‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 596 sur 999 · SCÈNE IL ERNESTINE, ALFRED · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ERNESTINE, ALFRED

KllfBSTTHI.

Mais si l'on vous voyait entrer chez moi par cette porte dérobée, que voudriez-vous qu'on pensât?

ALFBBB.

Il m'aurait fallu faire le tour par le grand escalier.

EBltBSTIHB.

Au fait, ce serait prendre trop de peine, quand il ne s'agit que de l'honneur d'une femme.

alèses.

Est-ce pour me faire faire un cours de prud'homie que vous m'avez dérangé?

B1RB8TINB.

Dérangé... le mot est gracieux.

ALFBEB.

Il a le mérite d'exprimer exactement ma pensée.

EBltBSTIltE.

Et vous ne prenez plus la peine de la cacher, n'est-ce pas?

alfbeb , $e venant du thé.

Ma chère Ernestine , vous êtes , depuis quelques jours , dans une disposition d'esprit bien fâcheuse.

BBlflSTIHB.

Vous mettez tant de soin à l'entretenir!

ALFBBB.

Prenez-vous une tasse de thé?

B1HX8TINB.

Merci.

ALFBBB , feuilletant le journal.

Ah ! il est question de votre mari.

BBltESTTRB.

Du marquis de Rieux? — Et comment?

11 suit la famille déchue.

BBRBSTIHB.

Dans sa position auprès d'elle , c'est presque un devoir.

ALFBBB.

Qu'il remplit par ostentation.

BBRESTIltB. I

Vous calomniez jusqu'au dévouement.

ALFBBB.

Jusqu'à ce qu'on m'en cite un véritablement désintéressé.

BB1IBST11IB.

Celui du marquis. j

ALFBBB.

Pourquoi plus qu'un autre?

EBEBSTIHB.

Mais c'est celui du lierre qui s'attache aux débris.

ALFBBB.

Parce qu'il ne sait comment s'acçrocheraux murs neufs.

EBRESTME.

Athée!

ALFBBB.

Sceptique , tout au plus. — Hélas! la vie humaine est ainsi faite , Ernestine ; sa superficie est resplendissante de passions généreuses et d'actions désintéressées. — C'est l'eau d'un étang dont la surface reflète les rayons du soleil. — Mais, regardes au fond, elle est sombre et boueuse. Certes, votre mari fera sonner bien haut son attachement à ses princes légitimes , son exil volontaire près d'un exil forcé ; en le répétant aux autres , il finira peut-être par croire lui-même qu'il est un modèle de générosité; il ne fera pas attention que sa grandeur d'âme n'est qu'un composé de petites bassesses; qu'il bâtit une pyramide avec des cailloux. Il y a plus; si quelqu'un allait lui dire : Vous quittez la France , non que vous soyez dévoué à vos princes légitimes, non parce que les grands malheurs réclament les grands dévouements, mais parce que votre titre de marquis vous fait plaisir à entendre prononcer, et qu'à la cour du roi déchu seulement, on vous appellera marquis ; parce que vous aviez trois ou quatre croix qui ne vont bien que sur un habit à la française, et que vous tenez à conserver votre habit à la française et à porter vos croix, qui font la seule différence qui existe entre vous et le valet de chambre de Sa Majesté; parce que toutes vos habitudes enfin étaient enfermées dans un cercle qui s'est déplacé, et que vous avez suivi, comme l'atmosphère suit la terre. Je crois que celui qui lui dirait cela rétonnerait tout le premier.

BBRBSTIHB.

Mais je ne vous ai jamais entendu parler ainsi.

C'est que pour la première fois je pense tout haut devant vous.

EBIfEStflfB.

Oh ! si je vous avais connu!...

ALFBED.

Eh bien?

EBlfESTlNE.

Je ne vous eusse pas aimé, Alfred.

ALFBEB.

Et vous eussiez bien fait, Ernestine.

EBltBSTIltE.

Oh ! mon Dieu !

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