‹ ŒuvresChapitre 2 sur 66 · FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC

I" Ce Basseconr est apparemment celui qui a soin d'engraisser les chapons et les coqs-d'Inde pour leurs HauteS'Puissances ?

<|0 Padmire la sag^esse de la France ; mais Dieu me préierye à jamais de l'imite^.

3® Ceci serait plus beau dans une ode que dans la réalité. Je me soucie fort peu de ce que les Hollandais et Anglais disent, d'autant plus que je n'çntei]^df point leur patois.

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AVEC LE ROI DE 4* Ne Tom couTrez-yons pat d'iule gloire immortelle en tous déclarant efficacement le protecteur de rEUnpire , et n'est-il pas de TOtre plus pressant intérêt d'empêcher que les Anglais ne lassent votre ennemi le grand- duc, roi des Romains ?

• 5* Quiconque a parlé seulement un quart d'heure au duc d'Anmberg ,au comte de Harrac, au lord Stairs, à tous les partisans d'Autriche , leur a entendu dire qu'ils brûlent d'ouvrir la campagne en Silésie ; arez-vous »

en ce cas, sire, un autre allié que la France? et quelque puissant que TOUS soyez, un allié tous est-il inutile ? Vous connaisse^ les ressources de la maison d'Autriche, et combien de princes sont unis à elle. Mais résisteraient-ils à Yotre puissance jointe à celle de la maison de Bourbon ?

6* Si vous faites seulement marcher des troupes à Clèves, n'inspirez-vous pas la teqpeur et le respect, sans craindre que l'on ose vous faire la gMerre ? N'est-ce pas au cpntraire le seul moyen de forcer les Hollandais à concourir, sous vos ordres, à la pacification 4e FEmpire, et au rétablissement de l'empereur qui vous devra deux fois son trône , et qui aidera klsL splendeur du vôtre ?

7<» Quelque parti que votre majesté prenne, daignera -t-elle se confier à moi , comme à son serviteur, comme à celui qui désire de passer ses jours à votre

PBUSSE. — 1743. a 5

4« La France a plus diatérét que la Pkusse de l'empêdker; et en cela, cher Voltaire, vous êtes mal informé; car on ne peut faire une élection de roi des Romains sans le consentement unanime de l'Empire; ainsi vous sentez bien que cela dépend toujours de moi. • .

5* On les 7 rffotfra, biribi,

 U taion de Baibtri,

Mon ÊXfiï.

6* Voos Tooba done qa*«n mH dtta de machine J*aiTiTe pour le dénodment; Qu'ans Anglais , ans Pandoors , à ce peuple insolent J'aille donner b discipline F Mais examines mienx ma mine; Je ne snia pas asaes mMunt.

7« Si VOUS voulez venir à Bareith , je serai bien aise de vous y voir, pourvu que le voyage ne dérange pas votre santé. Il dépendra donc de vous de prendre

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cour? Voudra- t-elle que j'aie rfaoantnr de raccompagner à Barekh ? £t ai elle a cette bonté, Tcut-elie bien me le dédarer, afin <]iie j*aie le temps de me préparer pour ce Toyage ? Pour peu qu'elle daigne m'écrire quelque chose de fayorable dans la iettre projetée, cela suffira pour me procurer le bonheur où j'aspire depuis six ans, de yiyre auprès d'elle.

8* Si , pendant le court séjour que je dois faire cette automne auprès de votre majesté , elle pouvait me rendre porteur de quelque nouvelle agréable à ma cour, je la supplierais de m'honorer d'une telle conunission.

GOBRESPONDANGE

9<» Faites tout ce qu'il vous plaira : j'aimerai toujours votre majesté de tout mon cœur.

quelles mesures tous jugerez à propos.

8<* Je nesuis dans aucune Kaîsoa avec la France. Je n'ai rien à crain* dre ni à espérer d'elle. Si vous voulez , je ferai un panégyrique de Louis XV, où il n'y aura pat un mot de vrai; mais quant aux afiaires politiques , ii n'en est aucune à présent qui nous lie ensemble; et d'autant plus , ce n'est point à moi de parler le premier. Si l'on me demande quelque chose, il est temps d'y répondre; mais vous qui êtes si raisonnable, sentez bien le ridicule dont je me chargerais si je donnais des projets politiques à la France , sans apropos , et de plus écrits de ma propre main.

9*> Je vous aime de tout mon cœur, je vous estime, je ferai tout pour vous avoir, hormis des folies, et des choses qui me donne^ raient à jamais un ridicule dans l'Europe, et seraient dans le fond contraires à mes intérêts et à ma gloire. La seule commission que je puisse vous donner pour la France , c'est de leur conseiller de ie conduire plus sagement qu'Os n'ont fait jnsqn'à pnéaent.

Cette monarchie eat jul «ûqpa très fott^ tans aaseataanaAeff.

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Le 7 octobre.

La France a passé jusqu'à présent pour Tasile des rois malheureux; je veux que ma capitale devienne le temple des grands hommes. Venez-y, mon cher Voltaire, et dictez tout ce qui peut vous y être agréable. Je veux vous faire plaisir; et pour obliger un homme, il fiaut entrer dans sa façon de penser.

Choisissez appartement ou maison , réglez vous-même ce qu'il vous faut pour l'agrément et le superflu de la vie; faites votre condition comme il vous la faut pour être heureux, c'est à moi à pourvoir au reste. Vous serez toujours libre et entièrement maître de votre sort : je ne prétends vous enchaîner que par l'amitié et le bienêtre.

Vous aurez des passe-ports pour des chevaux, et tout ce que vous pourrez demander. Je vous verrai mercredi , et je profiterai des momens qui me restent pour m'éclairer au feu de votre puissant génie. Je vous prie de croire que je serai toujours le même envers vous.

Adieu. Féd^ric.

DE M. DE VOLTAIRE

Jl La Haye , ce sS octobre.

Sîre, vous voyagez toujours comme un aigle, et moi comme une tortue; mais peut-on aller trop lentement quand on quitte votre majesté.? J'arrive enfin en Hollande; la première chose que j'y vois, c'est un papier anglais où votre jànti-Machiaçel est cité à côté de Polybe et de Xénophon. Ou rapporte deux pages de ce

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28 corhespokd Aires

livre où vous prouvez de quel avantage sont aux princes les places fortifiées, et on fait voir quelle était la témérité des alliés de prétendre d'entrer en France.

Ainsi donc tous êtes cité

Par les auteurs comme auteur grave ;

Gomme roi politique et braye,

Des rois vous êtes respecté ;

Chacun vous craint , nul ne vous braye :

Le taciturne et froid Bataye,

Amoureux de sa liberté.

Le Russe, né pour être esclave.

Ménagent votre majesté.

Vous auriez, ma foi, tout dompté

Sur le Danube et sur la Save ,

Et le double cou si vanté

De Taigle jadis redouté

Eût été coupé comme rave.

Mais vous vous êtes arrêté :

Maintenant votre main se lave

Des malheurs du monde agité ;

Pour comble de félicité.

Vous possédez dans votre cave

De ce tokai dont j'ai tàté....

Je ne puis plus rimer en ave.

Plus je songe à il Tito y à il forte, plus je me dis que Berlin est ma patrie.

Messieurs Gérard, mes chers amis.

Dépêchez, préparez ma chambre.

Un pupitre pour mes écrits , Avec quelques flacons remplis De ce jus divin de septembre.

Non cet ennemi du gosier, Fabriqué de la main profkne De ce Liégeois nommé Lognier; Je Tai surnommé /Mj^af tTàne, Et je Tai dit à haute voix ; Je le redis, je le condamne A n*être bu que par des rois. ' '

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J'aime mieux la timpk nato^ '

Du yin qu'on recueille à Bordeaux ; Car je préfère la lecture D'un écrivain tage en propos A ce firelaté de Voiture , El plut encore à MariyauXk

DE M. DE VOLTAIRE

A Lille, ce «16 norembre.

Est'il Trai que dans votre cour Vous ayez placé, cette automne, Dans les meubles de la couroilne, La peau de ce fameux tambour Que Zisca fit de sa personne ?

La peau d'un grand bomme enterré D^ordinaire est bien peu de cbose.

Et, malgré son apothéose.

Par les vers il est dévoré.

Le seul Zisca fat préservé Du destin de la tombe noire :

Grâce à son tambour conservé»

Sa peau dure autant que sa gloire.

Cest un sort assez singulier.

Ah ! chétife mortels que nous sommes I Pour sauver la peau des grands hommes, Il faut la faire corroyer.

O mon roi ! conservez la vôtre;

Car le bon Dieu qui vous la fit

Ne saurait vous en fiùre une autre ^

Dans laquelle il mît tant d*esprit.

U n'est pas infiniment respectueux de pousser un grand roi de questions ; mais on en usait ainsi ayec Salomon, et il faut bi^n, sire, que le Salomon du Nord s'accoutume à éclairer son monde.

Sa nuyesté me permettra donc que j*ose lui demander

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3o CORRESPOITDANCE

encore ce que c'est qu'un arc trouvé à Glatz. Votre majesté me dira peut-être qu'il faut m'adresser à Jordan ; mais ce Jordan, sire, est un paresseux, tout aimable qu'il est; et vous avez plus tôt réglé quatre ou cinq provinces , et fait deux cents vers et quatre mille doubles croches, qu'il n'a écrit une lettre.

J'arrive à Lille, qui est une ville dans le goût de Berlin, mais où je ne reverrai ni l'opéra ni la copie de Titus. Votre n^ajesté, et la reine mère, et madame la princesse Ulrique , ne se remplacent point. Je n'ai pas encore l'armée de trois cent mille hommes avec laquelle je devais enlever la princesse , mais en récompense le roi de France en a davantage. On compte actuellement trois cent vingt- cinq mille hommes, y compris les invalides : ce sont trois cent mille chiens de chasse qu'on a peine à retenir ; ils jappent , ils crient , ils se débattent , et cassent leurs laisses pour courir sus aux Anglais, et à leurs pesans serviteurs les Hollandais. Toute la nation , en vérité, montre une ardeur incroyable. Heureusement encore votre ami de Strasbourg ne fera 'plus semblant de commander les armées, et l'empereur, appuyé de votre majesté et de la France, pourra bientôt donner des opéras à Munich.

Gomme j'ai osé faire force questions à votre majesté, je lui ferai un petit conte, mais c'est en cas qu'elle ne le sache pas déjà.

n y a quelques mois que madame Adélaïde, troisième fille du roi mon maître, ayant treize louis d'or dans sa poche, se releva pendant la nuit, s'habilla toute seule , et sortit de sa chambre. Sa gouvernante s'éveilla , lui demanda où elle allait Elle avoua ingénument qu'elle avait ordonné à un palefrenier de lui tenir deux chevaux prêt» pour aller commander l'armée et secourir l'empe-

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AVEC LE ROI DE PBUSS£« — 1743. 3l

i^ur; mais si elle apprend que Toire msqeui s'en mêle, elle dormira tranqtdllement désormaôs» '

Au moment que j'ai l'honneur d'écrire à TOtre ma-' jesté, nos troupes sont en marche pour sdler prendre le Vieux-Brisach. A l'ëgard des troupes de comédiens, j'apprends une singuhère anecdote dans cette ville de lille : c'est que^ tan<|is qu'elle fut asûégée par le duc de Marlborough , on y joua la comédie tous les jours , et que les comédiens y gagnèrent cent mille francs. . ATOuez, sire) que voila une nation née pour le plaisir et pour la guerre*

Titus prie toujours votre mi^esté pour ce pauvre Gourdls qui est à Spandau sans nez \

Je suis pour jamais aux pieds de votre humanité, etc.

A Berlin , le 4 décembre.

La peau de ce guerrier fameux , Qui parut encor redoutable Aux Bohèmes, ses enyieux, Après que le trépas hideux Euâ envoyé «on ame au diabk , Est ici pour les curieux.

Quand un jour votre ame légère Passera sur Fesquif femeux Pour aller dans cet hémisphère Inventé par les songe-creux« Les restes de votre figure.

Immortels malgré le trépas»

Donneront de la tablature A nos modernes Marsyas.

Oui, la peau de 2Usca, ou pour mieux dire le tambour de Zisca, est une des dépouilles que nous ayons emportées de Bohême.

* rojTês le CoMunemiain hittorique , tome premier de cette édîtkm.

{Nouif. Jtdit.)

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Je suis bien aise que tous soyez arriyé en bonne santé à lille^ je craignais toujours les chutes de carrosse.

Vous yoilà plus enthousiasmé que jamais de quinze cents galeux de Français qui se sont placés sur une île du Rhin , et d'où ils n'ont pas le cœur de sortir. Il faut que vous soyez bien pauvres en grands événemens , puisque vous £iites tant de bruit pour ces vétilles : mais trêve de politique.

Je crois que les Hollandais peuvent avoir des pantomimes quand les acteurs viennent des pays étrangers. Ils auront de beaux génies quand vous serez à La Haye, de fameux ministres lorsque Carteret y passera, et des héros lorsque le chemin du roi mon oncle le conduira par des marais pour retourner à son île.

Fedencus f^oltarium salutaU

DE M. DE VOLTAIRE

A Paris , ce 7 janvier 1744.

Sire , je reçois à la fois de quoi faire tourner plus d'une tête: une ancienne lettre de votre majesté, datée du 29 de novembre; deux médailles qui représentent au moins une partie de cette physionomie de roi et d'homme de génie ; le portrait de sa majesté la reinemère, celui de madame la princesse Ulrique; et enfin, pour comble de faveurs, des vers charmans du grand Frédéric , qui commencent ainsi :

Quitterez-Yous bien sûrement L'empire de Midai» votre ingrate patrie ?

M. le marquis de Fénelon avait tous ces trésors dans sa pochci et ne s'en est défait que le plus tard qu'il a pu.

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Il a traîné la négociadon en longueur, comme 8'il avait eu affaire à des Hollandais. Enfin me voilà en possession ; j'ai baisé tous les portraits ; madame la princesse Ulrique en rougira si elle veut.

Il est fort insolent de baiser sans scrupule De Totre auguste sœur les modestes appas ; Mais les yoir , les tenir , et ne les baiser pas , Gela serait trop ridicule.

J'en ai fait autant, sire, à vos vers dont l'harmonie et la vivacité m'ont fait presque autant d'effet que la miniature de son altesse royale. Je disais . '

Quel est cet agréable son ?

D'o& Tient cette profusion De belles rimes redoublées ?

Par qui les Muses appelées Ont-ellet quitté raélicon T £st-ce Bernard, mon compagnon Qui de fleurs sème les allées Des jardins du sacré vallon ?

Estrce rarcbitecte Ampbion , Par qui les pierres assemblées S'arrangent sous son violon ?

Est-ce le charmant Ârion Chantant sur les plaines salées ?

Cest mon prince ou c'est Apollon.

Au doux son de tant de merveilles , J'entends braire près d'un chardon L'animal à longues oreilles De qui vous devinez le nom *, Il nous dit de sa voix pesante :

N'admirez plus la voix brillante De ce rofr>poêteK>rateur ; Auprès de moi que peut-il être ?

Il n'est que roi, je suis son maître ; Car des rois je suis précepteur.

* n est probablement ici question de Boyer.

CORBKSP. AVEC LES SOUVEAAIMS. T. II 3

Digrtized by

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(My tu Tes I autrefois Achille .Soumit ton enfance docile A ce un£;ulier animal Moitié sage, moitié cheyal :

Mon cher précepteur, c^est dommage 4 Mais quand le ciel t'a fabriqué, Il n'acheva pas son ouvrage :

Une des moitiés a manqué.

Du 7 avrîL

Enfin, malgré que j'en aie, voilà des vers que votre Apollon m'arrache. Encore s'il m'inspirait !

Votre Mérope m'a été rendue, et j'ai fait la commission de l'auteur en distribuant son Irvre. Je ne m'étonne point du succès de cette pièce. Les corrections que vous y avez faites la rendent, par la sagesse, la conduite, la vraisemblance et l'intérêt, supérieure à toutes vos autres pièces de théâtre, quoique Mahomet ait plus de force, et Brutus de plus beaux vers.

Ma sœur Ulrique voit votre rêve* accompli en partie; un roi la demande pour épouse ; les vœux de toute la nation suédoise sont pour elle. C'est un enthousiasme et un fanatisme auquel ma tendre amitié pour elle a été obligée de céder. Elle va ddns un pays on ses talens lui feront jouer un grand et beau rôle.

Dites, s'il vous plaît, à Rothembourg , si vous le

* Foyez la petite pièce de vers : SoupetU uh peu de ^vèriiè^ ete, , volmne des Poésies y et remarquez par cette lettre combien le roi était éloigné de répondre à ce madrigal par les vers infâmes qoejes vils détracteurs de M. de Voltaire ont osé supposer. {E. de K,)

^ioyez, que ce n'est pas bien à lui de ne me point écrire depuis qu'il est à Paris. Je n'entends non plus parler de loi que s*il était à Péki^. Yotre air de Paris est cofume la fontaine de Jouvence, et vos voluptés comme les charmes de Circé ; mais j*espère que Rothembourg échappera k la métamorphose.

Adieu , admirable historien , grand poète, charmant auteur de cette PuceMe, invisible, et triste prisonnière de Circé; adieu à l'amant de la cuisinière de Valori, de madame du Giâtelet et de ma sœur. Je me recommande à la protection de tous vos talens, ec surtout de votre goût pour Tétude, dont j'attends mes plus doux et plus agréables amusemens. . FéaiéxK.

On démeoble la maison que l'on avait coramenoé à meubler poar vous à Beriin.

ce XX.

DB M. PE VOLTAIRE*

Paris , aa septembre 1746.

&ire,^rotre peixcmneme sera toujours chère, comme votre nom sera toujours respectable à vos ennemis mêmes, et glorieux dans la'postérité. Le sieur Thieriot m'apprit il y a qudiques mois que vous aviez perdu , dans le tumulte d'une de vos victoîsres, ce c(»auaencement de YMtstoîre de Louis XIV que j'avais eu l'honneur de vemetti^ entre les maifis de noxte miyest^. Tenvoyid quelques jours après à Cirey, diercher fejmiinusorit ori{pnal sur lequel je 6s faire une nouvelle e^qpie. M. de Maupertuis partit de Paris avant que cette copie fàt prête , sans quoi je l'en aurais chargé ; il me dit "* On ii*a rien tronvé de 1745, et pen de lettres des années snivant^i.

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rétrange raison alléguée par le sLeur Thieriot à votre majesté même , par laquelle ledit Thieriot s'excusait de faire cet envoi. C'est ce qui m*a déterminé à presser les copistes, et à leur faire quitter tout autre ouvrage. J'ai donc porté \ Histoire de Louis XI F' chez le correspondant du sieur Jordan , et votre majesté la recevra probablement avec cette lettre.

Si vous aviez, sire, daigné vous adresser à moi, vos ordres n'en auraient pas été, à la vérité, exécutés plus tôt, puisqu'il a fallu le temps d'envoyer à Cirey; mais vous m'auriez donné une marque de confiance et de bonté que j'étais en droit d'attendre; car, quoique ma destinée m'ait forcé de vivre loin de votre cour, elle n'a pu assurément rien diminuer des sentimens qui m'attacheront à vous jusqu'au dernier jour de ma vie.

Non seulement je vous envoie, sire, cette Histoire; mais je ferai tenir aussi à votre majesté la tragédie de Sémiramis que j'avais faite pour la dauphine qui nous a été enlevée. Je n'ai pu vous donner la Pucelle; il faudrait pour cela user de violence , et la violence n*est bonne qu'avec les pandours et les hussards ^^ C'est malgré moi que je ne remets pas entre vos mains tout ce que j'ai pu jamais faire; il est juste que l'homme de la terre le plus capable d'en juger en soit le possesseur. Je ne crois pas que dorénavant ma santé me permette de travailler beaucoup ; je suis tombe enfin dans un état auquel je ne crois pas qu'il y ait de ressource. Tattends la mort patiemment; et si votre majesté veut le permettre , j'aurai soin que tous mes manuscrits vous soient fidèlement remis après ma mort, et votre majesté

* Voyez» ponr Texpllcation de ce passage, k lettre de M. de Volteire de la fin de juillet 1737, dans laquelle il dit que la Pueelle est entre les \ de madame du Chàtelet , qni ne rent pas s*en dessaisir. {Ê, de A.)

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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1746. 3n

en disposera comme elle voudra. C'est déjà pour moi une idée bien consolante, de penser que tout ce qui m*a occupé pendant ma vie ne passera que dans les mains du grand Frédéric.

Je sais que votre majesté a ordonné au sieur Thieriot de lui envoyer toutes les éditions qu'il aura pu recouvrer; mais elles sont toutes si informes et si fautives, qu'il n'y en a aucune que je puisse adopter. Celle des Ledet est une des plus mauvaises; et surtout leur sixième volume serait punissable , si on savait en Hollande punir la licence des libraires.

Votre majesté ne sera peut - être pas fâchée d'apprendre que les armes du roi mon maître et ses succès en Flandre ont prévenu de nouvelles prévarications de la part des libraires hollandais. Un secrétaire, que malheureusement madame du Châtelet m'avait donné elle^nême, avait pris la peine de transcrire à Bruxelles plusieurs de mes lettres et de celles de madame du Châtelet, plusieurs même de votre majesté, et les avait mises en dépôt chez une marchande de Bruxelles nommée Desvignes, qui demeure à l'enseigne du Ruban bleu. Cette femme en avait vendu une partie aux Ledet, qui les ont imprimées dans leur sixième volume; et elle était en marché du reste , lorsque le roi mon maître prit Bruxelles. Nous nous adressâmes sur-lechamp à M. de Sechelles , nonmié intendant des pays conquis. U fit une descente chez la Desvignes , se saisit des papiers , et les renvoya à madame la marquise du Châtelet.

Au reste, sire, madame du Châtelet et mo/, nous sonunes toujours pénétrés de la même vénération pour votre majesté, et elle vous donne sans difficulté la préférence sur toutes les monades de Leibnitz. Tout sert à

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38 CORRESPOKDANCE

la faire souvenir de vous : votre portrait , qui est dans sa chambre à la droite de Louis XIY ; yos médailles ^ qui sont entre celles de Newton et de Marlborough; votre couvert , avec lequel elle mange souvent ; enfin , votre réputation qui est présente partout et à tous les momens.

Pour moi, sire, je n ai d'autre regret dans ce monde que celui de ne plus voir le grand homme qui en est l'ornement. J'achève paisiblement ma carrière , et je la finirai en vous protestant que j'aurai toujours vécu avec le plus véritable attachement et le plus profond respect , etc.

« A Berlin, le X S décembre.

Le marquis de Paulmi sera reçu connne le fils d'un ministre français que j'estime, et comme un nourrisson du Parnasse, accrédité par Apollon même. Je suis bien fâché que le chemin du duc de Richelieu ne le conduise pas par Berlin 5 il a la réputation de réunir mieux qu'homme de France les talens dé l'esprit et de l'érudition aux charmes et à l'illusion de la politesse. C'est le modèle le plus avantageux à la nation française que son maître ait pu choisir pour cette ambassade; un homme de tout pays, citoyen de tous les lieux, et qui aura dans tous les siècles les mêmes suffrages que lui accordent Paris, la France et l'Europe entière.

Je suis accoutumé à me passer de bien des agrémens dans la vie. J'en supporterai plus facilement la privation de la bonne compagnie dont les gazettes nous avaient annoncé la venue.

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AVEC LE ROI DE X^JtlTSaE. — 1746. 89

Tant que vous ne mourrez que par métaphore, je ▼OU9 laisserai 4tûre. Confessez-vous, faites-vous graisser la physionomie des saintes huiles, recevez à la fois le« sept sacremens, si vous le voulez; peu m'importe : cependant dans votre soi-disant agonie, je me garderai bien d avoir autant de sécurité que les Hollandais en ont eu envers le maréchal de Saxe. Certes, vous autres Fran* çais, vous êtes étonnans! Vos héros gagnent des batailles ayant la mort sur les lèvres, et vos poètes font des ouvrages immortels à lagonie. Que ne ferez-vous pas, si ycmm la nature se p)sat par un caprice k vous rendre sains et robustcCS I

Xes anecdotes sur la vie pmréet de Louis XIY m*ont feit bien du plaisir, quoique, à la vérité. Je n'y aie pas trouvé des choses nouvelles. Je voudrais que vous n'écrivissiez point la campagne de 44 > «^ V^^ vous missiez la dernière main au Siècle de Louis-le- Grand. Les auteurs contemporains sont accusés par tous les siècles d'être tombés dans les aigreurs de la satire ou dans la fatuité de la flatterie. S'il y a moyen de vous faire faire un mauvais ouvrage, c'est en vous obligeant à travailler à celui que vous avez entrepris. C'est aux honunes de faire de grandes choses , et à la postérité impartiale à proponcer sur eux et sur leurs actions.

Croyez-moi, achevez la Pucell^ Il vaut mieux dérider le front des honnêtes gens^ que de faire des gazettes pour des polissons. Un Hercule enchaîné et retenu par trop d'entraves doit perdre «a force et devenir plus flasque que le lâche Paris.

Il semble que lé dauphin ne se marie que pour exercer votre génie. SémiramU fait autant de bruit en Allemagne que la nouvelle dauphine en fait en France.

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4o CORRESPONDANCE

Mettez -moi donc en état de juger ou de Tune ou de l'autre, et de joindre mes suffrages è ceux de Versailles.

Maupertuis se remet de sa maladie. Toute la ville s'intéresse à son sort ; c'est notre Palladium , et la plus belle conquête que j'aie faite de ma vie. Pour vous qui n'êtes qu'un inconstant, un ingrat, un perfide, un.. .. que ne vous dirais-je pas , si je ne fesais grâce à vous et à tous les Français erffaveur de Louis XV î

Adieu ; les vêpres de la comédie sonnent. Barbarin , Cochois , Hauteville , m'appellent ; je vais les admirer. J'aime la perfection dans tous les métiers , dans tous les arts; c'est pourquoi je ne saurais refuser mon estime à l'auteur de la Henriade. Fédekic.

DE M. DE VOLTAIRE

A Paris, ce 9 février 1747.

Sire, eh bien! vous aurez Sémiramis ; elle n'est pas à l'eau rose; c'est ce qui fait que je ne la donne pas à notre peuple de sybarites, mais à un roi qui pense comme on pensait en France du temps du grand Corneille et du grand Condé, et qui veut qu'une tragédie soit tragique et une comédie comique.

Dieu me préserve, sire, de faire imprimer \ Histoire de la guerre de 1741 î Ce sont de ces fruits que le temps seul peut miirir; je n'ai fait assurément ni un panégyrique ni une satire ; mais plus j'aime la vérité , et moins je dois la prodiguer. J'ai travaillé sur les mémoires et sur les lettres des généraux et des ministres. Ce sont des ^natériaux pour la postérité; car, sur quels fonderaens

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bâtirait-on niistoire , si les contemporains ne laissaient pas de quoi élever l'édifice? César écrivît ses Commentaires, et vous écrivez les vôtres; mais où sont les acteurs qui puissent ainsi rendre compte du grand rôle qu'ils ont joué ? Le maréchal de Broglie était-il honune à faire des commentaires? Au reste, sire, je suis très loin d'entrer dans cet horrible et ennuyeux détail de journaux de sièges, de marches, de contre-marches, de tranchées relevées, et de tout ce qui fait l'eAtretien d'un vieux major et d'un lieutenant colonel retiré dans sa province. Il faut que la guerre soit par elle-même quelque chose de bien vilain , puisque les détails en sont si ennuyeux. J'ai tâché de considérer cette folie humaine un peu en philosophe. J'ai représenté l'Espagne et l'Angleterre dépensant cent millions à se faire la guerre pour quatre-vingt-quinze mille livres portées en compte ; les nations détruisant réciproquement le commerce pour lequel elles combattent ; la guerre au sujet de la pragmatique devenue comme une maladie qui change trois ou quatre fois de caractère, et qui de fièvre devient paralysie, et de paralysie convulsion; Rome qui donne la bénédiction et qui ouvre ses portes aux têtes de deux armées ennemies en un même jour ; un chaos d'intérêts divers qui se croisent à tout moment; ce qui était vrai au printemps devenu faux en automne; tout le monde criant la paix! la paix! et fesant la guerre à outrance; enfin , tous les fléaux qui fondent sur cette pauvre race humaine ; au milieu de tout cela , un prince philosophe qui prend toujours bien son temps pour donner des batailles et des opéras ; qui sait faire la guerre, la paix, et des vers et de la musique, qui réforme les abus de la justice, et qui est le plus bel esprit de l'Europe. Voilà à quoi je m'amuse^ sire, quand je ne meurs point; mais

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4a ♦CORRESPONDANCE

je me meurs fort «ouvent, et je souffre beaucoup plus que ceux qui dans cette funeste guerre ont attr^é de grands coups d# fusil.

J*ai revu M. le duc de Richelieu, qui est au désespoir de n'avoir pu faire sa cour au grand homme de nos jours. Il ne s'en console point, et moi je ne demande à la nature un mois ou deux de santé que pour voir encore une fois ce grand homme, avant d'aller dans le pays ou Achille et Thersite , Corneille et Danchet sont égaux. Je serai attaché à votre majesté jusqu'à ce beau moment où Ton va savoir à point nommé ce que c'est que lame, l'infini, la matière et l'essence des choses ; et tant que je vivrai , j'admirerai et j'aimerai en vous l'honneur et l'exemple de cette pauvre espèce humaine, V,

Du aa février.

Vous n'avez donc point fait votre Sémirami^ pour Paris ; on ne se donne pus non plus la peine de travailler avec soin une tragédie pour la laisser vieillir dans un portefeuille. Je vous devine; avouez donc que cette pièce a été composée pour notre théâtre de Berlin : à coup sûr, c'est une galanterie que vous me faites, et que votre discrétion ou votre modestie vous empêche d'avouer. Je vous en fais mes remerciemens à la lettre , et j'attends la pièce pour l'applaudir ; car on peut applaudir d'avance quand il s'agit de vos ouvrages. Il n'y a qu'une injustice extrême de la part du public, ou plutôt les intrigues et les cabales qui puissent vous enlever les louanges que vous méritez.

Voilà donc votre goût décidé pour Tbistoirel suivez

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AVEC LB ROf BÊ PtCOêSÊ* — 1747- 43

paiiqtril \t hxxtj cette imputéion étrimgère; J6 ne m^ oppoce pas. L^ouTrage qtri m'occnpe n est pokit dans le genre de mémoires ni de commentaires; mon personnel n'y entre ponr rien. C*est une fatuîtë en tout homme de se croire «n être assex remarquable pour que tout ruoirr^^ soit informé du détail de ee qui coneeme son individu. Je peins an grand le bouleversement de TEurope; je me suis appliqué à crayonner les ridicules et les contradictions que Ton peut remarquer dans la conduite de ceux qui 1» gouvernent. J'ad rendu le précis des négodatk>ns les plus importantes, des faits de guerre les plus remarquables; et j'ai assaisonné ces récits de réfiexions sur les causes des événemens et sur les différens effets qu'une même chose produit «quand elle arrive dans d*autres temps, ou chez différentes nations. Les détails de guerre que vous dédaigner sont sans doute ces longs journaux qui contiennent l'ennuyeuse énumération de cent minuties, et vous avez raison sur ce sujet; cependant il faut distinguer la matière , de l'inhabileté de ceux qui la traitent pour la plupart du temps. Si on lisait une description de Paris où l'auteur s'amusât à donner l'exacte dimension de toutes les maisons de cette ville immense, et où il n'omît pas jusqu'au plan du plus vil brelan , on condamnerait ce livre et l'auteur au ridicule; mais on ne dirait pas pour cela que Paris est une ville ennuyeuse. Je suis du sentiment que de grands faits de guerre écrits avec concision et vérité, qui développent les raisons qu'un chef d'armée a eues en se décidant, et qui exposait pour ainsi dire l'ame de ses opérations; je crois, je le répète, que de pareils mémoires doivent servir d'instruction à tous cent qui font profession des armes. Ce sont des leçons qu'un anatomiste fait à des sculpteurs, qui leur apprennent par

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44 CORRESPOWDAIfCE

quelles contractions les muscles du corps humain se remuent. Tous les arts ont des exemples et des préceptes. Pourquoi la guerre qui défend Ta patrie et sauve les peuples d'une ruine prochaine n en aurait-elle pas ?

Si vous continuez à écrire sur ces dernières guerres, ce sera à moi à vous céder ce champ de bataille : aussibien mon ouvrage n*est-il pas fcdt pour le public. J'ai pensé très sérieusement trépasser, ayant eu une attaque d'apoplexie imparfaite; mon tempérament et mon âge m ont rappelé à la vie. Si j*étais descendu là-bas , j'auraisguetté Lucrèce et Virgile , jusqu'au moment que je vous aurais vu arriver; car vous ne pourrez avoir d autre place dans TElysée qu'entre ces deux messieurs-là. J'aime cependant niieux v.ous appointer dans ce monde-ci ; ma curiosité sur Tinfîni et sur les principes des choses n'est pas assez grande pour me faire hâter le grand voyage. Vous me faites espérer de vous revoir; je ne m'en réjouirai que quand je vous verrai, car je n'ajoute pas grand'foi à ce voyage ; cependant vous pouvez vous attendre à être bien reçu ;

Car je t*ainie toujours tout ingrat et Taurien ,

El ma facilité fait grâce à ta faiblesse ;

Je te pardonne tout avec un cœur chrétien.

Le duc de Richelieu a vu des dauphines, des fêtes, des cérémonies et des fats : c'est le lot d'un ambassadeur. Pour moi j'ai vu le petit Paulmi aussi doux qu'aimable et spirituel. Nos beaux esprits l'ont dévalisé en passant , et il a été obligé de nous laisser une comédie charmante qui a eu assez de succès à la représentation ; il doit être à présent à Paris. Je vous prie de lui faire mes complimens , et de lui dire que sa mémoire subsistera toujours ici avec celle des gens les plus aimables.

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Vous avez prêté votre Pucelle à la duchesse de Virtemberg; apprenez qu'elle Fa fait copier pendant la nuit» Voilà les gens à qui vous vous confiez; et les seuls qui méritent votre confiance , ou plutôt à qui vous devriez vous abandonner tout entier, sont ceux avec lesquels vous êtes en défiance. Adieu; puisse la nature vous donner assez de force pour venir dans ce pays-ci, et vous conserver encore de longues années pour l'ornement des lettres et pour Fhonneur de lesprit humain !

DE M. DE VOLTAIRE

A Versailles } ce 9 mars.

Les fileuses des destinées.

Les Parques ayant mille fois Entendu les âmes damnées Parler là-bas de tos exploits , De vos rîmes si bien tournées De vos victoires , de 70s lois , Et de tant de belles journées , Vous crurent le plus vieux des rois.

Alors des rives du Cocyte, A Berlin vous rendant visite La Mort s*en vint avec le Temps , Croyant trouver des cheveux blancs Front ridé, face décrépite»

Et discours de quatre-vingts ans.

Que l'inhumaine fut trompée !

Elle aperçut de blonds cheveux Un teint fleuri, de {prands yeux bleus Et votre flûte et votre épée ; Elle songea pour mon bonheur Qu'Orphée autrefois par sa lyre , Et qu'AIcide par sa valeur , La bravèrent dans ton empire.

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46 GOARESPOirDAiirGE

Dans TOUS , dans mon prince elle irit * ,

Le seul homme qui réunit

Les dons d'Orphée et ceux d'Alcide ;

Doublement elle tous craignit

Et laissant son dard homicide.

S'enfuit au plus intérêt partit

Pourpier saisir la personne

De quelque pesant cardinal

Ou pour achever dans LisSbonne

Le prétre-roi de Portugal.

Vraiment, sire, je ne vous dirais pas de ces bagatelles rimées, et je serais bien loin de plaisanter, si votre lettre, en me rassurant , ne m*avait inspiré de la gsuté. La Renommée , qui a toujours ses cent bouches ouvertes pour parler des rois, et qui en ouvre mille pour vous, avait dit ici que votre majesté était à l'extrémité, et qull y avait très peu d espérance. Cette mauvaise nouvelle, sire, vous aurait fait grand plaisir, si vous aviez vu comme elle fut reçue. Comptez qu''Oa fut oonstcasaé, et quon

* Variante de Tédition de Kehl

Elle trembla quamlellD wit

Ce grand homme qai réunit

Les dons d'Orphée et ceux d'Alcide ;

Doublement elle tous craignit

Et jetant son ciseau -perfide.

Chez ses sœurs elle s'en alla.

Et pour TOUS le trio fila

Une trame tonte nouvelle

Brillante, dorée, imaaorteUe,

Et la même que pour Lonis ;

Car Tons êtes tous deux amis ,

Tous deux tous fbreex des muraflles ,

Tous deux ▼4>ns gagnes d«s b«taUIes

Contre les mêmes ennemis i

Vous régnez sur des cœurs soumis.

L'un à Berlin, l'autre Jk Versailles.

Tous deux un leur.... mais jefinia.

Il est trop aisé de déplaire

Quand on parle aux rois trop long-tcn^ps :

Comparer deux héros tirans

di'est pas une iMtite affaira»

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AVEC LE HOI Dfe PRUSSE. — 1747- 4?

ne TOUS aurait pas plus regretté dans Tos états. Vous auriez joui de toute votre renommée, vous auriez vu Feffet que produit un mérité unique sttr un peuple senable ; vous duriez senti toute la douceur d'être chéri d'une nation qui, avec tous ses défauts, «st peut-être dans l'univers la seule dispensatrice de la gloire. Les Anglais he louent que des Anglais ; les Italiens ne sont rien; les Espagnols nont plus ^ère de héroS, et n'ont pas un écrmdn; les monades de Leibtittz en Allemagne et l'harmonie préétablie n'immortaKs&ront aucun grand homme. Vous Siavez, «ire, que je n ai pas de prévention pour ma patrie ; mais j'ose assurer qu'elle est la seule qui élève des monumens à la gloire des grands hommes qui ne sont pas nés dans son sein.

I Pour moi, sire , votre péril me fit frémir, et me c&ûta bien des larmes. Ce fut M. de Paulmi qui m'apprit que votre majesté se portait bien, et qui me rendit ma joie. I Je serais tenté de croire que les pilules de âtahl doivent faire du bien au roi de Prusse; eltes #nt été inventées à Berlin ^ et elles m'ont presque |^éri en dernier lieu. Si elles ont un peu raccommodé mon coips cacochyme , que ne feront-elles pas au tempérament d'un hérosJ

Si quelque jour elles me rendent un peu de forces, je vous demanderai assurément la permission de venir cncorie vous admirer; peut-être votre mqesté n<e seraitelle pas fâchée de me donner ses lumières sur ce qu'elle a fait et sur Ce qu'^Ue paasë de g^and. Je lut jure ({u'etle ne se plaindrait pas que j'eusse donné à madame la clu<^esse de Virten^Mrg ce que je devais donner au grand Frédéric. Elle a pclût«*ire copié une page ou deux de ce que vous avez^ mais il est impossible quelle ait ce que vous n'avez pas; je vous jure encore que le reste

48 CORRESPONDAJTCE

e»t à Qrey, et n*est point fait du tout pour être à présent à Paris.

La dame de Cirey, qui a été aussi alarmée que moi , TOUS demande la permission de tous témoigner sa joie et son attachement respectueux.

ViTez, sire, TiTez, grand honune, et puissé-je Tivre pour Tenir encore une fois baiser cette main Tictorieuse, qui a fait et écrit de quoi aller à la postérité la plus reculée! ViTez, TOUS qui êtes le plus grand honune de FEurope, et que j*oserai aimer tendrement jusqu'à mon dernier soupir, malgré le profond respect qui empêche, dit-on , d*aimer *.

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