‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 772 sur 999 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

TÉRÉSINÀ, seule.

Je puis du moins les garder cette nuit, les essayer même ; car je suis seule , et personne ne ipe peut Toir : ce sera comme un songe doré dans ma vie , et une fois je me serai vue riche et parée à l'égal d'une reine ! ( Elle s'assied devant la toilette. ) Une fleur dans tes cheveux , me dit don Josès. ( Mettant le bandeau. ) Quelle différence ! ( Pendant qu'elle met les uns après les autres les différents bijoux que renferme Vècrin, le mauvais Ange passe la tète par un panneau, et lui parle à travers sa glace. )

LE MAUVAIS AlfGI.

Dan» ce miroir, jeune fille, Regarde ton œil qui brille Plus radieux et plus pur Que, dans une nuit sans voile, Ne brille l'or d'une étoile Au milieu d'un ciel d'azur.

Vois ta bouche parfumée Que la pudeur tient fermée Aux plus timides aveux; Vois tomber sur ton épaule, Comme les rameaux d'un saule, Le trésor de tes cheveux.

Tois cette taille légère, Que l'on croirait étrangère A la terre des vivants ; C'est celle d'une sylphide Qui, sur son aile rapide, S'amuse à passer les vents.

Lorsqu'on est aussi parfaite, Jeune fille, on n'est pas faite Pour aller mourir d'ennui Dans quelque ville appauvrie, Où de la coquetterie Jamais le soleil n'a lui.

11 faut le luxe qu'étale Une grande capitale Avec ses plaisirs, ses arts,

Ses palais pleins de lumière, Et Golconde tout entière, Ruisselant dans ses bazars.

11 faut des valets, des pages, Des chevaux, des équipages Que l'on, change tour à tour, Et des jours pleins de paresse Qui mènent avec mollesse A des nuits pleines d'amour!

{Le mauvais Ange disparait.)

TÉ RÉSINA

Oh ! que c'est étrange ! ( Se levant. ) Jamais je n'avais eu de pareilles pensées... c'est le feu de ces diamants qui m'éblouit... c'est ce bandeau qui brûle mon front; c'est ce collier qui embrase ma poitrine... Oh ! l'air que je respire est de flamme...

ma vue se trouble j'étouffe. (Retombant. ) Je

me meurs, don Juan... don Juan !...

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