‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 311 sur 402 · LIVRE m, CIIAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE m, CIIAP. V

res quelque image de cecy; car en Italie je disois ce qu'il me plaisoit, en devis communs; mais aux propos roides, je n'eusse osé me fier à un idiome que je ne pouvois plier ny contourner oultre son allure conjmune ; j'y veulx pouvoir quelque chose du mien.

Le maniement et employte des beaux esprits donne prix à la langue; non pas l'innovant tant, comme la remplissant de plus vigoreux et divers services. Testirant et ployant; ils n'y apportent point de mots, mais ils enrichissent les leurs, appesantissent et enfoncent leur signification et leur usage, luy apprennent des mouvements inaccoustumés , mais prudemment et ingénieusement. Et combien peu cela soit donné à louts, il se veoid par tant d'eserivains françois de ce siècle ; ils sont assez hardis et desdaigneux pour ne suivre pas la route commune; maisfaulte d'invention et de discrétion les perd; il ne s'y veoid qu'une misérable affectation d'es- Irangeié, des desguisements froids et absurdes, qui, au lieu d'eslever, abbattent la matière; pour-eu qu'ils se gorgiasent en la nouvelleté, il ne leur chault de l'efticare ; pour saisir un nouveau mot, ils quittent l'ordinaire, souvent plus fort et plus nerveux.

En nostre langage je treuve assez d'estoffe, mais un peu faulle de façon; car il n'est rien qu'on ne feist du jargon de nos chasses et de nostre guerre, qui est un généreux ter rein à emprunter; et les formes de parler, comme les herbes, s'amendent et fortifient en les transplantant. Je le treuve suffisamment abondcuit , mais non pasmaniantet vigoreux suffisamment; il succombe ordinairement à une puissante conception : si vous allez tendu, vous sentez souvent qu'il languit soubs vous et fleschit ; et qu'à son default le latin se présente au secours, et le grec à d'aulires. D'aulcuns de ces mots que je viens de trier, nous en appercevons plus malayséement l'énergie, d'autant que Fusage et la fréquence nous en ont aulCunement avily et rendu vulgaire la grâce; comme en nostre commun, il s'y rencontre des phrases excellentes et des métaphores, desquelles la beauté flestrit de vieillesse, et la couleur s'est ternie par un maniement trop ordinaire ; mais cela n'oste rien du goust à ceulx qui ont bon nez , ny ne desroge à la gloire de ces anciens aucteurs qui, comme il est vray semblable, meirent premièrement ces mots en ce lustre.

Les sciences traictent les choses trop finement, d'une mode artificielle, et diPerenie à la commune et naturelle. Mon page faicl l'amour et l'entend : lisez luy Léon hébreu ', et Ficin ; on parledeluy.de ses pensées et de ses actions, et si n'y entend rien. Je ne recognois pas chez Aristote la plus part de mes mouvements ordinaires; on les a couverts et revestus dune aultre robbe pour l'usage de l'eschole : Dieu leur doint bien faire ! Si j'estois du mestier, je naturaliserois l'art, autant comme ils artialisent la nature-. Laissons là Bembo et Equicola^.

(^uand j'escris, je me passe bien de la compaignieel souvenance des livres, de peur qu'ils n'interrompent ma forme ; aussi qu'à la vérité les bons aucteurs m'abbaltent par trop et rompent le courage; je fois volontiers le tour de ce .peintre, lequel, ayant misérablement représenté des coqs, aelïendoit à ses garsons qu'ils ne laissassent venir en sa boutique aulcun coq naturel ; et aurois plust^st besoing pour me donner un peu de lustre de l'invention du musicien Antigenides, qui, quand il avoit à faire la musique, mettoit ordre que, devant ou après luy, son auditoire feust abbruvé de quelques aultres mauvais chantres. Mais je me puis plus malayséement desfaire de Plutarque; il est si universel et si plein qu'à toutes occasions et quelque subject extravagant que vous ayez prins, il s'ingère "à vostre besongne, et vous tend une main libérale et inespuisable de richesses et d'embellissements. Il m'en faict despit d'estre si fort exposé au pillage de ceulx qui le hantent ; je ne le puis si peu raccointer que je n'en tire cuisse ou aile.

(1) Léon hébreu, ou de ]uda. rabbin portugais qui TiTail soas Ferdinand le Calliulique, ei qui a coniftosé un Dialogue sur l'Amour. Ce dialogue a éié induit de l'italien en frauçais, et souvenl imprimé dans le seizième siècle.

Firtn.qui vivait dans le même temps, trriduisil les oeorres de Platon, de Plotin, et composa divers écrits de métaphysique. E. S.

(2) Edition de 1588, fol. 383 verso : « Si j-eslois du meslier, je traicterois l'art le plus naturellement que je pourrois. » Ce passage seul prouverait combien les corrections de Montaigne sont quelquefois heureuses. D'une phrase commune il fait une pensée originale et profonde. J. V. L.

i'3} Bembo (le cardinal) auteur d'un poème intitulé gli Â$o- Umi, traduit par Martini sous le ti're : les ÀMoUiins de ta .Vature (f Amour, Pari<, 1547, ni-8o. — Éfiuicota, iheologien ri plii- Insoplie du seizième siècle, a fail un livre in itulé, délia Satura d'amore. C'est à tous ces ouvrages que Uontaigne fait alluioa. E. J.

ESSAIS DE MONTAIGNE

Pour ce mien desseing, il me vient îHissi à propos (l'eserire chez nioy, en pais sauvage, où personne ne ni'ayde ny me relevé; où je ne liante communément homme qui entende le latin de son patenostre et de françois un peu moins. Je l'eusse faict meilleur ailleurs, mais Touvrage eust esté moins mien; et sa fin principale et perfection, c'est d'entre exactenient mion. Je corrigerois bien une erreur accidentale, dcquoy je suis plein, ainsi que je cours ihadviTiemment ; mais les impcrlrciions qui sont en moy ordinaires et constantes, ce seroit traiiison de les oster. Quand on m'a dict ou que moy mesme me suis dict : « Tu es trop cspez en figures: Voylà un mot du creu de Gascoigne : Voylà une phrase dangereuse (je n'en reluis aulcunede celles qui s'usent emmy les rues françoises; ceul\ qui veulent combattre l'usage par la grammaire se mocquent): Voylà un discours ignorant; voylà un discours paradoxe; en voylà un trop fol : Tu te joues souvent ; on estimera que lu dies à droict ce que tu dis à feincie. — Ouy, fois je; mais je corrige les faultes d'inadvertance, non celles de coiisiume. Est ce pas ainsi que je parle par tout? me représente je pas vifvemeni? suffit. J'ai faict ce que j'ay voulu : tout le monde me recognoist en mon livre et mon livre en moy. »

.Ôr, j'ay une condition singeresse et imitatrice ; quand je me meslois de faire des vers (et n'en feis jamais que des latins), ils accusoient évidemment le poëte que je venois dernièrement de lire; et de mes premiers Essays aulcuns puent un peu l'estrangier : à Paris, je parle un langage aulcunement aullre qu'à Montt.igne. Qui que je regarde avecques attention m'inîprime fattilenient quelque chose du sien : ce que je considère, je l'usurpe ; une sotte contenance, une desplaisante grimace, une forme de parler ridicule; les vices plus; d'autant qu'ils me pqjgnent, ils s'accrochent à nioy et ne s'en vont {)as sans secouer. On m'a veu plus souvent jurer par similitude que par complexion ; imitation meurtrière, comme celle des singes horribles en grandeur et en force que le roy Alexandre rencontra en certaine contrée des Indes, desquels aul.'rement il eust estédifficili' de venir à hoiit; mais ils en presterent le moycii par cpste leur inclination à conirefaire tout ce qu'ils veoyoient faire; car, par là, les chasseurs apprindrent de se chausser des sou-

liers à leur veue, avecques force nœuds de liens; de s'affubler d'accoustrements de teste à tout des lacs courants, et oindre par semblant leur.4 yeulx de glux^. Ainsi mettoit imprudemment à mal ces pauvres besles leur coruplexion singeresse ; ils s'engluoient, s'enchevestroient et garroioient eulx mesmes. Cest' aultre faculté de représenter ingénieusement les gestes et paroles d'un aultre, par desseing, qui apporte souvent plaisir et admiration, n'est en moy non plus qu'en une souche. Quand je jure selon moy, c'est seulement par Dieu ! qui est le plus droict de tous les sermcnis. Ils disent que Sucrâtes juroit le chien, Zenon, ceste mesme interjection qui sert asture aux Italiens, cappan^, Pythagoras^ l'eau et l'air. Je suis si aysé à recevoir sans y penser ces impressions superficielles*, qu'ayant eu en la bouche. Sire ou Altesse, trois jours de suitte, huict jours après ils m'e.«ichappent pour Excellence ou pour Seigneurie ; et ce que j'auray prins à dire en bastelant et en me mocquant, je le diray lendemain serieusemert. Pourquoy , à eserire, j'accepte plus envy les arguments battus, de peur que je les traicte aux despens d'aultruy. Tout argument m'est egualément fertile; je les prends sur une mouche, et Dieu vueille que celuy que j'ay icy en main n'ait pas esté prins par le commandement d'une volonté autant volage ! Que je commence par celle qu'il me plaira; car les matières se tiennent toutes enchaisnées les unes aux aviltres.

Mais mon ame me desplaist de ce qu'elle produict ordinairement ses plus profondes resveries, plus folles et qui me plaisent le mieulx, à l'improuveu et lors que je les cherche moins, lesquelles s'esvanouïssent soubdain , n'ayant sur le champ où les attacher; à cheval, à la table, au lict ; mais plus à cheval, où sont mes plus larges entreliens. J'ay le parler un peu délicatement jalonx d'attention et de silence j si je

(1) ÉLiES, de Âiiimal., XVII, 2:> ; cl Stracû>-, XV, p. 1023. C.

(2) Dioc I-AEP.CE, VII, 3i Cappati, ou capparU, csl le nom d'un arl>risscau, du câprier. D'autres juraient par le chou , coulumc qui a pas^é jnsqu'A nous, témoin le mol de rerluchou, espèce de serment (|uj veut dire par la verlit du chou, cl dont hien de« gens se sorvenl à lout moment. C.

(5) Dioc. I.AEr.cE, Vin, 6. C.

(4) Ceci a rapport à ce qu'il a dit plus liaul, qu'on ta ru plus souve7U Jurer par siniiliiude Que par compleaion. Ces deux phrases se suivaient immédiatement dans l'édition de 1588. A. P.

lAVlVi [H . CIIAP. V.

, rie de force, qui m'interrompt, m'arrrste. En voyage, la necessiié mesme des chemins coupo les propos; oullre ce, que je voyage plus souvent sans compaigiiie propre à ces eninliens de j suiue ; par où je prends tout loisir de m'eniretei^ir nioy mesme. Il m'en advient comme de , mes songes : ejk songeant, je les recommande à ma mémoire (car je songe volontiers que je . songe); mais le lendemain je me représente bien ) leur couleur comme elle estoit, ou gaye, ou triste, ou estrange, mais, quek ils esloient au icsie, plus j'ahanne à le trouver, plus je l'enfonce en Touliliance. Aussi des discours fortui- ; tes qui me tumbent en faniasie, il ne m'en reste [ en mémoire qu'une vaine image, autant seule- ' ment qu'il m'en fault pour me faire ronger et despiler après leurqueste inutilement.

Or doncques, laissant les livres à part et parlant plus matériellement et simplement, je treuve après tout que l'amour n'est aultre chose que la soif de ceste jouissance en un subject désiré ; ny Venus, aulire chose que le plaisir à de§charger ses vases, comme le plaisir qae nature nous donne à descharger d'auhres parties ; qui devient vicieux ou par immoderation, ou par indiscrétion; pourSocratesS Tamourest appetii de génération par l'entremise de la beauté. Et, considérant mainiefoisla ridicu!e titillation de ce plaisir, les absurdes mouvements escervêlez et esiourdis dequoy il agile Zenon et Cratippus, ceste rage indiscrette, ce visage enflammé de fureur et de cruauté au plus doux effect de Tamour, et puis ceste moreue grsve, severe et ecstatique en une action si folle ; qu'on aye logé peslemesle nos délices et nos ordures ensemble; et que la suprême volupté aye du transy et du plainctif comme la douleur; je crois qu'il est vray, ce que. dici Platon-, que l'homme a esté l'aict par les dieux pour levir jouet,

Quœnam isia jocandi

Sœiitia ■

et que c'est par mocquerie que nature nous a laissé la plus trouble de nos actions, la plus commune pour nous egualer par là et apparier

(I) Dans le Banquet de Put(W. G.

(^ Lois, I, I3 : YIU, 10, éd. de M. .\n : Âv3:»:tm eacj -: iraîp'.ov iltx:. Mût ciié par Poltdb, liv. XV ; Clfji. d'Alexvn- •BiE, Sirom., Mil. p. 714 ; St.nésils. de Protid.. il, elc. 1. V. L.

CSj CrueUe manière de se jouer : CutBiEs, in Etilrop., I,

les fols et les sages, e| nous et les Lestes. Le plus contemplatif et prqdeni homme, quand je l'imagine en cesie assiette, je le liens pour affronteur de faire le prudent el le contemplai if: ce .sont les pieds du paon qui abbatient son orgueil.

Itidejitem dicere verum Qiiid velat ' t

G»ulx qui, parmy les jeux, refusent les opinions sérieuses, font, dict quelqu'un, comme celuy qui craint d'adorer la si&tue d'un sainct, si elle est sans devantiere. Nous mangeons bien et beuvons comme les besies; mais ce ne sont pas actions qui em|;eAchent les offices de nostre ame; en celles là nous gardons nosire advantage sur elles; ceste cy met toute aultre pensée soubs le joug, abrutit et abeslit par son impérieuse auctoriié toute la théologie el philosophie qui est en Platon, et si ne s'en plainct pas. Par tout ailleurs vous pouvez garder quelque décence; toutes aujlres opérations souf* frent des règles d'honnesteié ; ceste cy ne se peult pas seulement imaginer que vicieuse ou ridicule; trouvez y pour veoir un procéder sage et discret. Alexandre disoil -qu'il se cognoissoit principalement mortel par ceste action et par le dormir. Le sommeil suffoque et supprime les facultés de nostre ame; la besongné les absorbe et dissipe de mesme; certes c'est une marque non seulement de nostre corruption originelle, mais aussi de nosire vanité et desformité.

D'un costé natare nous y poolse, ayant attaché à ce désir la plus noble, utile et plaisante de toutes ses fonctions ; et la nous laisse, d'aultre part, accuser et fuyr comme insolente et deshonnesle, fn rougir et recommender l'al>stinence. Sommes nous pas bien brutes dénommer brutale ro[)eraiion qui nous faict? Les peuples , es religions , se sont rencontrez en plusieurs convenances, comme sacrifices, laminaires, encensements, jeusnes, offrandes ; et entre aullres. en la condemnation de ceste action : toutes les opinions y viennent, oulire l'usage si estendu des circoncisions, qui en est une punition. Nous avons à l'adventure raison de nous blasmer de faire une si sotte production

(1) Rico o'empéchc dç Uirc la yéFilé qn liapt. Hor., SfU-, I, 1, 21.

Hi Plct. , Uoyem de discerner [le fiaUeuf tTmve Vaei^}, C. 95. C.

ESSAIS DE MONTAIGNE

que l'homme; d'appeller l'action honteuse, et honteuses les pariios qui y servent (asteure sohi les miennes proprement honteuses et peneuses). Les Esseniens, dcquoy parle Pline*, se mainienoient, sans nourrice, sans maillot, plusieurs siècles, de l'abord des eslrangiers qui, suyvants ceste belle humeur, se rengeoient coniinueliement à eulx ; ayant toute une nation hazarde de s'exterminer plustost que s'engager à un embrassement féminin, et de perdre la siiilte des hommes plustost que d'en forger un. Ils disent -que Zenon n'eut affaire à femme qu'une fois en sa vie, et que ce feut par civilité, pour ne sembler desdaigner trop obstinéement le sexe. Chascun fuyt à le veoir naislre, chascun ''ourt à le veoir mourir; pour le destruire, on cherche un champ spacieux, en pleine lumière ; pour le construire, on se musse dans un creux ténébreux, et le plus contrainct qu'il se peut ; c'est le debvoir de se cacher et rougir pour le faire, et c'est gloire, et naissent plusieurs vertus de le sçavoir desfaire; l'un est injure, l'autre est faveur; car Aristote dict que bonifier quelqu'un, c'est le luer, en certaine phrase de son pais. Les Athéniens^, pour apparier la desfaveur de ces deux actions, ayants à mundifier l'isle de Delos et se justifier envers Apollo, deffendirent au pourpris d'icelle tout eK ter rement et tout enfantement ensemble : Noslri nosmet pœnitet*.

Il y a des nations qui se couvrent en mangeant^. Je sais une dame, et des [lus grandes, qui a ceslemesme opinion, que c'est une contenance désagréable de mascher, qui rabbat beaucoup de leur grâce et de leur beauté, et ne se présente pas volontiers en public avecques appétit; et sais un homme qui nepeult souffrir de veoir manger, ni qu'on le veoye, et fuyt toute assistance plus quand il semp'it que s'il se vuide. En l'empire du Turc, il se veoid grand nombre d'hommes qui, pour exceller sur les auUres, ne se laissent jamais veoir quand ils font leur repas ; qui n'en font qu'un la sepmaine; qui se deschiquettent et descouppent

(1) Kat. Hisl., V, 17. G.

"(2) DiOC. Laeuce, VII, 13. G.

(3) Tm c.YDiDE, m, 104. G.

(4) Nous eslitnons à vire no«tr(- esire. Téf.encf, Phormioii, acf. I, se. 3, V. 20.- - Lh It'.ndiiclioii est de Moiiiainne. \.

(5) c'est ce f|ue dit expressément Jean Léon, dans sa Description ae l'Afrique, t. I, p. 23, édit. de Lyon, ihhG. C.

la face et les membres; qui ne parlent jamais à personne, genis fanât iques, qui pensent honnorer leur nature en se desnaturani ; qui se prisent de leur m( spris et s'amendent de leur empiremenl! Quel monstrueux animal, qui se faict horreur à soy mesme, à qui ses plaisirs poisent, qui se tient à malheur! Il y en a qui cachent leur vie,

Exsilioque domos et dulcia limlna mutant ',

et la desrobbent de la veue des aultres hommes ; qui évitent la santé et l'alaigresse comme qualités ennemies et dommageables; non seulement plusieurs sectes, mais plusieurs peuples, mauldissent leur naissance et bénissent leur mort ; il en est où le .soleil est abominé, les ténèbres adorées. Nous ne sommes ingénieux qu'à nous malmener; c'est le vray gibbier de force de nostre esprit ; dangereux util en desreglement !

0 miseril quorum gatidia crimen habeni-.

Hé! pauvre homme! tu as assez d'incommodités nécessaires sans les augmenter par ton invention; et es assez misérable de condition sansTestre par art ; tu as des laideurs réelles et essentielles à suffisance, sans en forger d'imaginaires ; trouves tu que tu sois trop à l'ayse, si la moitié de ton ayse ne te fasche? trouves tu que tu ayes rempli touts les offices nécessaires à quoy nature l'engage, et qu'elle .soit manque et oysifve chez toi si tu ne t'obliges à nouveaux offices? Tu ne crains point d'offenser ses loix, universelles et indubitables, et te picques aux tiennes, partisanes et fantastiques; et d'autant plus qu'elles sont particufieres, incertaines et plus contredictes, d'autant plus tu fois là ton effort; les ordonnances positifvesde ta paroisse t'occupent et attachent; celles de Dieu et du monde ne te touchent point. Cours un peu par les exemples de ceste considération ; ta vie en est toute.

Les vers de ces deux poètes^, traictants ainsi reservécment et discrettement de la lascifveté, comme ils font, me semblent la descouvrir et esclairer de plus près. Les dames couvrent leur

(1) El vont vivre et mourir loin du toit paternel.

Vnic , Gforg., n, 511.

(21 Malheureux ! qui se font un crime de leurs plaisirs. Psea-

dO-G.\LLUS, 1, 180.

(5) De Virgile, sur Vénus et Vulcain ; de Lucrèce, sur Vénus et Mars.

Page 1