‹ OEuvres. Vec une notice biographiqueChapitre 79 sur 402 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

rdon, amour, pardon; ô Seigneur! je te vow rvsip de mes an, au voix et mes escripls, - .-.iiiid'Ms, met aoMiMrs, mes larmes et mes cris; ico, heo tenir d'aulcun, que de toy, je n'adroue.

'--' r ■■■"^nt de moy ma fortune se joue!

- longtemps, amour, je me suis ris.

V . j«' le Tpoy, je me rends. Je sols pris. p gardé mon coeur, or je le desadroue.

j'ay pour le garder retardé ta victoire, l'en iraiite plus mal, plus grande en est ta gloire; : d du premier coup tu ne m'as abbattu,

ose qu'un bon vainqueur, et na; pour estre grand, Il nouveau prisonuier, quand un coup il se rend, ii prise et Fayme mieolx , sH a bien combattu.

■5t aiuour, c'est amour, c'est loy seul , je le sens : lis le plus vif amour, la poison la plus forte,

\ qui ODcq pauvre cœur ait ouverte la porte.

^c cruel n'a pas mis un de ses traicts perçants,

Mais arc, iraicts et carquois, et luy tout dans ohv jcU:, , Socor un mois n'a pas que ma franchis' t.. morte, i

Que ce venin mortel dans mes"-^»»^» je porte, Et de^ f ay perdu et le co'ur et le sens.

Et quoy? si cest amour à mesure croissoit, '

Qui en si grand tourment dedans moy se conçoit?

0 crmstz, si tu peulx croistre, et amende en cnHssanL

Ta te nourris de pleurs, des pleurs je te promets, Et pour te refreschir , des souspirs pour jamais : Hais que le plus grand mal soit au moins en naissant.

C'est tiaict , mou ooeur, quittons la lib^léL Dequoy mesimy serviroit la deffeoce , Que d'agrandir et la peine et l'offenoe? Plus ne suis fort , ainsi que j'ay esté.

La raison feust on temps de mon costé : Or, révoltée, elle veut que je pense Qu'il fauli servir et prendre en recompense Qu'oncq d'un tel nœud nui ne feust arreslé.

S'il se fault rendre , alors D est saison , Quand on n'a plus devers soy la raison. 4e veoy qu'amour, sans que je le deserve.

Sans aulcun droict se vient saisir de moy ; Et veoy qu'enoor ii fault à ce grand roy. Quand il a tort , que la raison luy serve.

W SippràDésdans la plupart des éditions qui suivirent celle * **?' '•y * Mfcetftné ceue note: a Ces vingt-neuf sounet» aEsUenue de La Boétie, qui e&tuient mi» eu ce lien, ont erté depuis imprimés avec ses œuvres. »

C'estoU alors , qoad, let cfealenrs paaetes. Le cale Aolooine aox cures va foulant Le raisin gras dessoubs le pied coulant , Que mes douleurs fiirent eocommencées.

Lcp^tan bat ses gerbes '■ Et ao:^ caveaox ses bouillanls muis roulant , Et des fhiitiers sou automne croulant , Se venge lors aes peines advancées.

Seroit ce point un présage donné

Que mon espoir est de^i moissonné ?

Son, certes, non. liais pour certain, je pense,

J'auray, si bien à deviner j'entends ,

Si km peult rien pi-ognostiquer du temp» ,

Quelque grand fruict de ma longue espérance

J'ay veu ses yeulx perçants , j'au veu sa face Kul jamais , sans sou dam , ne regarde les dieux : Froid , sans cœur me laissa son odl victorieux. Tout estoordy du coup de sa forte lumière.

Comme un surjiris de nuict aux ctiamps , quand Qesdaire, Estoujcé, se pallist , si la flecbe des deulx Sifflant luy passe contre et luy serre les yeolx ; 11 tremble et veuit transi Jupiter en cboiere.

Dy moy. Madame, au vray, dy moy, si tes yeulx vejrls lie sont pas ceulx qu'on dict que l'amour tient couverts Tu les avots, je croy, la fois que je t'ay veue ;

Au moins il me souvient qu'il me feust lors advis Qu'amour, tout à un coup, quand premier je te vis. Desbanda dessus moy et son arc et sa veoe.

Ce dict maint un de moy, dequoy se plainct il tant* Perdant ses ans meilleurs en chose si legiere î Qu'a il tant à crier, si encore il espère ? Et sll n'espère rien , pourqooy n'est 3 eontfct ?

Quand j estois libre et sain, j'en disois bien aulanl. Mais, certes, celuy là n'a la raison entière, Ains a le cceur gasté de quelque rigueur fiere. S'il se plainct de ma plaincte, et mon mal fl n'entend.

Amour tout à un coup de cent douleurs me point , Et puis l'on m'advertit que je ne crie point Si vain je ne suis pas que mon mal s'agrandisse

A foroe de parier : s'on m'en peuU exen^tler, Je quitte les sonnets , je quitte le cbanier ; Qui me delfend le deuil, celuy là me guérisse.

yn

Quant acharner ton lospar (ii^ je nfadventure, iiaas nser ton grand non dans mes vers expriicer» Sondant fe moins pntûad de œste large ser. Je tremble de m'y perdre et aux rives m'assture.

ESSAIS DE MOINTAIGINE,

Je crains , eu louant mal , que je le face injure. Jlais le peuple estonné d'ouïr laiil l'eslimcr, Arclenl de le cognoislre , essaye à le nommer , Et clierdiant ton sainct nom ainsi à l'adventure,

Esbloui n'atteint pas h veoir chose si claire; Et ne te trouve point ce grossier populaire, Qui , n'ayant qu'un moyen , ne veoit pas celuy là :

C'est que , s'il peult trier , la comparaison faicte Des parfaictes du monde, une la plus parfaicte. Lors , s'il a voix , qu'il crie hardiment : la voylà.

Quand viendra ce jour là , que ion nom au vray passe Par France, dans mes vers? combien et quanlesfois S'en empresse mon cœur, s'en démangent mes doigts? Souvent dans mes escripts de soy mesme il prend place.

Maugré moy je t'escris , maugré moy je t'efface. Quand Aslrée viendroit , et la foy et le droict , Alors joyculx , ton nom au monde se rendroit. Ores, c'est à ce temps, que cacher il le face,

C'est à ce temps maling une grande vergoigne. Donc , Madam i , tandis lu seras ma Dourdouigne. Toutesfois laisse moy, laisse moy ton nom mettre;

Aye pitié du temps : si au jour je te mets , Si le temps ce cognoisl , lors je le promets , Lors il sera doré, s'il le doibt jamais estre.

O , entre les beautés , que la constance est belle! C'est ce cœur asseuré , ce courage constant , C'est , parmy tes vertus , ce que l'on prise tant : Aussi qu'est il plus beau qu'une amitié lidelle ?

Or , ne charge donc rien de ta sœur infldelle ,

De Vesere « ta sœur : elle va s'escartant

Tousjours flottant mal seure en son cours inconstant.

Vcoy tu comme à leur gré les vents se jouent d'elle?

Et ne te repens point, pour droict de ton aisnage. D'avoir desjà choisy la constance en partage. Mesme race porta l'amitié souveraine

Des bons jumeaux , desquels l'tm à l'autre despart Du ciel et de l'enfer la moitié de sa part ; Et l'amour diffamé de la trop belle Heleine.

Je veois bien , ma Dourdouigne , encor humble tu vas ; De te monstrer Gasconne en France, tu as honte. Si du ruisseau de Sorgue on fait ores grand conte , Si a il bien esté quclquesfois aussi bas.

Veoys lu le petit Loir conmie il haste le pas? Comme desjà parmy les plus grands il se conte?

(t) La Vézère est une rivière qui se jelte dans la Dordogne à Limeuil, à trois lieues de Belvez, en périgord. On a vu dans le sonnet précédent que La Boëtie adoptait le nom de Dor- Uogne pour désigner celle qu'i' aimait. J. V. L.

Comme il marche liaullain d'une course plus promple Tout à costé du Mince , et il ne s'en plaincl pas ?

Un seul olivier d'Arne , enté au bord de LoIfc , Le faict courir plus brave et luy donne sa gloire '. Laisse, laisse moy faire, et un jour, ma Dourdouigne ,

Si je devine bien , on te cognoistra mieulx ;

Et Garonne, et le nhone, et ces aultres grands dieux

En auront quelque envie, et possible vergoigne,

Toy qui oys mes souspirs , ne me sois rigoureux ; Si mes larmes à part toutes miennes je verse , Si mon amour ne suit en sa douleur diverse Du Florentiu transi les regrets langoureux ,

Ny de Catulle aussi, le folastre amoureux,' Qui le cœur de sa dame en chatouillant luy perce , Ny le sçavant amour du migregeois Properce»; Ils n'ayment pas pour moy,. je n'aymc pas pour eujx.

Qui pourra sur aultruy ses douleurs limiter : Celuy pourra d'aullruy les plaincles imiter : Cliascun sent son tourment et sait ce qu'il endure ;

Chascun parla d'amour ainsi qu'il l'entendit.

Je dis ce que mon cœur , ce que mon mal me dicU

Que celuy ayme peu qui ayme à la mesure : ;

Quoyî qu'est ce? ô vents! ô nues ! ô l'orage! A poinct nommé, quand d'elle m' approchant, Les bois, les monts, les baisses vois tranchant, Sur moy d'agucst vous poussez votre rage ,

Ores mou cœur s'embrase davantage.

Allez , allez faire peur au marchand , Qui dans la mer les tliresors va cherchant ; Ce n'est ainsi qu'on m'abbat le courage.

Quand j'oys les vents , leur tempeste et leurs cris De leur malice en mon cœur je me ris. Me pensent ils pour cela faire rendre ?

Face le ciel du pire et l'air aussi :

Je veulx , je veulx , et le declaire ainsi ,

S'il faut mourir, mourir comme Leandre.

Vous qui aymer encore ne sçavez , Ores m'oyant parler de mon Leandre , Ou jamais non , vous y debvez apprendre , Si rien de bon dans le cœur vous avez.

11 oza bien , branlant ses bras lavés , Armé d'amour , contre l'eau se deffendre , Qui pour tribut la fille voulut prendre , Ayant le frère et le mouton sauvés.

(1) C'est, je crois, une allusion aux Amours de Ruasa«| J. V. L.

(2) Properoe, imitateur des poètes grecs . et surtout de C| limaque et de Philëtas. i. V. L.

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