‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 385 sur 402 · IV · texte numérisé non relu

IV

A MOKSIEDR DE BIESMES

Seigonir de Doissy et de ■aUassJzp, conseiller (lu toj enaott pfné consd.

Monsieur, c'est une des plus notables folies que les hommes facent, d'employer la force de leur entendement à ruyner et chocquer les opinions communes et receues qui nous portent de la satisfaction et du contentement ; car là oîi tout ce qui est soubs le ciel employé les moyens et les utils que nature luy a mis en main ( comme de vray c'en est l'usage ) pour Tadgencement et commodité de son estre, ceulx cy, pour sembler d'un esprit plus gaillard et plus esveillé, qui ne receoit et qui ne loge rien que mille fois touché et balancé au plus subtil de la raison, vont esbranlant leurs âmes d'une assiette paisible et reposée, pour, après une longue queste, la remplir, en somme, de double, d'inquiétude et de fiebvre. Ce n'est pas sans raison que l'enfance et la simplicité ont esté tant recommendées par la vérité mesme. De ma part, j'ayme mieulx estre plus à mon ayse, et

(I) Imprimée au-deyant des Régies de Mariage, de Purr^ clans le volume cité plus haut, fol. 71. J. V. L.

(i; Henri de Mesmes, seigneur de Roissi et de Malasstse, conseiller d'état, chancelier du royaume de JEararre, etc., né à Paris, en 1582, d'une famiUe ordinaire detéarn^ se dis* tiagua SOU!" Henri U, Charles I\ et Henri III par ses taienU administratifs et iKjlitiqucs : il fut chaîné, cette année même ( août lôTO;, de la paix avec les protestants; et comme Armand de Kron, son collègue dans les négodalîons 6e Saint- Genmln, était boiteux, cette paix fut appelée Mtaae tt mal oitue. Le massacre de la Saint-Barlbéiemi ne larda pas « prouver qu'on disait vrai. De Mesmes se moiilra toujours Je protecteur et l'ami des sav.inis; il accueillit Pibrac, Daurat, Turnèbe, Passerai ; lui-même il prit part au travail de la>ro- Wn sur Cicéron, qui lui fut dédié. Rollin, dans son Traita dei £litde%, By.I, c. f,arl. 1, cite de lui des Mi'moires manii<crits,

; que le premier |iré«ident de Mesmes lui avait comnmniqoês, et qui ont été publiés depuis. On y voit qu'au sortir du collège,

! Henri de Mesmes rMia Bornée var cœur tfvn Ooul à Fauré.

coi\kï:spondance de Montaigne,

moins habile ; plus content, et moins entendu. Voyià pourquoy, monsieur, quoyque des fines gens se mocquent du soing que nous avons de ce qui se passera icy après nous, comme nostre ame, logée ailleurs, n'ayant plus à se ressentir des choses de ça bas, j'estime toutesfois que ce soit une grande consolation à la foiblesse et briefveté de ceste vie, de croire qu'elle se puisse fermir et alonger par la réputation et par la renommée; et embrasse très volontiers une si plaisante et favorable opinion engendrée originellement en nous, sans m'enquerir curieusement ny comment, ny pourquoy. De manière que, ayant aymé, plus que toute aultre chose, feu monsieur de la Boëtie, le plus grand homme, à mon advis, de nostre siècle, je penserois lourdement faillir à mon debvoir, si, à mon escient, je laissois esvanouïr et perdre un si riche nom que le sien, et une mémoire si digne de recommendation , et si je ne m'essayois, par ces parties là, de le ressusciter et remettre en vie. Je crois qu'il le sent aulcunement , et que ces miens offices lé touchent et réjouissent; de vray, il se loge encores chez moy si entier et si vif que je ne le puis croire ny si lourdement enterré , ny si entièrement esloingné de nostre commerce. Or , monsieur, parce que chasque nouvelle cognoissance que je donne de luy et de son nom, c'est autant de multiplication de ce sien second vivre , et d'advantage que son nom s'ennoblit et s'honnore du lieu qui le receoit , c'est à moy à faire , non seulement de l'espandre le plus qu'il me sera possible , mais encores de le donner en garde à personnes d'honneur et de vertu ; parmy lesquelles vous tenez tel reng, que, pour vous donner occasion de recueillir ce nouvel hoste et de lui faire bonne chère, j'ay esté d' advis de vous présenter ce petit ouvrage, non pour le service que vous en puissiez tirer, sachant bien que, à practiquer Plutarque et ses compaignons, vous n'avez que faire de truchement ; mais il est possible que madame de Roissy*, y veoyant Tordre de son mesnage et de vostre bon accord repre-

(1) Jeanne Hennequin, fille d'Houdart Hennequin, seigneur deUoinville, maître des comptes, mort en 1557, était cousine au iroisiénie degré de Henri de Mesmes ; il l'avait épousée par dispense le 3 juin itiîi'î. Il en eut deux enfants, Jean-Jacques de Mcsmes, créé comte d'Avaux en 1638, et Judith de Mesmes, qui cpousa Jacques Barilloii, seiiiui-ur de Manci, conseiller au parlement, etc. J. V, L.

sente au vif, sera très ayse de sentir la bonté de son inclination naturelle avoir non seulement attainct, mais surmonté ce que les. plus sages philosophes ont peu imaginer du dehvoii et des loix du mariage. Et en toute façon, cil me sera tousjours honneur de pouvoir fain chose qui revienne à plaisir à vous ou aux vostrès, pour l'obligation que j'ay de vous fain service.

Monsieur, je supplie Dieu qu'il vous doin; très heureuse et longue vie. De Montaigne, a 30 avril 1570.

Vostre très humble serviteur,

Michel ue Mo\taigne.

A M0NSIE13II DE L'HOSPITAL, Chancelier de France.

Monseigneur, j'ay opinion que vous aultrés à qui la fortune et la raison ont mis en main 1( gouvernement des affaires du monde, nc/cherchez rien plus curieusement que par oij vou^ puissiez arriver à la cognoissance des hommes de vos charges ; car à peine il est nulle communauté si chetifve qui n'aye en soy des hommes assez pour fournir commodément à chas-^ cun de ses offices, pourveu que le despartement^ et le triage s'en peust justement faire ; et ce poinct là gaigné, il ne resteroit rien pour arriver à la parfaicte composition d'un Estât. Or^ à mesure que cela est le plus souhaitable, il est aussi plus difficile, veu que ny vos yeulx ne se peuvent estendre loing que de trier et choisir parmy une si grande multitude et si espaCtidue, ny ne peuvent entrer jusques au fond des cœurs pour y veoir les intentions et la conscience, pieces principales à considérer. De manière qu'il n'a esté nulle chose publicque si bien establie

(I) Imprimée dans le même recueil, au-devant dos Poemala d'Estienne de La Boëtie, fol. 100. — Michel L'Ilospilal s'était alors exilé lui-même à sa terre de Vignay, pour ne pas être témoin des vengeances criminelles tramées par la cour de Charles IX contre les protestaills, et que ne put prévenir sa courageuse opposition. Il avait dit, en remettant les sceaux à^ Pierre Brulart, secrétaire des commandements de Catherine de Médicis: « Les affaires de ce temps sont trop corrompues pour que je puisse encore m'en mêler. « Il était naturel de dé" dier des vers laiim à L'ilospital, un des premiers poètes latins de sou siècle ; mais l'époque dé cette dédicace est honorable pour îlonlaignc, J, V. L,

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