PAR M. J. F. PAYEN, D. M. P
§ l". ÉDITIONS DES ESSAIs.
1. Les Essais de messire Michel, seignecr de | Montaigne, chevalier de Tordre du roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre. Livre premier et second. A Bourdeaus, par S. MUlanges , imprimeur ordinaire du roi m. d. lxxx. 2 vol. in-8o.
Cette e'dition ne contient que les deux premiers livres*, elle est divisée en deux tomes, un pour chaque livre. Chacun d'eux a un titre à part et une table des chapitres.
Le premier volume , imprimé en caractères plus gi-os que le deuxième , a 496 pages; le second offre une paginalion très défectueuse, la dernière page porte le numéro 650. En tète des Essais est une préface qui commence ainsi : c'est ici un livre de bonne foi , lecteur. Elle est datée du premier mars
Cette édition ne porte pas d'épigraphe, quoi (ju'en dise M. Vernier. (Voir à 1801.)
Le premier livre se compose de 57 chapitres et le deuxième de 37 , ce qui est conforme à toutes les éditions qui suivent. Au vingt -neuvième chapitre du premier livre se trouvent 29 sonnets d'Et. de La Boè'tie.
On remarque , en comparant cette édition et les lieux suivantes avec celles publiées après la mort de l'auteur, q!î'elles renferment fort peu de citalions , et que les chapitres sont beaucoup plus courts.
Cette édition est peu commune et recherchée comme originale.
— J. B. Bastide, qui a fait beaucoup d'études sur Montaigne ( v. à 1822 ) et qui se proposait de donner une édition des Essais, à* laquelle, d'après M. Beuchot, il a travaillé pendant quarante ans, annonça en 1807, dans la Revue philosophique (deuxième trimestre), sur l'autorité
de M. do Cayla , qu'il av.iit été publié une autre édition des Essais à Paris cette même année (1580^ in-folio chez Michel Blagcart, qui n'est pas celle que ce libraire pul)lia en I6i0, et M. J. V. Leclerc l'indique sans se livrer à aucune discussion à son occasion. Je n'ai jamais cru à l'existence de cette édition : la plus décisive des raisons qui me la faisaient rejeter est celle tirée du nom de l'imprimeur, puisqu'on voit par le catalogue de Lottin 1 qu'il n'exislait point à Paris d'imprimeur du nom de Bîageart eu 1580, et que Michel ne fut reçu dans la communauté qu'en 1631 . Je pensais donc que c'était un exemplaire incomplet ou altéré de 1640, qu'on avait par erreur rapporté à l'année précitée; mais ayant reçu un extrait du catalogue de la bibliothèque de Bordeaux, sur lequel on indique un exemplaire des Essaie, Paris 1580, j'ai fait connaître mes doutes à M. Jouannet , conservateur de cet établissement. Ce respectable savant a aussitôt reconnu l'exactitude de ma supposition , et il m'annonce que c'est en effet un exemplaire de 1640, et que l'erreur, qui est fort ancienne , a tenu à ce que le frontispice étant déchiré en partie et la date manquant, le rédacteur du catalogue a mis celle de la préface.
Je suis entré dans ces détails parce qu'on a imprimé que cette édition existait , et que des hommes de lettres, qui se sont beaucoup occupés de Montaigne, dans la nécessité de trouver quatre éditions jusqu'à celle de 1588, et s'appuyant de l'autorité de M. de Cayla, de Bastide et du cfitalogue delà bibliothèque de Bordeaux, partageaient cette erreur accréditée depuis près de trente ans.
(1) Catslo^îuo clironologiquc des lit)raires et da librairesimprimeurs de Paris , depuis 1470 , époque de rétablissemeiil dn rinipriniciie dans ceUe capitale juffjircn 1788; par A. M. LoUiDrainé. Paris, J.-R. Lottin de Saiiiilicrmain, 1789. IO-8.
2. Les mêmes. — Par messire Michel, seigneur DE Montaigne, chevaler de Tordre du Roi et gentilhomme (le sa chambre , maire et gouverneur de Bourdeuus. — Édition seconde, revue et augmento'e. À Uourdeaus par S. Millanges, imprimeur ordinaire du roi, M. D. Lxxxii. iu-S''.
• Celte édition,' plus belle que la prpmi^^e, esten un seul volume. Comme celle-ci, elle ne contient que les deux premiers livres , et elle ne porte pas d'e'pignphe.. La pagination continue d'un livre à l'autre, et il n'y a pas de frontispice pour le livre 2.
806 pages. Mêmes renseignements qu'à 1580 pour la date de la préface et les sonnets de La Boëtie.
On remarque que cette édition est annoncée comme revue et augmentée. En effet , chacune des éditions qui suivent offre des corrections et des augmentations, et on peut voir par l'exemplaire de Bordeaux, 1588, que Montaigne , quoiqu'il dise: « j'adjouste mais je ne corrige pas- , corrigeait souvent, même pourde très légères nuances d'expression, bien qu'il ait écrit: «Que celui qui a hypothéqué au monde son ouvrage n'y a plus de droit. » D'ailleurs , il convient de bonne grâce que ces additions sont « une petite subtilité ambitieuse , afin que l'acheteur ne s'en aille les mains du tout vuides. >• (Liv. III, chap. 9.)
3. tes mêmes. Par messire Michel, seigneur de Mo.MAiGNE, chevalier de l'ordre du Roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre, maire et gouverneur de Bourdeaus , reveus et augmentés. A Paris , chez Jean Richer, rueSt.-Jean-de-Latran, à l'arbre verdoyant, m. d. lxxxvii. in-12.
Mêmes remarques qu'aux précédentes éditions sur la date de la préface et les sonnets de La Boëtie. Coste, et les imprimeurs de 1725, ont donc eu tort de dire, d'après le P. Niceron, que ces sonnets ne se trouvaient qu'à l'édition de 1588.
4. Les mêmes. Par Michel, seigneur de Montaigne.— Cinquième édition, augmentée d'un troisième livre et de six cents additions aux deux premiers. Paris, Abel L'Àngelier , 1580 in-4°.
Fronti>pice gravé. La date n'est pas au frontispice ; elle est au privilège qui est du 4 juin 1588.
Le nom de Montaigne n'est plus ici suivi de ses titres, et je ferai à cette occasion un rapprochement assez curieux , c'est que parmi les additions nombreuses, faites à cette édition, on trouve la phr.ise suivante, au sujet de l'ennui que lui causait la nécessité d'écrire une légende de titres et qualités à la suite du nom des personnes auxquelles il adres-
sait des lettres. «Je trouvepareillement de mauvaise « grâce d'en charger le front et inscription des « livres que nous faisons imprimer. » (Liv. I,chap. 39.)
Cette édition n'est paginée qu'au recto, le dernier feuillet porte le numéro 396. La préface est datée du 12 juin 1588; mais c'est la même que celle des préoédontes éditions. Les sonnets de La Boëlie se trouvent eiicoreau chapitre 29 du premier livre. Le troisième livre, qui paraît pour la première fois, est composé de 13 chapitres.
Cette édition , qui est la dernière du vivant de Montaigne, est d'une fort belle e.xécution; le frontispice gravé indi(iup qu'elle est la cinquième. Elle a été donnée par Montaigne lui-même, qui était en ce moment à Paris; ainsi , il faut admettre que quatre éditions l'avaient précédée. On trouvait ce nombre lorsqu'on admettait l'édition de Paris., 1580 ; mais j'ai démontré qu'elle n'a jamais existé. Il aurait donc fallu indiquer deux éditions entre celle de 1582 et celle de 1588, et on a pu remarquer que je n'en ai décrit qu'une; il existe donc, pour .cet espace de temps, une lacune que mes recherches n'ont pu combler. Le P. Nicéron dit que la première édition a été suivie de trois antres avant celle de 1588, mais il n'en donne pas les dates , et suivant toute apparence il se fonde seulement sur ce que celle de 1588 porte. Cinquième édition.
C'est d'après un exemplaire de cette édition, corrigé et augmenté de la main de Montaigne, que Kaigeon a donné l'édition de 1802. M..Bernadau, avocat à Bordeaux , et auteur des Antiquités Bordelaises, le lit connaître par une lettre adressée au journal général de France ( novembre 1789). Cet exemplaire resta quelque temps dans la mai.son de Montaigne , puis d'après M. Bernadau ,« il fut donné aux Feuillans de Bordeaux par madame de Montaigne , par ordre de son mari, qui leur était fort attaché, et dans l'église desquels il avait choisi sa sépulture; c'est donc sans fondement que l'auteur du nouveau Dictionnaire historique prétend qu'on voit dans la bibliothèque de ce couvent un supplément manuscrit des Essais. » Ce précieux exemplaire passa enfin, lors de la révoiution, dans la bibliothèque publique de Bordeaux qui l'a possédé depuis.
J'ai examiné cet exemplaire; il est chargé de corrections et d'additions marginales ou interlinéaires écrites de la main de Montaigne. Au frontispice gravé il a ajouté, sixième édition, ce qui se rapporte à celle qu'il projetait, et ce qui fixe positivement le nombre de celles qui ont précédé. Il a ajnutéaussi de sa main cette épigraphe, qui est devenue celle de son livre : vire que acquirit eundo. Enfin au haut de ce frontispice se trouve un écusson dans lequel il a inscrit son nom. Au recto on trouve
SUR MONTAIGINE.
l'avis à rimprimeur, que Naigeon a reproduit, et la rocoiiiinaiidation * qu^on inetie son nom tout du long sur chaque f.ice, «parce que dans les éditions précédentes on avail mis seulement : « Essais de M. de Monta • , au titre courant.
S.LivREDEsEssAiSDF. MicHEL,SEiG>iEUR DE Montaigne. divis(f en deux parties. — Dernière édition, augmciiteV de deux tables très amples des choses plus mémorables contenues en iceile, à Lyon, pour Gabriel Lagrange^ libraire d'Avignon, m.d.xciii. in-8.
Conformément au titre, cette édition est divisée en deux parties. La première comprend les deux premiers livres , en 830 pages, et elle est précédée du titre copié ci-dessus; la deuxième, formée par le troisième livre, est précédée d'un titre ainsi conçu*: Livre des Essais de MrcHEL, seigneur de Mc.M AiGNE, deuxième partie, à Lyon, etc.On trouve à chaque partie une table des chapitres et une table analytique; le titre courant porte : « Essais de Monta. • Cette édition, passablement belle, a été imprimée d'après celle de 1588. J'en ai rencontré deux exemplaires, l'un à la bibliothèque pubUque de Chaumont en Bassigny, l'autre dans celle de M. de Lamennais ; dans le 1" qui a sans doute appartenu à quelque couvent, le chapitre entier des vers de Virgile est enlevé. Cette mutilation se rencontre dans un grand nombre d'exemplaires de ces anciennes éditions.
6. Les mêmes. — Édition nouvelle trouvée après le décès de l'auteur: revue et augmentée par lui. d'un tiers plus qu'aux précédentes impressions. Paris, Abel L'Angelier, 1595 in-folio: des exemplaires portent : Paris, Michel Sonnius^rne Saint- Jacques, à l'Ecu de Basie; le privilège, au verso du titre , est daté du 15 octobre 15§4.
Pas d'épigraphe.— Pas de préface de Montaigne; le chapitre intitulé • Que le goût des biens et des maux, etc..» qui jusque-là était le quatorzième du premier livre , est ici , comme dans toutes les éditions suivantes, le quarantième du même livre.
Cette édition fut donnée par mademoiselle de Gournay *, d'après un manuscrit revu par Montaigne, et qui lui fut remis par sa veuve. C'était probablement un exemplaire de 1588, annoté comme celui dont il est parlé ci-dessus , puisque made- j
(1) Marie de Jars ou Jards , el non I^jars , comme écrit j Montaigne, et d'après lui presque tous les biographes elles ! éditeurs. Mademoiselle de Goumay dit, dans une Notice sur =a vie, qui fait partie de ses œuvres (in-*. — 1641), que son I>ere, Guiilnume de Jars ( sieur de Xeufvi et de Goumay), tirait son nom et rorigine noble de Jars, dans le département du Ctier près de Sancerre.
moiselle de Goumay dit à ce sujet : • Miidame de Montaigne me les fit apporter pour être misati jour, enrichis des traits de sa dernière main. » Un autre exemplaire resta dans la maison de Montaigne, comme le dit mademoiselle de Gournay; c'est celui-là qui fut donné aux Feuillants de Bordeaux. M. Bernadau , dans la lettre citée précédemment , s'est donc trompé en présentant l'exemplaire de Bordeaux comme étant celui qui a ser\i à mademoiselle de Gournay. On ignore ce qu'est devenu ce dernier qui diflérait notablement de celui qui a servi à JNaigeon ; il est probable qu'après l'impression il n'aura pas été conservé.
Cette édition est la seule , avec celle d'Anvers sans date , dans laquelle on ne trouve pas de préface de Montaigne ; et dans l'édition suivante , mademoiselle de Gournay dit qu'elle avait été égarée lors de l'impression. L'éditeur a fait précéder les Essais d'une préface apologétique qui occupe 18 pages, et qui commence ainsi : « Si vous demandez à quelque artisan quel est César. » On y trouve à la fin quelques mot.s sur la mort de Montaigne, des détails sur sa famille, enfin l'énumération des soins qu'a apportés mademoiselle de Gournay pour que cette édition fût, « sinon par- • faite jusqu'à tel point qu'elle desireroit , si est- «ce qu'elle requiert qu'on s'adresse toujours à elle, .« parce qu'outre cela quelle n'est pas si loin de la «perfection qu'on soit assuré si les suivantes la «pourront approcher d'aiiss". près, elle est au moins « redressée diligemment par un errata (il n'indique « que 49 corrections) sauf quelques si légères fau- « tes qu'elles se restituent d'elles-mêmes. • Mademoiselle de Gournay a revu elle-même toutes les épreuves de cette édition , qui est parfaitement et correctement exécutée ; c'est à juste titre qu'elle la aualifie dans celle de 1635 de vieil et bon exemplaire, et elle reste encore aujourd'hui la principale, pour Tauthenticité du texte, et l'une des plus remarquables sous le rapport typographique.
Les 29 sonnets d'Etienne de La Boëtie, qtii se trouvaient au chapitre 29 dans les premières éditions , et au chapitre 28 dans celle-ci, sont ici supprimés et remplacés par une note qui a été reproduite textuellement partons les éditeurs qui n'ont pas inséré les sonnets, mais sans qu'ils aient donné l'explication de celte note, qui est ainsi conçue: Ces 29 sonnets, d'Et. de Im, Boëtie qui estoientmis en ce lieu ont été depuis imprimés avec ses ceuvres. Ces sonnets ont-ils été réellement imprimés ? Dans ce cas, où le sont-ils ? Montaigne , dans l'exemplaire de Bordeaux , a rayé ces vers, et il a ajouté simplement ces vers se voyent ailleurs, ce qui pouvait se rapporter aux éditions antérieures ; car Montaigne n'avait pu faire imprimes