‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 121 sur 999 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Sous le poids des douleur* j'ai si longtemps plié, Que pour moi le bonheur est un mot oublié.

Quand la lente infortune a creusé notre joue, Sillonné notre coeur, crois-tu qu'on la secoue, Gomme le voyageur, de son chemin lassé, Ferait d'un peu de poudre à ses pieds amassé ? — Dis cependant.

MONALDESCHI

Paula, je hais mon esclavage.

Porter toujours un masque, et jamais un visage, Me gêne, et l'avenir, que d'ici j'entrevois, Déjà sur mon présent pèse de tout son poids.

Lasse de son repos, Christine, qui conspire, Sur elle ne me peut pardonner mon empire; Toujours un mot amer, un regard courroucé, Soulèvent de son coeur mon amour repoussé; Et pour se dérober à son propre anathème, Elle verse sur moi le mépris d'elle-même.

Pour oublier les siens, elle me fait des torts : 11 lui faut toujours là quelqu'un pour ses remords. Le vieillard l'avait dit de sa voix solennelle, Que rheure du regret arriverait pour elle ; Que manqueraient un jour, cherchés par elle en vain, La couronne à son front, et le sceptre à sa main. Aussi dans son ennui maintenant que fait-elle? Souillant son avenir d'une tache immortelle, Pour ressaisir un sceptre imprudemment quitté, Christine sourdement conspire.

f aula, avec indifférence.

En vérité, Je ne sais pas, marquis, ce que vous voulez dire. Eh! que me font à moi les débats d'un empire ?

MONALDESCHI

Mais ce n'est point à moi qu'ils importent si peu. Tous ces débats de roi ne me sont point un jeu, Qu'en leurs destins divers mon regard accompagne Sans qu'il soit inquiet de qui perd ou qui gagne. Je vis et je touchai le trône de trop près, Pour m'en être éloigné sans d'éternels regrets.

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