ACTE III, SCÈNE IV
HENRI
Tout entier?
CATHERINE
Oui. Je De vis, je ne veux vivre que depuis l'heure où je suis sortie de la tombe , et mes souvenirs ne remontent pas au delà. Mon existence se sera divisée en deux parts, l'une perdue dans la nuit, l'autre noyée dans la lumière!...
HENRI
Mais, ma bien-aimée Catherine , comment es-tu sortie de ce tombeau?
Catherine, regardant une clef qu'elle tient serrée dans sa main.
Toute tombe a une clef qui la ferme et qui la rouvre.
HENRI
Oh ! mon Dieu !
CATHERINE
Qu'avez- vous?
Je m'épouvante à l'idée que tu pouvais rester enfermée dans ce sépulcre, vivante entre les morts, sans que personne sût que tu étais là !
Catherine, tressaillant.
Oui ! c'eût été bien affreux !
HENRI
Mais te figures-tu? se réveiller dans le cercueil, se trouver seule, attendre vainement un secours qui ne vient pas ! sentir les minutes, les heures s'en aller, puis la faim venir !
Catherine, les jreus fixée et portant la main à sa tête.
Atroce! atroce!
HENRI
Et si j'avais su un jour cela!..... que tandis que j'étais ici dans mon palais , m'enivrant de la lumière du jour, un être aimé, la moitié de mon cœur, souffrait de pareilles tortures, se roulait dans la nuit du sépulcre, heurtant sa tête à l'angle d'une tombe, maudissant Dieu !
CATHERINE
Grâce!
(Elle tombe sans connaissance.)
« HENRI
Évanouie ! évanouie ! mon Dieu ! Elle n'a pu supporter un pareil souvenir... De l'air! il lui faut de l'air. — (Il la porte près de la fenêtre. ) Catherine ! ma belle Catherine ! reviens à toi! mais tu n'as plus rien à craindre. Dieu n'a pas voulu que, si belle et si jeune, tu fusses perdue pour le monde. Catherine! rouvre tes beaux yeux! que ma voix soit cette fois plus puissante qu'elle ne l'a été la première... Catherine ! Catherine ! — ( Elle rouvre, sans faire de mouvement, ses y eu*, qui restent fixes.) Oh ! te voilà... Me vois-tu? m'entends-tu?
Oui.
CATHERINE
HEltRf.
Mais ta mémoire?
CATHERINE
Je suis au palais de Whitc Hall ; voilà le trône ; vous êtes le roi, et il me manque un anneau à cette main.
HENRI
Le voilà. Garde -le maintenant pour ne plus le quitter.
CATHERINE
Ainsi , vous renouvelez à Catherine vivante les promesses faites à Catherine morte?
HENRI
Toutes.
Catherine, regardant la clef.
Oh ! redites-les-moi , car je ne les ai pas entendues, et j'ai besoin de les entendre. Parlez-moi, sire, dites-moi de ces paroles magiques qui endorment les souvenirs, qui charment l'esprit, qui enivrent le cœur... dites, dites, j'écoute.
Eh bien ! oui , tout ce qu'une femme jeune et belle peut rêver dans ses songes les plus dorés, tu l'auras; partout où ma puissance pourra s'étendre, tu diras : Je le veux... Voyons, ma belle Catherine, es-tu contente ?
CATHERINE
Parlez, parlez toujours.
HENRI
Ce palais, ce trône, tu les partageras avec moi ; tous les enivrements du luxe et de la puissance, tu les épuiseras; les bals, les fêtes, les tournois, où tu serasdeuxfois reine, se renouvelleront chaque jour, pour ne pas laisser un instant d'ennui à ton cœur; et tu seras heureuse, n'est-ce pas?
CATHERINE
Le croyez-vous?
HENRI
Qui donc pourrait troubler ton bonheur, élue du ciel que tu es... jeune, belle, aimée...
CATHERINE, SO levant.
Et reine?
HENRI
Dès ce soir , oui , dès ce soir , l'archevêque de Cantorbéry nous unira, et demain, à ton lever, le manteau royal sur les épaules, la couronne sur la tête, en face de ma cour, de l'Angleterre, de l'Europe, du monde, je proclamerai Catherine Howard la femme de Henri VIII ; et ma cour, l'Europe, le monde répondront, inclinés devant toi : Salut à la reine d'Angleterre et de France!
Catherine, regardant vivement par la fenêtre.
Sire, l'eau qui coule au-dessous de cette fenêtre est-elle bien profonde ?
CATHERINE HOWARD
■tifti.
C'est un gouffre. — (Lui voyant étendre le bras qui tient la clef.) Que fais- tu?
cathbrihe, lâchant la clef.
Moi? rien. — (A part.) Je me fais reine.— (Haut.) Sire, votre fiancée est prête!...
henri, la prenant dans ses bras.
Alors!... attends-moi, Catherine, attends-moi; je reviens.