AUTRE LETTRE A SON PÈRE
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Monseigneur, suyvant la charge que vous
(I) Ceue lettre de Montnignc à son pfcré se irouvp nii-de- Vaul de la Théologie ualurellede Raimond Sebond, « Iradiiicle nouvellemeuleii françois par messire Micliel, seigneur de Jlonlaigne, chevalier de Tordre du roy et genlilhomme ordinaire
me donnagtes l'année passée chez vous à Montaigne, j'ay taillé et dressé de ma main, à Raimond Sebond, ce grand théologien et philosophe espaignol, un accoustrement à la françoise, et l'ay devestu, autant qu'il a esté en moy, de ce*l port farouche et maintien barbaresque que vous?! luy veites premièrement : de manière qu'à mon opinion il a meshui assez de façon et d'entregent pour se présenter en toute bonne compaignie. Il pourra bien estre que les personnes délicates et curieuses y remarqueront quelque traict et ply de Gascongne : mais ce leur sera d'autant plus de honte, d'avoir, par leur non- j chalance, laissé prendre sur eulxcest advantage à un homme de tout poinct nouveau et aprenty en telle besongne. Or, monseigneur, c'est raison que soubs vostre nom il se poulse en crédit et mette en lumière , puisqu'il vous doibt tout ce qu'il a d'amendement et de reformation, Toutesi'ois je veois bien que, s'il vous plaist de compter avecques luy, ce sera vous qui luy debvrez beaucoup de reste ; car, en eschange de ses excellents et très religieux discours , de ses haultaines conceptions et comme divines, il se trouvera que vous n'y aurez apporté de vostre part que des mots et du langage; marchandise si vulgaire et si vile que, qui plus en a, n'en vault, à l'adventure, que moins.
Monseigneur, je supplie Dieu qu'il vousdoint très longue et très heureuse vie. De Paris, ce 18 de juin 1568.
Vostre très humble et très obéissant fils, Michel de Mo;\taig]\e.