A MONSEIGXEL'R MONSEIGNEUR DE MONTAIGNE
Quant à ses dernières paroles, sans
double si homme en doibt rendre bon compte, c'est moy, tant parce que, du long de sa maladie, il parloit aussi volontiers à moy qu'à nul aultre, que aussi pource que, pour la singulière et fraternelle amitié que nous nous estions entreportée, j'avoi* très certaine cognoissance
(l( On trouvera cette pièce, ainsi que plusieurs des lettres suiranles, f<ans un p<'tl( livre publié par Moolaigne lui-même, environ neuf ans avant la première édilion de sf s EisOii, qui parut à Bordeaux en lôSO.Ce petit livre in-8o, maiiileuant assez rare, fut imprimé avec priviUcje, à Paris, chez Federic Morel (raucieni, rue Saint-Jean-de-Bauvais, au Frane-ileurier, 1571 (d'autres frontispices ont la date de 1372) ; (I est composé de 131 fol., et intitulé : La Memagerie de Xenophon; Us RègUs de Mariage, de Pltilarque; Lettre de consolation de Plularqne à sa femme ; le tout traduit de grec ai frauçois par feu Jf . Estienne de La Boetie, conseiller du roy en sa court de pariLweni a Bordeaux : ensemble quelques vers latins et fraiiçois de son imention : Ilcm, un Discourt sur la mort dudil seigneur de La Boeiie, par il. de Uonlaigne. Le privilège est du 18 octobre Iti'O. Les vers français annoncés dans ce titre n'ont été publiés par Montaigne, chez le même imprimeur, qu'en 1372, iu-^o de 19 fol. Les traductions ont reparu en 1600, chez Claude Morel, rue Saint-Jacques, à la Fontaine, sans être réimprimées, mais avec un nouveau frontispice ; ou y a joint, au t^onmie ncement, la iltstiarjerie dAristote (ou les £conomiques) de la traduction du même La Boélie, en 8 fol., et à la Un, le recueil de ses Vers français, i. V. L.
(2) « Extraicl d'une lettre que monsieur le conseiller de Montaigne escript à monstigncur de Montaigne son père. contenant quelques particularités qu'il remarqua en la maladie et mort de feu M. de La I5oétie.» La Mesnagerie de Xenophon, cic, fol. 121. — La Boëtie, conseiller au parlement de Bordeaux, né à Sariat en Périgord, le Ut novembre I53», mourut à Germignac près Bordeaux le 18 août 1665, âgé de trente-deux ans, neuf mois et dix-sept jours. Celle lettre de Montaigne à son père, écrite certainement vers le même temps, est donc la plus an-rienne de toutes. L'ordre chronologique, dans la disposition des dix lettres qui restent de Montaigne, est tidopté ici p)ur la première fols, i, V< t*
des intentions, jugements et volontés qu'il avoit eus durant sa vie, autant sans double qu'homme peult avoir d'un aultre. Et parce que je lesseavois estre haulles, vertueuses, pleines de très certaine résolution, et, quand tout est dicl, admirables, je preveoyois bien que si la maladie luy laissoit le moyen de se pouvoir exprimer, qu'il ne luy eschappcroit rien, en une telle nécessité, qui ne feust grand et plein de bon exemple ; ainsi, je m'en prenois le plus garde que je pouvois. Il é^i vray, monseigneur, comme j'ay la mémoire fort courte, et desbauchée encores par le trouble que mon esprit avoit à souffrir d'une si lourde perte et si importante, qu'il est impos-sible que je n'aye oublié beaucoup de choses que je vouldrois estre sceues ; mais celles desquelles il m'est souvenu, je les vous manderay le plus au vray qu'il me sera possible ; car, pour le represenîer ainsi fièrement arresté en sa brave desmarche, pour vous faire veoir ce courage invincible dans un corps atterré et assommé par les furieux efforts de la mort et de la douleur, je confesse qu'il y fauldroit un beaucoup meilleur style que le mien ; parce qu'encores que durant sa vie, quand il parloit de choses graves et importantes, il en parloit de telle sorte qu'il estoil malaysé de les si bien escrire, si est ce qu'à ce coup il sembloit que son esprit et sa langue s'efforceassent à l'enwi comme pour luy faire leur dernier service; car sans double je ne le veis jamais plein ny de tant et de si belles imaginations, ny de tant d'éloquence, comme il a esté le long de ceste maladie. Au reste, monseigneur, si vous trouvez que 'j'aye voulu mettre en compte ses propos plus legiers et ordinaires, je l'ay faict à escient : car estant dicts en ee temps là, et au plus fort dune si grande besongne, c'est un singulier lesuioi- "gnage d'un ame pleine de repos, de tranquillité I etd'asseurance.