SCENE IV
CATHERINE, seule, tombant à genoux, puis L'ARCHEVÊQUE.
CATHERINE
Oh ! mon Dieu t mon Dieu ! je vous remercie, car je crois que votre vengeance se lasse.
l'archevêque, entrant. .
Bien, ma fille, j'espérais vous trouver dans ces saintes dispositions et dans cette humble posture, car j'ai rencontré l'homme qui sort d'ici.».
CATHERINE
H s'en allait, n'est-ce pas?
l'archevêque.
Oui, mais pour revenir bientôt.
CATHERINE
Pour revenir, monseigneur? Il vous a dit qu'il reviendrait?
l'archevêque.
Il ne m'a rien dit, ma fille, mais vous n'avei pfus qu'une demi-heure.
Catherine, à part.
C'est vrai, je n'ai plus qu'une demi-heure pour lui... car il ne peut savoir...— (Souriant.) Oh! non, non, il ne sait pas !
l'archevêque.
Ha fille, quelles idées assez étranges occupent votre esprit, qu'elles puissent dans un pareil moment faire ainsi sourire vos lèvres ?
Catherin b, s an 8 Vécouter.
Croyez-vous, monseigneur, que si je pouvais voir Henri, mes larmes, mes prières, ce qui me reste de cette beauté qu'il a aimée, le fléchiraient? l'archevêque.
Dieu tient le cœur des rois dans sa main droite, madame, et comme Dieu est toute miséricorde, je ne doute point que dans ce cas il n'envoie à notre souverain une pensée de clémence.
CATHERINE
II faut que vous me fassiez voir le roi, monseigneur de Cantorbéry.
l'archevêque.
Moi, madame? mais c'est impossible. Oubliezvous que dans quelques minutes?...
CATHERINE
Et si, au lieu de quelques minutes, il me restait quelques jours...
l'archevêque.
L'exécution est fixée à six heures.
CATHERIlfB.
Mais si à six heures l'exécution ne pouvait pas avoir lieu?
l'archrvêqub.
Qui l'empêchera, à moins que la victime ne manque au bourreau?
CATHERINE
Le bourreau, qui peut manquer à la victime.
l'archevêque.
Je ne comprends pas.
CATHERINE
Monseigneur, ce que je vais vous dire, songez-y, est le commencement de ma confession, et Dieu vous défend de trahir le secret de la confession.... l'archevêque.
Le vôtre mourra là.
Catherine, s'appuyant sur son épaule et lui parlant à demi-voi».
Il n'y a pas d'exécution sans exécuteur. Eh bien ! l'exécuteur est parti; quand vous l'avez rencontré, il sortait d'ici pour n'y plus rentrer, et à l'heure qu'il est — (Plus bas encore.) il a quitté Londres. l'archevêque.
Quelle chose étrange !
Écoutez, monseigneur, vous ne m'en voulez pas; je ne vous ai jamais fait de mal; ainsi vous ne pouvez me vouloir de mal ; et vous en éussé-je fait, même sans le savoir, la religion, dont vous êtes un des premiers ministres, vous ordonne de me le pardonner, non-seulement, mais elle vous ordonne encore de tendre la main à vos semblables dans leur dénûment, de les soutenir dans leur faiblesse, de les secourir dans leur danger... Eh bien! monseigneur, tendez-moi la main, soutenez-moi, secourez-moi.
l'archevêque.
Que puis-je faire pour vous?
(Humeur dans le peuple.)
CATHERINE
Écoutez!...
l'archevêque.
C'est le peuple rassemblé sur la place.
CATHERINR.
Oui; il attend sa pâture, et il rugit. Je vais écrire au roi, n'est-ce pas? Vous lui remettrez ma lettre, monseigneur; vous me le promettez? — (A un gardien qui entre. )*Que voulez-vous?
lr gardien, regardant de tous côtés.
Pardon, madame... je venais voir... — (A d'au* très personnes qui sont censées être dans la coulisse.) 11 n'y est pas.
(Il sort.)
tftt
CATHERINE HOWARD
cimmi, avec Joie.
Voyez, monseigneur, celui qu'on cherche ne se trouvera point ; il m'a tenu parole.
l'archevêque.
C'est Dieu qui vous protège, mon enfant; je ferai ce que vous voudrez.
CATHBBllfB*
Oh! que vous êtes bon, monseigneur, et que je vous remercie! Je vais écrire. à Henri; je...— (On entend le son d'une trompette.) Qu'est-ce cela?
L'ABCHBVtQCB.
Je ne sais.
(Catherine le eerre contre lui.)
UlfB VOIX AU BBBOBS.
Peuple de Londres, le lord grand chancelier, ministre de la justice, vous fait savoir qu'au moment du supplice le bourreau a disparu; et que, ne voulant retarder l'effet du jugement rendu, il fait offrir à celui qui se présentera à sa place pour remplir son office, la somme de vingt livres sterling, l'autorisant de plus à couvrir, pour cette exécution, son visage d'un masque. Il déclare du reste que, ce faisant, il aura rempli l'œuvre d'un bon citoyen. (La trompette sonne un peu plus loin, et la même proclamation se répète.)
CATHBBllfB.
Ah ! monseigneur, avez-vous entendu ?
l'abcheveqoe.
Oui.
CATHBBllfB.
Mais il n'y aura pas sous le ciel un homme assez atroce, n'est-ce pas, polir se charger d'une pareille mission ?
l'abchevéqijb.
Je l'espère.
Catherine, s' asseyant.
Écrivons... mais que faut-il que je lui écrive? Dites-moi , monseigneur ; j'ai la tête perdue. l'abcbevêque.
Vous savez mieux que moi , madame , parler la langue sur laquelle vous comptez pour fléchir le cœur du roi.
CATHBBllfB.
Oh! personne ne s'offrira, n'est-ce pas? personne ne voudrait remplir cet horrible emploi 1 Ce serait un meurtre abominable.
l'abchbvbqqb.
Hàies-vous d'écrire , madame.
CATHBBllfB.
« Henri , c'est un pied sur l'échafaud , c'est à la » lueur d'un dernier rayon d'espoir que... » — ( ^arrêtant tout à coup et montrant avec terreur à l'archevêque un homme masqué qui entre. ) Monseigneur , voyez-vous? — ( Se levant et reculant.) C'est lui! c'est lui!