I.IVRE I, ClIAP. XIX
Audit iler, tmmfraïque lUes, spalioqtie viantm ih'tilnr v:tam ; loiquelur peste fihura ' .
Le but de nostre carrière c'est la mort; c'est l'objet nécessaire de nostre visée : si elle nous olfroye, comme est il possible d'aller un pas avant sans fiebvre ? Le remède du vulgaire, 'est de n'y penser pas : mais de quelle brutale >Lupidité luy peult venir un si grossier aveuglement ? 11 luy fault faire brider l'asne par la queue :
Qui capite ipse suo iustiluit vesligia reirà*.
Ce n'est pas de merveille s'il est si souvent prins au piège. On faict peur à nos gents seulement de nommer la mort, et la pluspart s'en eignent comme du nom du diable. Et parce qu'il s'en faict mention aux testaments, ne vous attendez pas qu'ils y mettent la main que le médecin ne leur ayt donné l'extrême sentence: et Dieu sçait lors, entre la douleur et la frayeur, de quel bon jugement ils vousle pastissent.
Parce que ceste syllabe frappoit troj) rudement leurs aureilles, et que ceste voix leur sembloit malencontreuse, les Romains avoient apprins de l'amollir ou l'estendre en périphrases : au lieu de dire, il est mort : «Il a cessé de vivre, disent-ils, il a vescu ' : » pourvea que ce soit vie, soit elle passée, ils se consolent. Nous en avons emprunté nostre feu maistre Jehan. A l'adventure est ce que, comme on dict, le terme vault l'argent. Je nasquis entre unze lieures et midi, le dernier jour de febvrier mille cinq cents trente trois, comme nous comptons à ceste heure, commenceant l'an en janvier *. Il n'y a justement que quinze jours que j'ay franchi irente neuf ans : il m'en fault, pour le moins, encores autant^. Cependant s'empescher du pensement de chose si esloingnée, ce seroit folie. Mais quoy ? les jeunes et
(1) II s'inquiète du chemio, il compte les jours et mesure sa vie sur la longueur de la route, tourmenté sans cesse par ridée du supplice qui l'allcnd. Clacdio, in Ri(f.,n, 137.
(2) Puisque dans sa sottise il veut avancer à reculons. Lucrèce, I\', 474.
{^'/ Plitarqce, rie de CicérorijC. 22. J. V. L.
(4) Par une ordonnance de Charles IX, rendue en 15C3, le commencement de Tannée fut Gxé au 1er janvier; auparavant elle commençait à Pâques. En conséquence, le l«r janvier 1363 devint le premier jour de l'an 1564. Le parlement ne se conformaàcetteordonnancequedeuxans après, et ne commença l'anml-e le 1er janvier qu'en 1507. A. D.
(.s) Moulnignc n'obtint pas ce 7» >7Z/a'/a2/ai/,puisqu'ilmounil on i:.9S,d.iiis la soixantième année de son âgo. A. b
les vieux laissent la vie de mesme condition: nul n'en sort aultrement que comme si tout présentement il y entroit; joinct qu'il n'est homme si décrépite, tant qu'il vcoid Mathusa lem devant, qui ne pense avoir encores vingt ans dans le corps. Davantage, pauvre fol que tu es, qui t'a estably les termes de ta vie? Tu te fondes sur les contes des médecins : regarde plustost l'effect et l'expérience. Par le commun train des choses, tu vis pieça • par faveur extraordinaire : tu as passé les termes accoutumés de vivre. Et qu'il soit ainsi, compte de tes cognoissants combien il en est mort avant ton aageplus qu'iln'eny aqui l'ayent atteint : et de ceulx mesmes qui ont anobli leur vie par renommée, fais en registre ; et j'entreray en gageure d'en trouver plus qui sont morts avant qu'après trente cinq ans. Il est plein de raison et de pieté de prendre exemple de l'humanité mesme de Jésus Christ : or il finit sa vie à trente et trois ans. Le plus grand homme, simplement homme, Alexandre , mourut aussi à ce terme. Combien à la mort de façon de surprinse !
Quid quisque vitet, nunquam hotnini salis Cauliim est in horas * :
je laisse à part les fiebvres et les pleurésies : qui eust jamais pensé qu'un duc de Bretaigne deust estre estouffé de la presse, comme feut celuy-là à l'entrée du pape Clément, mon voysin, à Lyon s? N'as tu pas veu tuer un de nos roys en se jouant * ? et un de ses ancestres mourut il pas choqué par un pourceau ' ? JEschylus, menacé de la cheute d'une maison, à beau se tenir à l'airte^, le voylà assommé d'un toict de tortue qui eschappa des pattes d'un aigle en l'air "^ : l'aultre mourut d'un grain de
(1) Depiris long-temps. G.
(21 L'homme ne peut jamais assez prévoir quel danger le menace à chaque instant. Hor., Od., II, 13, 13.
(3J En 1305, sous le règne de Philippe- le-Bel; ce duc de Bretagne se nommait Jean n. Le pape que Montaigne appelle «on vmjsin était Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui fut élu pape le 5 juin 1305 et prit le nom de Clément V. A. D.
(4) Henri II, blessé à mort, le lOjuilIet 1559, dans un tournoi, l>ar le comte de Monlgomraery, un de ses capitaines des gardes. G.
(0) Philippe, fils aîné de Louis- le-Gros, et qui avait été couronné du vivant de son père. G.
(6) Ou écrit aujourd'hui alerte ; mais les ItaHens disent encore fare alVerta, être alerte, être au guet, prendre garde à soi E. J.
(7) Valère Uaxiue, IX, 12, ext. 3. C.
ESSAIS DE MONTAIGNE
raisin * ; tm empereur, de l'esgratlgnure d'un peigne en se testonnant ; yEmilius Lepidus, pour avoir heurté du pied contre le seuil de son huis * ; et Aufidius, pour avoir choqué, en entrant, contre la porte de la chambre du conseil ; et entre les cuisses des femmes, Cornélius Gallus prêteur, TigiUinus capitaine du guet à Rome, Ludovic fils de Guy de Gonzague, marquis de Mantoue ; et d'un encores pire exemple Speusippus philosophe platonicien ^, et l'un de nos papes. Le pauvre Bebius, juge, ce pendant qu'il donne delay de huiciaine à une partie, le voylà saisi, le sien de vivre estant expiré ; et Caius Julius, médecin, gressant les yeulx d'un patient, voylà la mort qui clost les siens * : et s'il m'y fault mesler, un mien frère, le capitaine S. Martin, aagé de vingt et trois ans, qui avoit déjà faict assez bonne preuve de sa valeur, jouant à la paulme, receut un coup d'esteuf qui l'assena un peu au dessus de l'aureille droicte, sans aulcune apparence de contusion ny de bleceure ; il ne s'en assist ny reposa, mais cinq ou six heures après il mourut d'une apoplexie que ce coup luy causa.
Ces exemples si fréquents et si ordinaires nous passant devant les yeulx, comme est il possible qu'on se puisse desfaire du pensement de la mort, et qu'à chasque instant il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet? Qu'importe il, me direz vous, comment que ce soit, pourveu qu'on ne s'en donne point de peine ? Je suis de cest advis : et, en quelque manière qu'on se puisse mettre à l'abri des coups, feust ce soubs la peau d'un veau, je ne suis pas homme qui y reculast ; car il me suffît de passer à mon ayse, et le meilleur jeu que je me puisse donner je le prends, si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez.
Prœtulerim... delinis inersquevideri,
Dùm mea délectent mala me, tel denique fallant.
Quant sapere, et ringi^.
Mais c'est foUe d'y penser arriver par là. Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent ; de
(I) VAL. BiATiiME, IX, 12, ext. B.c.
(«) Pn»E, ^al. Hist., VU, 53. Les deux exemples suivants se trouvent au même endroit. G.
(3) TERTULLiEN, Apologéttque , c. 46. C.
(4) Ces deux exemples sont de Pline, Vil, ÎS3. C.
(5) Je consens à passer pour un fou, un impertinent, pourvu que mon erreur me plaise ou que je ne m'en aperçoive pas, plutôt que d'être sage et d'enrager. Horace, Ëpttres, II, S, las.
mort, nulles nouvelles : tout cela est beau mais aussi, quand elle arrive ou à eulx, ou à leurs femmes, enfants et amis, les surprenant en dessoude * et à descouvert, quels torments^ quels cris, quelle rage et quel desespoir les ae-1 cable? vistes vous jamais rien si rabbaissé, si] changé, si confus ? Il y fault prouveoir de meil-l leure heure : et ceste nonchalance bestiale^i quand elle pourroit loger en la teste d'un homme d'entendement, ce que je treuve entièrement impossible, vous vend trop cher ses denrées. Si c'estoit ennemy qui se peust éviter, je conseUlerois d'emprunter les armes de la couardise : mais puisqu'il ne se peult, puisqu'il vous attrappe fuyant et poltron aussi bien qu'honneste homme,
Nempè et fugacem persequitiir vinnn, ;Vec pareil imbellis jiwentœ Poplitibus titnidoque tergo* ,
et que nulle trempe de cuirasse ne vous couvre,
Ule licei ferro cautus se condat et œre.
Mors tameti inclusum protrahet indè caputz,
apprenons à le soustenir de pied ferme et à le combattre : et pour commencer à luy oster son plus grand advantage contre nous, prenons vove toute contraire à la commune ; ostons luy l'estrangeté, practiquons le, accoustumons le, n'ayons rien si souvent en la teste que la mort, à touts instants représentons la à nostre imagination et en touts visages ; au broncher d'un cheval, à la cheute d'une tuile, à la moindre piqueure d'espingle, remaschons soubdain : u Eh bien ! quand ce seroit la mort mesme ! » et là-dessus, roidissons nous, et nous efforceons. Parmy les festes et la joye, ayons tousjours ce refrain de la souvenance de nostre condition ; et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir que par fois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes ceste nostre alaigresse est en butte à la mort et de combien de prinses elle la menace. Ainsi faisoient les égyptiens, qui, au miUeu de leurs festins, et parmy leur meilleure chère, faisoient apporter î'anatomie sèche d'un homme, pour servir d'advertissement aux conviés *.
(1) D'une manière imprévue.
(2) Il poursuit le fuyard, il frappe sans pitié le iâcbe qui toorne le dos. HOR., od., m, 2, 14.
(3) Vous avez beau vous couvrir de fer et d'airain, la mort vous frappera sous votre armure. Puoperce, III, 18, 25.
(4) HÉRODOTE, II, 78: È; tcùt'.v cfs'wv, nhi zî xal TSpTTEU E(iE7.t -^àp àîTCÔavwv TotcÛTCC- J- V. L. .
L1V1U-. I, (JIMV \l\.
Omiirin crede diern tibi diliuiste it^frevuim . Graia supeneiiiet, quœ non sperabitur, hora '.
II est incertain où la mort n(ti»s attende ; atten- Jons la partout. La préméditation de la mort est remeditation de la liberté; qui a apprins à lourir, il a desapprins à servir; il n'y a rien de lal en la vie pour celuy qui a bien comprins le la privation de la vie n'est pas mal; le sçak uir moiirir nous affranchit de toute sabjection c et contraincte. Paulus /Emilius respondit à celuy que ce misérable roy de Macédoine, son prisonnier, luy envoyoit pour le prier de ne le mener pas en son triomphe : - Qu'il en face la conqueste? à soy mesme2. «
A la vérité, en toutes choses, si nature ne preste un peu, il est malaysé que l'art et l'industrie aillent gueres avant. Je suis de moy mesme non melancholique, mais songe-creux ; il n'est rien dequoy je me soye, âès tousjours, plus entretenu que des imaginations de la mort , ire en la saison la plus licentieuse de mon .uige,
Jttcutidum quùm œtat florida ver ageret '.
Parray les dames et les jeux, tel me pensoit empesché à digérer, à part moy, quelque jalousie ou r incertitude de quelque espérance, ce pendant que je m'entretenoisdeje ne sçaisqui, sur-, prins les jours précédents d'une fiebvTC chaulde et de sa fin, au panir d'une feste pareille, la leste pleine d'oysiveté, d'amour et de bon temps, comme moy, et qu'autant m'en pendoit à i'aureille : *
Jam fuerit, tiec post unquam revocare licebii*;,
je ne ridois non plus le front de ce pensement là que d'un aultre. Il est impossible que d'arrivée nous ne sentions des picqueures de telles imaginations ; mais en les maniant et repassant au long aller, on les apprivoise sans doubte ; aultrement, de ma part, je feusse en continuelle frayeur et frénésie ; car jamais homme ne se *
(1) Imagine-toi que chaque jour est le dernier qui luit pour loi ; tu recevras avec reconnaiseance le jour que tu n'espérais plus. HoR.,£p«<.,i,4, «3.
^ Plctajsqce, Vie de Paid Emile, c. 17; CicérO'X, Tuscid., V, 40. c.
w Quand mon âge fleuri roolail son gai printemps. Catclle, LXMU, 16.
' e vers français est de roademoiseUe de Gouruay ; il mérite •I éire conservé pour la Gdelitc originale de la traduction. J. .. l
{i) BJenlOt le temps présent ne sera plus, et nous ne pourrons le rappeler. LcCRÈct, 111, 9i8.
MOSTAICSE.
deslid tant de sa vie; jamais homme ne feit moins d'estat de sa durée. Ny la santé que j'ay joui jusques à présent très vigoreu.se et peu souvent interrompue, ne m'en alonge l'espérance, ny les maladies ne me raccourcissent; à chasque minute il me semble que je m'eschappe et me rechante sans cesse : " Tout cequi peult estre faict un aultre jour le peult estre aujowd'huy.» De Vray, les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre lin ; et si nous pensons combien il en reste, sans cest accident qui semble nous menacer le plus, de millions d'aultres sur nos testes, nous trouverons que, gaillards et fiebvreux, en la mer et en nos maisons, en la battaille et en repos, elle nous est également près : Nemo altero fragilior est ; nemo m crasiinum sui certior^. Cequej'ay à faire avant mourir, pour l'achever tout loisir me semble court, feust ce d'un' heure.
Quelqu'un, feuilletant Taultre jour mes lablettes, trouva un mémoire de quelque chose que je voulois estre faicte après ma mort ; je luv dis, comme il estoit vray, que n'estant qu'à une lieue de ma maison, et sain et gaillard, je m'estois hasté de Tescrire là, pour ne m'asseurer point d'arriver ju.sques chez moy. Comme celuv qui continuellement me couve de mes pensées et les couche en moy, je suis à toute heure préparé environ ce que je le puis estre, et ne m'advertira de rien de nouveau la survenance de la ! mort. Il fault estre tousjours botté et prest à partir, en tant qu'en nous est, et sur tout se garder qu'on n'aye lors affaire qu'à sov;
Quid brevi fortes jaculamur œio Uulta'f
car nous y aurons assez de besongne sans aultre surcroist. L'un se plainct plus que de la mort, dequoy elle luy rompt le train d'une belle victoire; l'auhre, qu'il luy fault desloger avant qu'avoir marié sa fille ou contreroolle l'institution de ses enfants ; l'un plainct la compaignie de sa femme, l'aultre de son fils, comme commodités principales de son estre. Je suis pour ceste heure en tel estât. Dieu mercy, que je puis desloger quand il luy plaira, sans regret de chose quelconque. Je me desnoue partout; mes adieux sont tantost prins de chascun, sauf
(1) Aucun homme n'est phis fragile que les autres, ancun pins assuré du lendemain. SExÈQrc,£]ptJ/. 91.
M Pourquoi, dans une \ie si courte, former de si vzsies projcls ? IlOR., Od., II, 16. 17. •
ESSAIS DE MOrsTAIGlNE.
de moy. Jamais homme ne se prépara à quitter le monde plus purement et pleinement et ne s'en desprint plus universellement que je m'attends de faire. Les plus mortes morts sont les plus saines.
Miser! o miser (aiimi) omnia adetnil
L'na dits infesta mihi tôt prccrma vitœ ' •
et lebastisseur,
ilaneni (dicl il) opéra interrupta, minœque murorumingentes*.
Il ne fault rien desseigner de si longue haleine ou au moins avecques telle intention de se passionner pour en veoir lajin. Nous sommes nayz pour agir :
Quummoriar, médium solvar et iiiter opus^;
je veux qu'on agisse et qu'on alonge les offices de la vie tant qu'on peult, et que la mort me treuve plantant mes choulx, mais nonchalant d'elle et encores plus de mon jardin imparfaict. J'en veis mourir un qui, estant à l'extrémité, se plaignoit incessamment de quoy sa destinée coupoit le fil de l'histoire qu'il avoit en main sur le quinziesme ou seiziesme de nos roys.
Hlud in his rébus non addunt, nec libi earum Jam desidetium rerum super insidel una *.
11 fault se descharger de ces humeurs vulgaires et nuisibles. Tout ainsi qu'on a planté nos cimetières joignant les églises et aux lieux les plus fréquentés de la ville, pour accoustumer, disoit Lycurgus s, le bas populaire, les femmes et les enfants à ne s'effaroucher point de veoir un homme mort, et à fin que ce continuel spectacle d'ossements, de tumbeaux et de convois nous advertisse de nostre condition ;
Quin eliam exhilarare viris convivia cœde Mos olim, et miscere epulis speclacula dira Certantum ferro, sœpè et super ipsa cadentum Poctila, respersis non parco sanguine mensis g ;
(1) 0 mallieureux, malheureux que je suis ! disent-ils ; un seul jour, un iiistanl'fatal me ravit tous les biens, tous les charmes de la vie : Ucp.ège, ni, 911.
i% Je laisserai donc imparfaits ces bâtiments superbes. Enéide, IV, 88. —Il y a dans \irgile, pendent.
(ô) Je veux que la mort mè surprenne au milieu du travail. Ovide, Amor., II, 10, 36.
(4) Ils n'ajoutent pas que la mort nous ùte le regret de ce que nous quiltous. Lucrèce, III, 913.
(5) Plutarque, Vie de Lycitrgue,c. 20. C.
(0) C'était jadis la coutume d'égayer les festins pardesmeur- ( très et de mettre sous les yeux des convives d'affreux combats de gladiateurs ; souvent ils tombaient parmi les coupes du banquet et inondaient les tables de sang. Satus Itajlicls, XI, M,
et comme les ^Egyptiens, après leurs festins, faisoient présenter aux assistants une grande image de la mort par un qui leur crioit: «Boy, et t'ésjouy ; car, mort, tu seras tel* ; « aussi ay je prins en coustume d'avoir, non seulement en l'imagination, mais continuellement la mort en la bouche. Et n'est rien dequoy je m'informe si volontiers que de la mort des hommes, « quelle parole, quel visage, quelle contenance ils y ont eu;» ny endroict des histoires que je remarque si aitentifvement ; il y paroist à la farcissure de mes exemples, et que j'ay en particulière affection ceste matière. Si j'estoy faiseur de livres, je feroy un registre commenté des morts diverses. Qui apprendroit les hommes à mourir, leur apprendroit à vivre. Dicearchus en feit un de pareil tiltre, mais d'aultre et moins utile fin 2.
On me dira que l'effect surmonte de si loing la pensée qu'il n'y a si belle escrime qui ne se perde quand on en vient là. Laissez les dire ; le préméditer donne sans doubte grand advantage 5 et puis, n'est ce rien d'aller au moins jusques là sans altération et sans fiebvre? Il y a plus ; nature mesme nous preste la main et nous donne courage ; si c'est une mort courte et violente, nous n'avons pas loisir de la craindre ; si elle est aultre, je m'apperceoy qu'à mesure que je m'engage dans la maladie j'entre naturellement en quelque desdaing de la vie. Je treuve que j'ay bien plus à faire à digérer ceste resolution de mourir quand je suis en santé que quand je suis en fiebvre ; d'autant que je ne tiens plus si fort aux commodités de la vie, à raison que je commence à en perdre l'usage et le plaisir, j'en veoy la mort d'une beaucoup moins effroyée. Cela me faict espérer que plus je m'esloingneray de celle là et approcheray de ceste cy, plus ayséement j'entreray en compo •: sition de leur eschange. Tout ainsi que j'ay essayé, en plusieurs aultres occurrences, ce que dict César ^, que les choses nous paroissent souvent plus grandes de loing que de près ; j'ay treuve que sain j'avois eu les maladies beaucoup plus en horreur que lors que je les ay senties. L'alaigresse où je suis, le plaisir et la force, me font paroistre l'aultre estât si disproportionné
(1) Voyez plus haut, dans une note de ce chapitre, le texte d'Hérodote, II, 78. J. V. L.
(2) CicÉROS, de Offic. II, S. C.
(3J De liello GclL, vn, 84. C.
LIVKE I, CHAP. XIX.
il celity là que par imagination je grossis ces incommodités de la moitié et les conceoy plus poisantes Que je ne les treuve quand je les ay sur les espaules. J'tsperc qu'il m'en adviendra ainsi de la mort.
Veoyons, à ces mutations et déclinaisons ordinaires que nous souffrons, comme nature nous desrobe la veue de nostre perte et empirement. Que reste il à un vieillard de la vigueiy de sa ■unesse et de sa vie passée?
Ueu! setiibus vitœ poriio quanta manet':
César, à un soldat de sa garde, recreu et cassé, qui veint en la rue luy demander congé de se faire mourir, regardant son maintien descrepite, respondit plaisamment : « Tu penses doncques estreen vie*?» Qui y tumberoit tout à un coup, je ne crois pas que nous feussions capables de porter un tel changement ; mais conduicts par sa main, d'une doulee pente et comme insensible, peu à peu, de degré en degré, elle nous roule dans ce misérable estât et nous y apprivoise, si que nous ne sentons aulcune secousse quand la jeunesse meurt en nous, qui est , en essence et en vérité, une mort plus dure que n'est la mort entière d'une vie languissante, et que n'est la mort de la vieillesse ; d'autant que le sault n'est pas si lourd du mal estre au non estre, comme il est d'un estre doulx et fleurissant à un estre pénible et douloureux. Le corps courbe et plié a moins de force à soustenir un fais; aussi a nostre ame; il la fault dresser et eslever contre l'effort de cest adversaire. Car, comme il est impossible qu'elle se mette en repos pendant qu'elle le craint, si elle s'en asseure aussi, eUese peult vanter ( qui est chose comme surpassant l'humaine condition) qu'il est impossible que l'inquiétude, le torment et la peur, non le moindre desplaisir, loge en elle
Kon imltus instantis tyranni
Menu quatit solidd, neque Ausler^ Dux inquieli lurbidus Adrice, Nec fulminaniis magna Jovismanus^;
elle est rendue maistresse de ses passions et concupiscences ; maistresse de l'indigence, de la
(1) Ah! qu'a reste aux Tieillards peu de part en la viel MAxuaA>-., tel Pseiido-Gallus, 1, 16.
(8) StuQCE, Epia. 77. G.
(3) Ni le regard cruel d'un tyran, ni Tautan furieux qui boulererse les mers, rien ne peut ébranler sa constance, non pa* in.'-rae la main terrible, la main foudroyante de iupiler. Hor., fJd.,UI, 3. 3.
^ honte, de la pauvreté et de toutes aultres inju>
! res de fortune. Gaignons cest advantage, qui
' pourra. C'est icy b vraye et souveraine liberté
i qui nous donne de quoy faire la figue à la force
! et à l'mjiutiee et nous mocquer des prisons et
î des fers :
In manicis et Compedibus, scevo te sub custode teneho. Ipse deus, simul atque volant, me solvet, Opinor, Hoc sentit : Moriar, Mors ullima linea rentm est ».
Nostre religion n'a point eu de plus asseuré fondement humain que le mespris de la vie. Non seulement le discours de la raison nous y appelle ; car pourquoy craindrions nous dp perdre une chose, laquelle perdue ne peult estre regrettée? Mais aussi, puisque nous sommes menacés de tant de. façons de mort, n'y a il pas plus de mal à les craindre toutes qu'à en soustenir une? Que cUault il quand ce soit, puisqu'elle est inévitable? A celuy qui disoit à Socrates : « Les trente tyrans t'ont condemné à la mort ; — Et nature, eulx, » respondit il*. Quelle sottise de nous peiner sur le poinct du passage à l'exemption de toute peine ! Comme nostre naissance nous apporta la naissance de toutes choses, aussi fera la mort de toutes choses nostre mort. Parquoy c'est pareille folie de pleurer de ce que d'icy à cent ans nous ne vivrons pas, que de pleurer de ce que nous ne vivions pas il y a cent ans. La mort est origine d'une aultre vie ; ainsi pleurasmes nous, ainsi nous cousta il d'entrer en ceste cy, ainsi nous despouillasmes nous de nostre ancien voile en y entrant. Rien ne peult estre grief qui n'est qu'une fois. Est ce raison de craindre si long temps chose de si brief temps? Le longtemps vivre et le peu de temps vivre est rendu tout un par la mort ; car le long et le court n'eirt point aux choses qui ne sont plus. Aristotedict qu'il y a des petites bestes sur la rivière Hypanis qui ne vivent qu'un jour ; celle qui meurt à huict heures du matin, elle meurt en jeunesse ; celle qui meurt à cinq heures du soir meurt en
(1) Je te chargerai de chaînes aux pieds et aux mains, je le livrerai à un geôlier cruel. — tJn dieu me délivrera, dès qœ je le voudrai. — Ce dieu, je pense, est la mort : la mort est le terme de toutes choses. Hua. Episl., 1, 16, 76.
{il Socrate ne fut pas condamné ii la mort par les trente tyrans, mais par les Athéniens. ns>; rôv tiiri'rr», e«y»r2v «i-j xiTEpoxiav A'dïT'atoi; Kaxtivwv, orMt, r, 9W(I^ : QueUj«'»M ayaniditàSocrate: Les Athéniens t'ont condamné à lamori;— El la nature, eux, répondit Socrate. DuKiWELiMCE. 11,35 l'as:., Tutad., l, 40. C,
ESSAIS DE MOINTAIGINE,
sa décrépitude*. Qui de nous ne se mocque de veoir mettre en considération d'heur ou de malhear ce moment de durée? Le plus et lé moins en la nostre, si nous la comparons à l'éternité ou encores à la durée des montaignes, des rivières, des estoiles, des arbres et mesme d'aulcuns animaulx, n'est pas moins ridicule 2.
Mais nature nous y force. « Sortez, dict elle, de ce monde, comme vous y estes entrés. Le mesme passage que vous feistes de la mort à la vie, sans passion et sans frayeur, refaictes le de la vie à la mort. Vostre mort est une des picces de l'ordre de l'univers ; c'est une pièce de la vie du monde.
Inter se morlales mutua vivunt.
Et, quasi cursores, vilaî lampàda tradunt^.
Changeray je pas pour vous ceste belle contexture des choses? C'est la condition de vostre création; c'est une partie de vous que la mort; vous vous fuyez vous mesmes. Cestuy vostre estre, que vous jouyssez, est également party à la mort et à la vie. Le premierjour de vostre naissance vous achemine à mourir comme à vivre.
Prima, quœ vilam dédit, hora, carpsiti.
Nascentes morimur; fitiisque ab origine pendet^.
Tout ce que vous vivez, vous le desrobez à la vie; c'est à ses despens. Le continuel ouvrage de vostre vie, c'est bastir la mort. Vous estes en la mort pendant que vous estes en vie ; car vous estes après la mort quand vous n'estes plus en vie ; ou, si vous l'aimez mieulx ainsi, vous estes mort après la vie ; mais pendant la vie, vous estes mourant, et la mort touche bien plus rudement le mourant que le mort, et plus vifvement et essentiellement. Si vous avez faict vostre proufit de la vie, vous en'estes repeu ; allez vous en satisfaict.
Cur non ut plenus vitœ conviva recedis ^ ?
(1) CicÉROs, Tuscul., I, 39. C.
^) SÉNiSQUE, Comol. ad Marciam, c. 20. J.V. L.
(3) Les mortels se prélent la vie pour un moment; c'est la course des jeux sacrés, où l'on se passe de main en main le flambeau. Lucrèce, II, 75, 78.
(4) L'heure qui nous a donné la vie, l'a déjà diminuée. Sémè- QUE, Hercul. fur.,ac[. III, chor., v. 874.
(5) Naître, c'est commencer de mourir; le dernier moment de notre vie est !a conséquence du premier, manilius, Astronomie.,1\, 16.
(6) Pourquoi ne sortez-vous du festin de la vie comme un culivive rassasié ? Lie, III, f)5i.
Si vous n'en avez sceu user, si elle vous estoit inutile, que vous chault il de l'avoir perdue? à quoy faire la voulez vous encores?
Cur amplius addere quœris, Rursùm quodpereat maie, et in'jralumoccidatemne^f
La vie n'est de soy ny bien ny mal ; c'est la place du bien et du mal, selon que vous la leur faictes. Et si vous avez vescu un jour, vous avez tout vcu ; un jour est égal à touts jours . Il n'y a point d'aultre lumière ny d'aultre nuict ; ce soleil, ceste lune, ces estoiles, ceste disposition, c'est celle mesme que vos ayeuls ont jouye et qui entretiendra vos arriere-nepveux.
Kon alium vidêre patres, aliumve nepoles Adspicient ».
Et au pis aller, la distribution et variété de touts les actes de mk comédie se parfournit en un an. Si vous avez prins garde au bransle de mes quatre saisons, elles embrassent l'enfance, l'adolescence, la virilité et la vieillesse du monde; il a joué son jeu; il n'y sçait aultre finesse que de recommencer; ce sera tousjours cela mesme.
Yersamur ibidem, atque insumus usquè^.
Alqiie in se sua per vestigia volvitur amms^.
Je ne suis pas délibéré de vous forger aultres nouveaux passetemps :
iN'am tibi prœtereà quod machiner, inveniamque, Quodplaceat, nihil est : eadem sunt omnia semper^.
Faictes place aux aultres, comme d'aultres vous l'ont faicte. L'equalité est la première pièce de l'équité. Qui se peult plaindre d'estre comprins où touts sont comprins? Aussi avez vous beau vivre, vous n'en rabbattrez rien du temps que vous avez à estre mort ; c'est pour néant ; aussi long temps serez vous en cest estât là que vous craignez, comme si vous estiez mort en nourrice :
(1) Pourquoi vouloir multiplier des jours que vous laisseriez |x?rdrc de même sans en mieux profiter? Licrèce, III, 954.
(2) Vos neveux ne verront que ce qu'ont vu vos pères.
Maml., 1, 539.
(3) L'homme tourne toujours dans le cercle qui renferme. Lucrèce, 111, 1093.
(4) L'année recommence- sans cesse la route qu'elle a parcourue. ViRC, Géorgie, II, 402.
(o) Je ne puis rien trouver, rien produire de nouveau en votr« faveur; ce sont, ce seront toujours les mêmes plaisirs. LicRÉcii III, 957.
LIVKt: I, CHAI'. XIX.
Lleei quot lit livendo tincere secla.
Mon œivrna lumen nihilorriinUs illa manebil '.
Et si VOUS mettray en tel poinct, auquel vous n'aurez aulcun mescontentement ;
tu verà neiCii nullum fore morie alimn le. Qui posait viints tibi te lugere peremptum, Slansque jacentem • .»
ny ne désirerez la vie que vous plaignez tant ;
Xec sibi enim quisquam lùm se, vitamque reqtÊr't,
yec desidirium nostii nos afficil ullum'\
La mort est moins à craindre que rien, s'il y jiN oit quelque chose de moins que rien ;
Mulio, . . . mortem minus ad nos esse pulandum. Si minus esse potest quàm quod nihil esse videmus i;
elle ne vous concerne ny mort ny vif; vif, parce que vous estes; mort, parce que vous n'estes plus. Davantage, nul ne meurt avant son heure ; ce que vous laissez de temps n'estoit non plus | vostre que celuy qui s'est passé avant vostre naissance et ne vous touche non plus.
Respice enim, quàm nil ad not anteacta vetustas Ttmporis ce terni fueriti.
OÙ que vostre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace ; elle est en l'usage ; tel a vescu longtemps, qui a peu vescu. Attendez vous y pendant que vous y estes; il gist en vostre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vescu. Pensiez vous jamais n'arriver là où vous alliez sans cesse ? encores n'y a il chemin qui n'ayt son issue. Et si la compaignie vous peult soulager, le monde ne va il pas mesme train que vous allez?
Omnia te, vitâ perfunclà, sequentur'^
Tout ne bransle il pas vostre bransle? y a il chose qui ne vieillisse quand et vous? mille hommes, mille animaux et mille aultres créait) Vivez autant de siècles que vous voudrez, la mort, après celle longue vie, nen restera pas moins éternelle. Llcrece,
(i) Se savez-vous pas q»ie la mort ne laissera pas subsister un autre vous-même, qui pufsse, vivant, gémir sur votre trépas et pleurer debout sur votre cadavre? LtCRicE, m, 898.
p) Alors nous ne nous inquiétons ni de la vie ni de nous-
BK-mes ; alors il ne nous reste aucun regret de l'existence.
LtCRitii, lU, 932, 935.
Hi ixcRÈCE, m, 939. La phrase précédente est la traduction de ces deùi vers.
(5) Considérez les siècles sans nombre qui nous ont précédés ; 1" M)iii-4ls pas pour nous comme s'ils n'avaient jamais été? J-LCa£CE, III, 9tô.
[ti: Les race* futures vopl vous suivre. UCRéce, in, 581.
turcs meurent en ce mesme instant que vous mourez.
Xam nox nulla dian, tteque noctem aurora tequuta est, Quœ non audierit mizios vagitibus œgris Ploraius, mortit comités et funerit atri\
A quoy faire y reculez vous, si vous ne pouvez tirer arrière? Vous en avez assez veu qui se sont bien trouvés de mourir, eschevant^par là des grandes misères ; mais quelqu'un qui s'en soit mal trouvé, en avez vous veu ? si est ce grand" simplessc de condemner chose que vous n'avez esprouvée ny par vous,ny paraultre. Pourquoy te plains tu de moy et de la destinée? Te faisons nous tort? Est ce à toy de nous gouverner ou à nous toy? Encores que ton aage ne soit pas achevé, ta vie l'est ; un petit homme est homme entier comme un grand ; ny les hommes ny leurs vies ne se mesurent à l'aulne. Chiron refusa l'immortalité, informé des conditions d'icelle par le dieu mesme du temps et, de la durée, Saturne son père. Imaginez, de vray, combien seroit une vie perdurable moins supportable à Phomme et plus pénible que n'est la vie que je luy ay donnée^. Si vous n'aviez la mort, vous me mauldiriez sans cesse de vous en avoir privé ; j'y av à escient meslé quelque peu d'amertume pour vous empescher, veoyant la commodité de son usage, de l'embrasser trop avidement et indiscrettement. Pour vous loger en ceste moderation, ny de fuir la vie, ny de refuir à la mort, que je demande de vous, j'ay tempéré l'une et l'aultre entre la douceur et l'aigreur. J'apprins à Thaïes, le premier de vos sages, que le vi\Te et le mourir estoit indiffèrent ; par où, à celuy qui luy demanda pourquoy doncques il ne mouroit, il respondit très sagement : Pource qu'il est indiffèrent*. L'eau, la terre, l'air et le feu et aùhres membres de ce mien bastiment, ne sont non plus instruments de ta vie qu'instruments de ta mort. Pourquoy crains tu ton dernier jour? il ne confère non plus à ta mort que chascun des aultres; le dernier pas ne faict pas la lassi-
(1) Jamais l'aurore, jamais la sombre nuit n'ont visité ce glot)e sa» entendre à la fois et les cris plaintifs de l'enfanca au berceau et les sanglots de la douleur éplorée auprès d'un cercueil. Lccrèce, V, 579.
(2) Esquivant, évitant. E. J.
(3) Si nous étions immortels, nous serions des êtres très
misérables Si l'on nous offrait l'inuDortalité sur la terre,
qui est-ce qui voudrait accepter ce triste présent 7 etc. Boiosuxt, Emile, liv. II.
r4> nincÉxç UiEare, I,3a. Q.
ESSAIS DE MONTAIGNE
tude, illa déclare. Touts les jours vont à la mort ; le dernier y arrive < . » Voy là les bons advertissements de nostre mère nature.
Or j'ai pensé souvent d'où venoit cela, qu'aux guerres le visage de la mort, soit que nous la veoyions en nous ou en aùltruy, nous semble sans comparaison moins effroyable qu'en nos maisons (aultrement ce seroit une armée de médecins et de pleurars) ; et, elle estant tousjours une, qu'il y ait toutesfois beaucoup plus d'asseurance parmy les gents de village et de basse condition qu'es aultres. Je crois, à la vérité, que ce sont ces mines et appareils effroyables dequoy nous l'entournons qui nous font plus de peur qu'elle^: une toute nouvelle forme de vivre; les cris des mères, des femmes et des enfants ; la Visitation de personnes estonnées et transies; l'assistance d'un grand nombre de valets pasles et esplorés; une chambre sans jour ; des cierges allumés; nostre chevet assiégé de médecins et de prescheurs; somme, tout horreur et tout effroy autour de nous; nous voylà desja ensepvelis et enterrés. Les enfants ont peur de leurs amis mesmes quand ils les veoyent masqués; aussi avons nous 2. Il fault oster le masque aussi bien des choses que des personnes ; osté qu'il sera, nous ne trouverons au dessoubs que ceste mesme mort, qu'un valet ou simple chambrière passèrent dernièrement sans peur. Heureuse la mort qui oste le loisir aux apprests de tel équipage !