VIT
A MONSIEUR DE FOK,
Conseiller du roy en son conseil privé, et ambassadeur de Sa Majesté près la seigneurie de Venise.
Monsieur, estant à mesme de vous recommender, et à la postérité, la mémoire de feu Estienne de la Boëtie, tant pour son extrême valeur, que pour la singulière alTection qu'il me portoit, il m'est tumbé en fantaisie combien c'esloit une indiscrétion de grande conséquence et digne de la coercion de nos loix , d'aller, commellse faict ordinairement, desrobbant a la vertu la gloire, safidellecompaigne, poui;en estrener, sans chois et sans jugement, le premier venu, selon nos interests particuliers : veu que les deux resnes principales qui nous guident et tiennent en office sont la peine et la recompense, qui ne nous touchent proprement, et comme hommes, que par l'honneur et la honte, d'autant que celles icy donnent droictement à l'ame et ne se gousienl que par les sentiments intérieurs et plus noslres , là on les ' bestes mesmes se veoyent aulcunement capables de toute aultre recompense et peine corporelle. En oultre , il est bon à venir que la coustume de louer la vertu, mesme de ceulx qui ne sont plus, ne vise pas à eulx, ains qu'elle faict j estât d'aiguillonner par ce moyen les vivants à les imiter : comme les derniers chastiements -' sont employés par la justice, plus pour l'exemple, que pour l'interest de ceulx qui les souffrent. Or, le louer et le meslouers'enlre-res-
(1) Imprimée au-devant des Vers françois d'Estienne de la ! BOëtîe.édit. de Paris, 1572 Ce recueil, qui n'est composé que de 19 fol., renferme: une épHrieà Warsuerile de Carlo, femme de La Boëtie, mir la iradiidinn des plaintes de Brndamant au treiile-lroixième chant de Loys Ariosle; cflle traduction, on huit pages; une assez longue C//o?i,soH, on tercets; vingt-cinq Sonnets, clfrérenls des vingt-neuf que Montaigne adressa plus tarda madame de Graraniotil, Essais, Bv. I, c. 28. J. V. L.