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LIVRE III, CIÏAP. IX

tour que je ne fois, présent, la cheuteM'unc ardoise. Mon ame se desmesie bien ayséenient à part; mais en présence elle souffre, comme celle d'un vigneron; une rené de travers à mon cheval , un bout d'estriviere qui batte ma jambe, me tiendront tout un jour en eschec. J'esleve assez mon courage à rencontre des inconvénients; les yeux, je ne puis.

Sensut .' 0 superi, senstts !

Je suis, chez moy, respondant de tout ce qui va mal. Peu de maistres (je parle de ceulx de moyenne condition, comme est la mienne), et, s'il en est, ils sont plus heureux, se peuvent tant reposer sur un second qu'il ne leur reste bonne part de la charge. Cela oste volontiers quelque chose de ma façon au traictement des survenants, et en ay peu arrester quelqu'un, par adventure, plus par ma cuisine que par ma grâce, comme font les fascheux ; et oste beaucoup du plaisir que je dcbvrois prendre chez moy de la Visitation et assemblée de mes amis. La plus sotte contenance d'un gentilhomme en sa maison, c'est de le veoir empesché du train de sa police, parler à Taureille d'un valet, en menacer un aultre des yeulx ; elle doibt couler insensiblement et représenter un cours ordinaire ; et treuve laid qu'on entretienne ses hostes du traitement qu'on leurf. ict, autant à l'excuser qu'a le vanter. J'aime l'ordre et la netteté,

Et cantharus et lanx Ostendwit tnihime-^

au prix de l'abondance ; et regarde chez raoy exactement à la nécessité, peu à la parade. Si un valet se bat chez a^Uruy , si un plat se verse, vous n'en faites que rire : vous dormez, ce pendant que monsieur range avecques son maistre d'hostel son faict pour vostre traictement du lendemain. Je parle selon moy; ne laissant pas, en gênerai, d'estimer combien c'est un doulx amusement, à certaines naiures, qu'un mesnage paisible, prospère, conduict par un ordre réglé; et ne voulant attacher à la chose mes propres erreurs et inconvénients, ny desdire Platon, qui estime la plus heureuse occupation

(1) Les sens: ô dieux! les sens."

(2; J'aime à pouvoir me mirer dans les plats et dans tes verre?. IIOR., Epist., 1, 5, i».

à cha.scun, «faire ses particuliers affaires sans injustice'. »

Quand je voyage, je n'ay à penser qu'à mov et à Temployte de mon argent ; cela se dispose d'un seul précepte; il est requis trop départies à amasser ; je n'y entends rien. A despendre, je m'y entends un peu et à donner jour à ma despense, qui est de vray son principal usage; mais je m'y attends trop ambitieusement; qui la rend ineguaie et difforme et en oultre immodérée en l'un et l'aultre visage; si elle paroist, si elle sert, je m'y laisse indiscrètement aller, et me resserré autant indiscrètement si elle ne luit et si elle ne me rit. Qiii que ce soit, ou art, ou nature, qui nous imprime ceste condition de vivre par la relation à aultruy, nous faict beaucoup plus de mal que de bien : nous nous defraudons de nos propres utilités pour former les apparences à l'opinion commune ; il ne noua chault pas tant quel 8f)it nostreestre en nous et en efiéct, comme quel il soit en la cogooissance publicque : les biens mesmes de l'esprit et la sagesse nous semblent sans fruict, s' i>lle n'est jouïe que de nous, si elle ne se produict à la veue et approbation estrangiere. Il y en a de qui l'or coule à gros bouillons par des lieia soubterrains, imperceptiblement; daultres l'estendent toiit en lames et en feuilles; si qu'aux uns les liards valent escus, aux autres le rebours, le monde estimant l'employte et la valeur, selon la montre. Tout soing curieux autour des richesses sent à l'avarice; leurdispensation mesme et la libéralité trop ordonnée et artificielle, elles ne valent pas une advertence et solicitude pénible : qui veult faire sa despense juste la faict estroicte et contraincte.lA garde on l'employte sont, de soy, choses indifférentes, et ne prennent couleur de bien ou de mal que selon l'application de nosire volonté-.

L'aultre cause qui me convie à ces promena des, c*est 1^ disconvenance aux mœurs presen-

(1) Lettre 9, à Archytas, édil. de 1602, p, 1299. j. v. l.

(^ La substance de tous ces aveux de Montaigne, -ur ^oq indifférence pour sa fortune, se trouve dans un mot «le lui, dont Ménage avait conservé la tradition (Xenarjiimd]. îiontaigne,en son livre de dépense, mettait: tton. pour mon humeur pate^sntse, miUe Ihteê. C est, du moins, ce qu'il dit lii'méiDC à peu près, liv.II, chap. IT, t. m. p. 4ft5 : « Au drapitre de mes mises, je ioge ce que ma nonchniaiioe mecousteà nourrir et entreienir. » Si le mot cité par Mé>.age t*si ■wni, on voit ce que coulait celte Doochalanee, {wcbablemenl tn»nie commime. J. V. L

ESSAIS DE MONTAIGNE

tesdenostre estât. Je me consolerois ayséement ae ceste corruption pour le regard de l'interest publicque ;

Pejoraque sœcula ferri Temporibus, quorum sceleri non invenit ipsa Nomen, et a nullo posuit natura métallo ' ;

mais pour le mien, non : j'en suis en particulier trop pressé; car en mon voysinage, nous sommes tantost, par la longue licence de ces guerres civiles, envieillis en une forme d'estat si desbordée,

Quippe ubi fas versum atque nef as »,

qu'à la vérité c'est merveille qu'elle se puisse maintenir :

Armati terram exercent, semperque récentes Conveciare juvaiprœdas, et vivere rapto^.

Enfin je veois par nostre exemple que la société des hommes se tient et se coud à quelque prix que ce soit ; en quelque assiette qu'on les couche, ils s'appilent et se rengent en se remuant et s'entassant ; comme des corps mal unis, qu'on empoche sans ordre, treuvent d'eulx mesmes la façon de se joindre et s'emplacer les uns parmy les aultres, souvent mieulx que l'art ne les eust sceu disposer. Le roy Philippus feit un amas des plus meschants hommes et incorrigibles qu'il peut trouver, et les logea touts en une ville qu'il leur feit bastir, qui en portoit le nom*; j'estime qu'ils dressèrent, des vices mesmes, une contexture politique entre eulx, et une commode et juste société^. Je veois, non une action, ou trois, ou cent,* mais des mœurs, en usage commun et receu, si farouches, en inhumanité surtout et desloyauté, qui est pour moy la pire espèce des

(1) Je supporterais ce siècle pire que le siècle de fer, dans lequel les noms manquent aux crimes, et que la nature ne peut désigner par un nouveau métal. Juv., Sat.; XIII, 28.

(-3) Où le juste et l'injuste sont confondus. Vmc, Géorg., I,

(3) On laboure tout armé ; on n'aime qu'à vivre de butin et à faire tous les iours de nouveaux brigandages. Vmc., En., vn, 748.

(4) IIcvnpdiToXiç, ville des méchants. Pmne, Bist. Nal , IV, 11 ; Plct., de la Cwiosilê, c. 10 de !;» version d'Amyot. J. V. L.

(5) « Si j'avais des citoyens à persuader de la nécessité des lois, je leur ferais voir qu'il y en a partout, même au jeu, qui est un commerce de fripons ; même chez les voleurs, llanno lor Giove i malandrini ancora. m Volt., Lettre à d'Alembert, i mars !7C-i

vices, que je n'ay point le courage de les concevoir sans horreur; et les admire quasi au' tant que je les déleste : l'exercice de ces meschancetés insignes porte marque de vigueur et force d'ame, autant que d'erreur et desreglement. La nécessité compose les hommes et les assemble; ceste cousture fortuite se forme après en loix ; car il en a esté d'aussi sauvages qu'aulcune opinion humaine puisse enfanter, qui toutesfois ont maintenu leurs corps avecques autant de santé et longueur de vie que celles de Platon et Aristole sçauroient faire ; et certes toutes ces descriptions de police, feincles par art, se treuvent ridicules et ineptes a mettre en practique.

Ces grandes et longues altercations de la meilleure forme de société et des règles plus commodes à nous attacher, sont altercations propres seulement à l'exercice de nostre esprit ; comme il se treuve es arts plusieurs subjects qui ont leur essence en l'agiiation et en la dispute et n'ont aulcune vie hors de là. Telle peincture de police seroit de mise en un nouveau monde; mais nous prenons un monde desjà faict et formé à certaines coustumes ; nous ne l'engendrons pas , comme Pyrrha ou comme Cadmus. Par quelque moyen que nous ayons loy de le redresser et renger de nouveau, nous ne pouvons gueres le tordre de son accoustumé ply, que nous ne rompions tout. Ondemandoit à Solon s'il avoit estably les meilleures loix qu'il avoit peu aux Athéniens: «Ouy bien, respondit il*, de celles qu'ils eussent receues. » Yarro^ s'excuse de pareil air : «Que s'il avoit tout de nouveau à escrire de la religion, il diroit ce qu'il en croid ; mais, estant desjà receue et formée, il en dira selon l'usage plus que selon nature. »

Non par opinion, mais en vérité, l'excellente et meilleure police est, à chascune nation, celle soubs laquelle elle s'est maintenue : sa forme et commodité essentielle despend de l'usage. Nous nous desplaisons volontiers de la condition présente ; mais je tiens pourtant que d'aller désirant le commandement de peu en un estât populaire, ou en la monarchie une auhre espèce de gouvernement, c'est vice et folie.

i.ij Plut. , Vie de Salon, c. 9. C.

(2J Dans saini .\lcustin, de Civil, bei, V, 4. C.

LIVRK ril, CHAP. IX

Aime leslat, tel que ta le ▼eois estre:: S'il est royal aime la royauté ; S'il est de peu, ou bit-n comniunaulc Aiu j 1' aussi ; car Di'-u t'y a faict naistre.

Ainsi en parloil le bon monsieur de Pibrac que nous venons de perdre*; un esprit si gentil, les opinions si saines, les mœurs si doulces. Geste perte, et celle qu'en mesrae temps nous avons faicte de monsieur de Foix^, sont pertes importantes à nostre couronne. Je ne sçais sil reste à la France de quoy substituer une aultre couple pareille à ces deux Gascons, en sincérité et en suffisance , pour le conseil de nos roys. C'estoient âmes diversement belles, et certes, selon le siècle, rares et belles, chascune en sa forme ; mais qui les avoit logées en cest aage , si disconvenables et si disproportionnées à nostre corruption et à nos tempestes ?

Rien ne presse un estât que l'innovation; le changement donne seul forme à l'injustice et à la tyrannie. Quand quelque pièce se desmanche, on peult l'esiayer ; on peult s'opposer à ce que l'altération et corruption naturelle à toutes choses ne nous esloingne trop de nos commencements et principes; mais d'entreprendre à refondre une si grande masse, et à changer les fondements d'un si grand bastiment , c'est à faire à ceulx qui, pour descrasser, effacent, qui veulent amender les defaults particuliers par une confusion universelle, et guarir les maladies par la mort : Non tam commutandarum, quam evertendarum rerum cupidi^. Le monde est inepte à se guarir ; il est si impatient de ce qui le presse qu'il ne vise qu'à s'en desfaire, sans regarder à quel prix. Nous veoyons, par mille exemples, qu'il se guarit ordinaire-

(1) Gui duFaur, seigneur de Pibrac, raateor des Quatrains contenant préceptes el ensàgnanents utiles poiir la vie de Chomme, mourut le 27 de mai loW, à Page de ciiiquanlecioq ans. Ce bon monsieur de Pibrac avait publié en 1573 une Apntoyte de la Saint-BarihHemy ; mais il faut que ses contemporains lé lui aient pardonne, car on voit les regrets honorables que Montaigne lui accorde; et un juge bien pliis sévère que lui. l'inOcsIble Jos, Scallger, quoique zélé, protestant, parlait ainsi de Pibrac (Scaligcrana U): Pibiucics, vir hcn s/iwimus, bonus jurisconsuUus, et pour un Gascon, parie oien frauçuià. o i. V. 1,

(2) Conseiller du roi en son conseil privé, et qui fut ambassadeur de France à Venise. C'est à lui que Xoniaigue dédia, en 1570, les vers français de la BoêUe. Voyez laLettre IX, t. V dertlieediiion. j. VU

(3] Qui cherdient moins à changer le gouvemeiEent qu'à le détruire. Cic, oe Offic.. 11, l.

ment à ses despens. La descharge du mal présent n'est pas guarison, s'il n'y a, en gênerai, amendement de condition : la fin du chirurgien n'est pas de faire mourir la mauvaise chair ; ce n'est que l'acheminement de sa cure. U regarde au delà, d'y faire renaistre la naturelle, et rendre la partie à son deu estre. Quiconque propose seulement d'emporter ce qui le masche , il demeure court ; car le bien ne succède pas nécessairement au mal ; un aultre mal luy peult* succéder, et pire; comme il adveint aux tueurs de Caesar, qui jectereni la chose publicque à tel poinct qu'ils eurent à se repentir de s'en estre meslés. A plusieurs depuis, jusques à nos siècles, il est advenu de mesme; les François mes contemporanées sçavent bien qu'en dire. Toutes, grandes mutations esbranlent Testât et le desordonneni.

Qui viseroit droict à la guarison, et en consulteroit avant toute œuvre, se refroidiroit volontiers d'y mettre la main. Pacuvius Calavius corrigea le vice de ce procéder, par un exemple insigne. Ses concitoyens est oient mutinés contre leurs magistrats: luy , personnage de grande auctoriié en la ville de Capoue, trouva un jour moyen d'enfermer le sénat dans le palais, et convoquant le peuple en la place , leur dict « que le jour estoit venu auquel, en pleine liberté, ils pouvoient prendre vengeance des tyrans qui les avoient si long ten>ps oppressés, lesquels il tenoit à sa mercy, seuls et desarmés; feut d'advis qu'au sort on les tirasi hors, l'un après l'aultre, et de chascun on ordonnast particulièrement, faisant sur le champ exécuter ce qui en seroii décrété , pourveu aussi que tout d'un train ils advisassent d'establir quelque homme de bien en la place du condamné, à fin qu'elle ne demeurasl vuide d'officier. Ils n'eurent pas plustost ouï le nom d'un sénateur qu'il s'esleva un cry de mescontentement universel à rencontre de luy : - Je veois bien, dict Pacuvius, il fault desmettre cestu) cy ; c'est un meschant ; ayons en un bon en change. » Ce feut un prompt silence, tout le monde se trouvant bien empe^ché au chois. Au premier plus effronté, qui dict le sien, voylà un consentement de voix encores plus grand à refuser celuy là ; cent imperfections et justes causes de le rebuter. Ces humeurs contradictoires s'estant eschauffées, il adveint encores pis du second sénateur et du tiers ; autant de discorde à l'eslec-

ESSAIS DE MONTAIGNE

tion que deconvenanco à la desmission. S'estant inutiîenieni lassés à ce trouble, ils commencent qui deçà, qui delà, à se desrobber peu à peu de l'assemblée, rapportant cbascun ceste resolution en sou ame : « Que le plus vieil et mieulx cogneu mal, est tousjours plus supportable que le mal récent et inexpérimenté*. »

Pour nous veoir bien-piteusement agités (car que n'avons nous faict?

Eheii '. cicatriaim et sceleris pudet, Fraintmqiie : quid nos dura rcfiKjimus

JEias? quid inlaclum vefasli Liquimus ? vude manns invenlus Metu deonim cotitinuit? quibus Pepercit arts a? ),

je ne vois pas soubdain me resolvant :

Ipsà si velit Sahis, Servare prorsus non poiest hanc familiam^ :

nous ne sommes pas pourtant, à l'adventure, à noslre dernier période. La conservation des estais est chose qui vraisemblablement surpasse nostre intelligence ; c'est, comme dict Platon *, chose puissante et de difficile dissolution qu'une civile police; elle dure souvent contre des maladies mortelles et intestines, contre l'injure des loix injustes, contre la tyrannie, contre le desbordement et ignorance des magistrats, licence et sédition des peuples. En toutes nos fortunes, nous nous comparons à ce qui est au dessus de nous, et regardons vers ceulx qui sont mieulx ; mesurons nous à ce qui est au dessoubs, il n'en est point de si misérable qui ne treuve mille exemples où se consoler. C'est nostre vice, que nous veoyons plus mal volontiers ce qui est dessus nous, que volontiers ce qui est dessoubs. Si disoit Solon^ «qui drcsseroit un tas de touts les maulx ensemble qu'il

1) Tout ce réril e«t emprunté de Tite Livb, XXIII, 3, etc. M. Andriciix a compo'^c, sur le même sujet, un conte en vers,

- iniilule : Procès ctifsctica de Capotie, ou tes Jugements de la miliiiuite. J.'v. L.

2) llclas! nos cicatrices, nos guerres parricides nous rou- •vreiil de tionie! Bartiares que nous sommes, quels forfaits avons-nous craint de conmicttre? où n'avons-nous point porte nos attentats? est-H une cliose sainte que n'ait profane notre jeunesse ? est-il un autel qu'elle ail respecté? Hou., Od-, I, 3.'>, 53.

(3) Non, quand la déesse SoZi/« voudrait elle-même sauver cette famille, elle n'en viendrait pas à bout TER., Actelph., acl. IV, se. 7,'V. 45. .

(4) Rfvnblique VIII, 2; édition d'Henri Estienne, t. n,p.54C. J.V. L.

0) Val. Maximk, Vit, 2, exl. 2. C.

n'est aulcun qui ne clioisist pfustost de remporter avecquessoy les maulx qu'il a que de venir à division légitime, avecques touts les aultres hommes, de ce tas de maulx, et en prendre sa quote part. »> Nostre police se porte mal : il en a esté pourtant de malades, sans mourir. Les dieux s'esbattent de nous à la pelotte, et nous agitent à toutes mains :

Enimveio dii nos homines quasi pilas habent.

Les astres ont fatalement destiné Jestat de Rome pour exemplaire de ce qu'ils peuvent en ce genre : il comprend en soy toutes les formes et adventures qui touchent un estât; tout ce que l'ordre y peûlt et le trouble, et l'heur et le malheur. Qui se doibt désespérer de sa condition, veoyant les secousses et mouvements de quoy celuy là feut agité , et qu'il supporta ? Si Testendue de la domination est la santé d'un estât (dequoy je ne suis aulcunement d'advis, et me plaist Isocrates qui instruit Nicoclès non d'envier les princes qui ont des dominations larges, mais qui sçavent bien conserver celles qui leur sont escheues'^), celuy là ne feut jamais si sain, que quand il feut le plus malade. La pire de ses formes luy feut la plus fortunée : à peine recoignoist on l'image d'aulcune police soubs les premiers empereurs; c'est la plus horrible et la plus espesse confusion qu'on puisse concevoir; toutesfois il la supporta et y dura , conservant non pas une monarchie resserrée en ses limites, mais tant de nations si diverses, si esloignées, si mal affectionnées, si desordonnéement commandées et injustement conquises :

Nec gentibus tillis Commodal in populum, lerrœ pélagique potentem, Invidiam forluna stiam^.

Toutcequibranslenetumbepas. La contexture d'un si grand corps tient à plus d'un clou ; il tient me.sme par son antiquité, comme -les vieux bastiments auscjuels l'aage a desrobbé le pied, sans crouste et sans ciment, qui pourtant v'vent et se soustiennent en leur propre poids,

(i) Paroles de Placte , dans le prologue de» Captifs , v. 22, et dont Montaigne rend fort bien le sens avant que de les citer. C.

(2) IsocRATE, Nicoclès, p. 54. C.

(5) El la fortune n'a voulu confier à aucune nation le soin de sa haine contre les maîtres du monde. Lcc, I, 88.

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