AUTO* Y
Elle sépare... penses-tu que je croie à tes rêves, moi... et que sur eux j'aille risquer ce qu'il me reste de vie et de bonheur ?... Tu veux mourir? eh bien ! écoute, moi aussi je le veux... mais je ne veux pas mourir seul, vois-tu... et je ne veux pas que tu meures seule... je serais jaloux du tombeau qui te renfermerait. Béni soit Dieu qui m'a fait une vie isolée que je puis quitter sans coûter une larme à des yeux aimés ! béni soit Dieu qui a permis qu'à l'âge de l'espoir j'eusse tout épuisé et fusse fatigué de tout!... Un seul lien m'attachait à ce monde... il se brise... et moi aussi je veux mourir., mais avec toi ; je veux que les derniers battements de
nos cœurs se répondent... que nos derniers soupirs se confondent.. • Comprends-tu?... une mort douce comme un sommeil, une mort plus heureuse que toute notre vie... Puis, qui sait? par pitié peut-être jettera-l-oii nos corps dans le même tombeau.
ADÈLE
Oh oui ! cette mort avec toi , l'éternité dans tes bras.... Oh! ce serait le ciel, si ma mémoire pouvait mourir avec moi... Mais, comprends-tu, Antony?... cette mémoire, elle restera vivante aux cœurs de tous ceux qui nous ont connus... on demandera compte à ma fille de ma vie et de ma mort... On lui dira : Ta mère... elle a cru qu'un nom taché se lavait avec du sang... enfant, ta mère s'est trompée, son nom est à jamais déshonoré, flétri! et toi, toi... tu portes le nom de ta mère... On lui dira : elle a cru fuir la honte en
mourant et elle est morte dans les bras de
l'homme à qui elle devait sa honte ; et, si elle veut nier, on lèvera la pierre de notre tombeau, et l'on dira : Regarde... les voilà!
ANTON Y
Oh! nous sommes donc maudits! ni vivre ni mourir enfin !
ADÈLE
Oui... oui, je dois mourir seule... tu le vois, tu me perds ici sans espoir de me sauver... tu ne peux plus qu'une chose pour moi... va-t'en, au nom du ciel, va-t'en !
ANTON Y
M'en aller... te quitter... quand il va venir, lui... T'a voir reprise et te reperdre... enfer!... et s'il ne te tuait pas ?... s'il te pardonnait?... Avoir commis pour te posséder... rapt, violence et adultère, et pour te conserver, hésiter devant un nouveau crime... perdre mon âme pour si peu, Satan en rirait; tu es folle... non... non, tu es à moi comme l'homme est au malheur... — (La prenant dans ses bras.) Il faut que tu vives pour moi... je t'emporte... malheur à qui m'arrête ! . . .
ADÈLE
Oh! oh!
ANTON Y
Gris et pleurs... qu'importe?...
ADÈLE
Ma fille! ma fille!
ANTON Y
C'est un enfant... demain elle rira.
( Ils sont prêts à sortir. On entend deux coupe de marteau à la porte cocher e. ) adèle , e'échappant des brae d'Anton?.
Ah ! c'est lui... Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! ayex pitié de moi ! pardon , pardon !
AifTONY, la quittant. Allons , tout est fini !