‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 392 sur 402 · A CHARLES IX · texte numérisé non relu

A CHARLES IX

chose que faisoit le roi vostre grand' père, et qui lui coûservoit toutes les provinces à sa dévotion. Il avoit le nom de tous ceux qui estoient de maison dans les provinces, ei autres qui avoient autorite parmi la noblesse, et du clerçé, des villes et du peuple, pour les contenter et qu'ils tinssent la mainàceque tout fust à sa dévotion, et pour estre averti de tout ce qui se remuoit dedans lesdites provinces, soit en génénéral ou en particulier, parmi les maisons privées ou villes, ou parmi le clergé. Il mettoit peine d'en contenter parmi toutes les provinces une douzaine, ou plus ou moins de ceux qui ont plus de moyen dans le pays, ainsi que j'ai dit ci-dessus. Aux uns il donnoit des compagnies de gendarmes , aux autres , quand il vaquoit quelque bénéfice dans le même pays, il leur en donnoit , comme aussi des capitaines des places de la province, et des officiers de judicature, .selon et à chacun sa qualité. Cela les contentoit de telle façon qu'il ne s'y remuoit rien, fust-ceau clergé ou au reste de la province, tant de la noblesse que des villes et du peuple, qu'il ne le sust. En estant averti, il y nemédioit selon que son service le portoit, et de si bonne heure qu'il empeschoit qu'il n'avînt jamais rien contre son autorité ni obéissance qu'on lui devoit porter. Je pense que c'est le remède dont vous pourrez user pour vous faire aisément et promptement bien obéir, et oster et rompre toutes autres lieues, accouintances et menées; et re-

mettre toutes choses sous votre autorité et pai«sance seule.

« J'ai oublié un autre point qui est bien nécessaire, et cela se fera aisément si vous le trouvez bon : c'est qu'en toutes les principales villes de vostre royaume vous y gagniez trois ou qua tre des principaux bourgeois, et qui ont le plus de pouvoir en la ville, et autant de principaux marchands qui aient bon crédit parmi leurs concitoyens , les favorisant par bienfaits (t autres moyens, sans que le reste s'en aperçoive et puisse dire que vous rompiez leurs privilé ges, tellement qu'il ne se fasse et dise rien au corps de ville, ni par les maisons pariiculièrrs dont ne soyez averti; et que, quand ils viendront à faire leurs élections pour leurs magi.«trats particuliers, selon leurs privilèges, que ceux - ci par leurs amis et pratiques fassent toujours élire ceux qui seront à vous entièrement; qui sera cause que jamais ville n'aara autre volonté. Et n'auiez point de peine à vous y faire obéir; car, en un seul mot, vous le serez toujours en ce faisant.

« Monsieur mon fils, vous en prendrez la franchise de quoi je le vous envoie, et le bon chemin. Ne trouverez mauvais que je l'aie fait écrire à Montaigne, car c'est afin que le puissiez mieux lire. C'est comment nos prédécesseurs faisoient.

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