‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 479 sur 999 · BURIDAN, GAULTIER · texte numérisé non relu

BURIDAN, GAULTIER

buridan, souriant.

Je croyais que vous connaissiez mon nouveau titre et mon nouveau nom, messire Gaultier; je me trompais, ce me semble; depuis ce matin on me nomme Lyonnet de Bournonville et l'on m'appelle premier ministre.

Peu m'importe de quel nom on vous nomme ,

peu m'importe quel litre est le vôtre, vous êtes un

homme qu'un autre homme vient sommer de tenir

sa promesse : étes-vous en mesure de la remplir?

buridan.

Je vous ai promis de vous faire connaître le meurtrier de votre frère.

GAULTIER

Ce n'est pas cela : vous m'avez promis autre chose.

buridan.

Je vous ai promis de vous dire comment Enguer-

rand de Marigny est passé en un jour du palais du Louvre au gibet de Montfaucon.

GAULTIER

Ce n'est point cela : qu'il soit coupable ou non, c'est un débat entre ses juges et Dieu ; tous m'avez promis autre chose.

buridan.

Est-ce de vous apprendre comment l'homme arrêté par vous hier est aujourd'hui premier ministre?

GAULTIER

Non, non : que ses moyens lui viennent de Dieu ou de Satan, peu m'importe; il y a dans tout cela des secrets terribles que je ne veux pas approfondir : mon frère est mort, Dieu le vengera ; Marigny est mort, Dieu le jugera. Ce n'est pas cela ; vous m'avez promis autre chose.

BURIDAN

Expliquez-vous.

GAULTIER

Vous m'avez promis de me faire voir Marguerite.

buridan.

Ainsi votre amour pour cette femme étouffe tout autre sentiment!... L'amitié fraternelle n'est plus qu'un mot , les intrigues sanglantes de la cour ne sont plus qu'un jeu... Oh ! vous êtes bien insensé !

GAULTIER

Vous m'avez promis de me faire voir Marguerite.

BURIDAN

Avez-vous besoin de moi pour cela? ne pouvezvous entrer par la porte secrète de l'alcôve, où tremblez-vous que, cette nuit comme l'autre, Marguerite ne rentre pas au Louvre?

Gaultier, anéanti.

Qui t'a dit cela?

RURIDAN.

Celui avec lequel Marguerite a passé la nuit

GAULTIER

Blasphème ! ... mais c'est toi qui es fou, Buridan.

BURIDAN

Calme-toi, enfant; et ne tourmente pas ton épée dans le fourreau... C'est une femme belle et passionnée que Marguerite, n'est-ce pas? Que t'a-t-eHe dit quand tu lui as demandé d'où lui venait cette blessure à la joue?

GAULTIER

Mon Dieu ! mon Dieu f prenez pitié de moi.

BURIDAN

Sans doute elle t'a écrit?

GAULTIER

Que t'importe?

BURIDAN

Cest d'un style magique et ardent qu'elle peint la passion , n'est-ce pas ?

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