ANNI
Fuis, Lepidus, sans perdre un seul instant de plus.
LBP1DU8.
SABINUS
Ce barbier, ce n'est pas Bibulus; C'est quelque délateur qui, pour notre disgrâce, Aura pris aujourd'hui ses habits et sa place.
ANNIUS
Vois, tous ont déserté la maison du maudit.
LEPIDUS
Mais tu prends peur à tort, mon cher, je n'ai rien dit.
annius. [mes,
Rien dit!... tu viens d'en dire, en ce temps où nous som-
Autant qu'il en faudrait pour la mort de trois hommes.
LBPIDUS.
Je vous ai compromis ?
SABINUS
Non, pas nous, mais bien toi.
LBPIDUS.
Par Castor! n'avons-nous à craindre que pour moi?
ANNIUS
Pour toi seul !
LBPIDUS.
En ce cas...
8ABINU8.
Fuis donc !
LBPIDUS.
Non pas, je reste.
ANNIUS
0! quel aveuglement misérable et funeste!
SABINUS
Songes-y, ce n'est pas seulement le trépas, Mais la torture?
CAUGULA.
Latines.
Aussi ne rattendrai-je pas.
AIRIDS.
Alors tu ym donc tair?
N urnes.
Que Jupiter m'en garde!
•Attiras.
Je ne te comprends plot.
Moi! que Je me bâtarde A courir à travers le* plaines et lee bois, Coassé par des soldats couine un cerf aui abois, Ou, comme Marius, en mes terreurs nocturnes, A m'enterrer vivant aui marais de M inturnes ! Moi ! que j'aille, d'un jour pour retarder ma fin, Subir le froid, le cbaud et la soif et la faim, Oh! non pas!
AHÏUU8.
Cependant la torture ou la fuite.
LENDITS.
lf'est-y pas un moyen de tromper leur poursuite, Dis?
SABIltUS.
Je n'en connais pas.
LEPIDUS
Sabinus, sur mon sort Ton amitié t'aveugle; il en est un.
▲ira tus.
La mort, N'est-ce pas?
Lirons.
Allons donc!
SABlflVS.
Toi, mourir à ton âge ?
Impossible.
LEPIDUS
Et pourquoi vivrais-je davantage?
L'homme ne compte pas parles temps accomplis, Frères, mais par les jours lumineux et remplis : J'ai vu dans les plaisirs ma jeunesse ravie, Si bien que j'ai vécu toute une longue vie. Laissez-moi donc mourir, mes frères, il est temps; C'est un bienfait des dieux de mourir à vingt ans, Et de ne pas sentir de nos jeunes années Se sécher à nos fronts les couronnes fanées.
Aujourd'hui, pour jamais si je ferme les veux, Je meurs candide et pur, croyant encore aux dieux, Au bonheur du foyer, à la douce patrie, A l'amour consolant, à l'amitié chérie ; Tandis qu'en attendant, dépouillé de tout bien, Peut-être je mourrais ne croyant plus à rien. Puis, fidèle auditeur des paroles du maître, D'avance, à ce moment, j'avais dû me soumettre ; Et c'est bien ! car plutôt que je ne l'espérai, La mort, qui vient à moi, me trouve préparé.
D'ailleurs, qu'est cette mort tant crainte parles hommes? Un voile entre Phcebus et la terre où nous sommes. Si le mal elle bien naissent du sentiment, Le sentiment éteint, l'homme, au même moment, Cesse de distinguer le plaisir de la peine, 11 est libre, que d'or ou de fer fût sa chaîne; La mort n'a point de prise anx esprits résolus, Je suis, elle n'est pas ; elle est, je ne suis plus.
Amies.
Lepidus?
SAMITOf.
Frère?
lepidus.
Assez.
(Faisant signe à l'esclave des bains.)
Esclave !
l'isclavi.
Maître?
LEPIDUS
Avance, (ans une chambre, entent, prépare-moi d'avance Un bain voluptueux, Hmpide et parfumé, Où l'on puisse dormir d'un sommeil em baumé .
Va.
(L ' ee ekme rentre.)
•ABonre.
Tu veux donc toujours... ?
lepidus, lui passant au cou son cellier d'or.
Cette chaîne est la tienne; C'est le don d'une jeune et belle Athénienne.
(A Annius.) Ce poignard est à toi; quand tout te manquera, C'est un ami fidèle et qui te secourra.
Maintenant, quittons-nous, car mon destin s'achève. Le maître a dit : La mort est un sommeil sans rêve. Adieu, je vais dormir !
AKIflUS.
Lepidus! un dieu Bientôt te vengera.
lepidus, $ur le seuil des bains.
J'en ai l'espoir ; adieu !
(neutre. Les deux amis se confondent dans la foule.)
LE PEUPLE
Un courrier ! un courrier !
AfiAnnj8,fo regardant.
L'oncle de César.
(Criant.) Place.
AFRANIUS, lis Licrtuis, le Peuple, CLAUDIUS, entrant vêtu d'une tunique, sans toge ni manteau, et portant à la main une lettre entourée de lauriers.
AVBAlUtJSs
Le noble Claudius.
claudius.
Lui-même; mais, par grâce, Mets tes licteurs en cercle et défends ces clameurs.
afiamus, à ses licteurs.
Entourez-nous.
(A Claudius.) Qu'as-tu?
CLAUDIUS
De fatigue je meurs.
César (que la faveur ne me soit pas fatale) fifa choisi pour porter la lettre triomphale : Un autre eût désigné quelqu'un qui pût courir; Mais moi qui marche à peine... ah ! c'est pour en mourir!