ACTE II, SCÈNE IX
Oui.
Six licteur»!
PEOTOGfclfE.
Est-ce assez ?
PROTOGÈNB.
Claudius est là.
CALIGULA
Qu'il vienne.
PlOTOGÈlfE.
Seul?
CALIGULA
N'importe.
Que tous puissent entrer, mais que pas un ne sorte.
MESSALINB.
Que veut dire ce bruit au pied du Palatin ?
CALIGULA
Ouvre donc ces rideaux à l'air pur du matin; Le ciel est radieux, et son dernier nuage A disparu, chassé par l'aile de l'orage.
MES8AUNB.
Écoute donc, César! César, n'entends-tu pas?
CLAUDIUS
Salut, César; sais-tu ce qui se passe en bas?
Ah! c'est toi, Claudius? le ciel te soit propice! Je t'ai fait appeler pour me rendre un service.
CLAUDIUS
Parle.
CALIGULA
Je te sais maître en l'art des orateurs.
CLAUDIUS
César me flatte.
CALIGULA
Non; voilà : les sénateurs, Sachant de mon cheval le merveilleux mérite, Sont venus l'autre jour lui faire une visite. Le président alors à ce noble animal A dit un long discours, et qui n'était pas mal, Mais auquel, à défout d'avoir appris le nôtre, Nous n'avons pu, ma foi, répondre l'un ni l'autre. Comme le cas se peut présenter de nouveau, D'avance, Claudius, tire de ton cerveau Quelque chose de bien. Je pensais à Sénèque; Mais c'est un vrai pédant, rat de bibliothèque, Qui croit qu'à l'éloquence il dresse un monument En entassant des mots, poussière sans ciment.
le peuple, d'en ba$.
Du blé!
CHEREA.
Salut , César; j'accours prendre tes ordres.
Après avoir commis d'effroyables désordres, Le peuple est en tumulte aui Forum assemblé.
Tiens! l'entends-tu crier?
LE PEUPLE
Du blé! César, du blé!
Par Drusille ! à ta vue, ami, je me rappelle Qu'entre Jfuester le Mince et l'histrion A pelle, Un important débat slest ouvert l'autre soir. Écoute, il s'agissait simplement de savoir Si l'on doit au théâtre, avec ou sans la lyre,
Chanter le Ter* tragique ou seulement te dire..... Ah! te voilà, consul?
APEAicius, entrant tout troublé.
Oui, César, oui, c'est moi.
CALIGULA
Qu'as-tu donc à trembler ainsi ?
AFBAIUU8.
Je crains pour toi.
CALIGULA
Vraiment !
APEAIIIUS.
Ne vois-tu pas ces hordes insensées Au pied du Palatin grondantes et pressées?
N'entends-tu pas leurs voix qui menacent d'en bas ?
LE PEUPLE
Du pain ! César, du pain !
APEAICIUS.
Ne les en tends- tu pas ?
Tu te trompes, consul; ce sont des cris de fête.
AFEAN1US.
Ne raille pas, César, il y va de ta tète.
En sortant du palais ces furieux m'ont pris ; Sans gardes, sans licteurs et sans armes surpris, Je n'ai pu résister.
CALIGULA
Mais enfin, éclairée, La foule a reconnu ta majesté sacrée, Puisque te voilà libre.
APRAHIUS.
Oui; mais il m'a fallu Prêter entre leurs mains un serment absolu, Que je t'apporterais leur parole rebelle.
CALIGULA
Ah! tu viens en héraut? ta mission est belle : Parie!...
AFEANIU8.
Que j'aille, moi, redire insolemment Au divin empereur...
CALIGULA
N'as-tu pas fait serment?
Au livre du destin tout serment fait demeure, Et se doit accomplir lorsqu'arrive son heure.
af a A If rus.
Je ne transmettrai pas de si coupables vœux Que César ne l'ordonne.
CALIGULA
Eh bien donc! je le veux.
AFBANIUS.
César, depuis un mois une brise indocile
Repousse loin du port la flotte de Sicile ,
El du rivage on voit pilote et matelots
Essayant de lutter en vain contre les flots ;
Si bien que, dans un vent si constamment contraire,
Le peuple a cru du ciel remarquer la colère ,
Et pense que César aura fait.... oh! pardon,
Quelque offense.... c'est lui qui parle.
CALIGULA
Achève donc.
AFEAN1U8.
Quelque offense secrète à nos dieux, et que Rome
CALIGULA
Porte dans ce nonwot la peine d'un seul homme ; De sorte que le peuple , en ta prétention , Exige de César une expiation !
CALIGULA
Oui, le peuple a raison, et sa sagesse est haute;
Oui, César a commis une effroyable faute ,
Et Jupiter enfin se sera souvenu
Qu'un serment lui fut fait qui ne fut pas tenu.
Mais réparer le crime est chose encor possible ,
Et l'expiation sera prompte et terrible.
Consul, rappelle-toi que l'Aulide en son port
Vit les Grecs enchaînés par un calme de mort :
Le cas était pareil, pareille fut la peine;
Leur chef avait fait vœu d'une victime humaine ;
Et puis il avait cru pouvoir impunément
Se jouer de Diane et trahir son serment !
Eh bien! d'Agamemnon, moi, j'ai commis le crime :
Un homme aux dieux pour moi s'est offert en victime,
Et je n'ai pas voulu , faible et compatissant ,
De cet homme non plus, moi, répandre le sang;
Mais voilà que des dieux l'implacable colère
Me réclame ce sang par la voix populaire;
Sans doute, en y cédant mon cœur se brisera,
Mais Jupiter le veut ; c'est bien x il coulera !
APBAIflUS.
Que dis-tu?
CALIGULA
Que César se dévoue, et que Rome Ne doit pas expier la faute d'un seul homme.
AFBAIflCS.
Grâce.
LE PEUPLE
Du pain, César?
CALtttriA.
Oui, peuple, je t'entends ; Patience!
AFlAHlOe.
César!
CALIGULA
Oui, dans quelques instants, De même que les Grecs, après le sacrifice, Virent soudain le vent redevenir propice, De même lu verras , sitôt cet homme mort , Notre flotte rentrer en pleine voile au port.
AFBANIU9.
Je porte de héraut le titre inviolable ; Songes-y bien, César, songes-y.
CALIGULA
Misérable!
APBAIflUS.
Peuple, a moi !
Ll PEUPLE.
Le consnl! mort à Caligula !
Le consul ! le consul !
CALIGULA
Tu le veux?
(Le précipitant du haut de la galerie.) Le voilà.
Reçois, 6 Jupiter! ta tardive hécatombe.
chbbba, à Messaline.
Si nous profitions...?
■essaliub, l'arrêtant.
Vois, le peuple à genoux tombe.
le peuple.
Gloire à Caligula! l'empereur sans rival!
Qui nous donneras-tu pour consul ?
caligula, avec mépris.
Mon cheval!