy François second , pour la recommendation de la mémoire de René, roy de Sicile, un pourtraict qu'il avoit luy mesme faict de soy. Pourquoi n'est il loisible de mesme à chascun de se peindre de la plume comme il se peignoit d'un creon? Je neveulx doncquespas oublier encOres ceste cicatrice, bien mal propre

H) Soyez le plus fin critique du monde ; confondez, par vos plaisanteries, Lalinus lui-même : vous ne sauriez jamais dire pis de ces bagatelles que ce que j'en ai dit moi-même. Pourquoi ▼DUS lourmenier pour y trouver de quoi mordre? Attaquez quelque rliose de plus solide. Si vous ne voulez pas perdre votre peine, répandez votre venin sur œux q'ij s'admirent euxmêmes; car, pour moi, je sais que tout ceci n'est rien. M art., n, 13.— On se contente ici de faire entendre le sens de l'épisrarome : l'affL-ctaiion bizarre de ce style n'est certabiemcnt pas à regretter.

^ Au mois de septembre ta59. Le roi François II conduisait alors fn l^irraino Claudi- de France, «a «œur, mariée à Cliarles tll. duc de l.orraiue. On voit, en eiïot/dans le Journal du voyoge oe Montaigne , en 1580. à rarlide Bar , tom.I, p. 13, <f»i'i< y avoit esté oidiresfoia. J. V. l.

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