‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 525 sur 999 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

cètés par mon manteau impérial ; chacun réclame un troue, ou pour le moins un grand-duché. Il semble , à entendre mes frères , que j'aie mangé l'héritage du feu roi notre père. Eh bien ! le moyen de contenir toutes ces ambitions, de réaliser toutes les espérances, c'est la guerre, la guerre toujours ! — Et croyex-vous donc que je n'en sois pas las de la guerre? L'empereur Alexandre pèse seul au sommet de l'immense édifice que j'ai élevé : il y pesé jeune, plein de vie. Ses forces augmentent encore , quand déjà les miennes décroissent. Il n'attend que ma mort pour arracher à mon cadavre le sceptre de l'Europe. Il faut que je prévienne ce danger, quand l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Prusse et l'Autriche marchent sous mes aigles, — et que je consolide le grand empire en rejetant Alexandre et la puissance russe, affaiblie par la perte de toute la Pologne, au delà du Borysthène.

CAULAINCOURT

Votre Majesté parle de sa mort, et si sur le champ de bataille où elle s'expose comme le dernier de ses soldats...

NAPOLÉON

Vous craignez la guerre pour mes jours ! C'est ainsi qu'au temps des conspirations on voulait m'effrayer de Cadoudal. Il devait tirer sur moi; eh bien ! il aurait tué mon aide de camp. Quand

mon heure sera venue, une fièvre , une chute de cheval à la chasse me tueront aussi bien qu'un boulet. — Les jours sont écrits.

CAULAINCOURT

Sire...

napoléon, le conduisant à une fenêtre.

Voyez-vous là-haut cette étoile?

CAULAINCOURT

Non, sire.

NAPOLÉON

Regardez bien. '

CAULAINCOURT

Je ne la vois pas, sire.

NAPOLÉON

Eh bien ! moi je la vois. — Passons au salon , l'heure de la réception est arrivée.

( Ils entrent au salon du fond. — La porte reste

ouverte, et l'huissier annonce successivement : )

Sa Majesté le roi de Saxe,

JSa Majesté le roi de Wurtemberg,

Sa Majesté l'empereur d'Autriche,

Sa Majesté le roi de Naples,

Sa Majesté le roi de Bavière,

Sa Majesté le roi de Prusse.

(A mesure qu'un roi entre, Napoléon le reçoit; il

apparaît un instant au milieu d'eus, et le théâtre

change. )

SIXIÈME TABLEAU

Les hauteurs de Borodino.

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