CCCLVIII
A Potsdam , le ao fiévriq;.
Je suis bien aise que ce livre qu'on a eu tant de peine à trouver ici vous soit parvenu, puisque vous le souhaitiez. Ce pauvre abbé Fleury, qui en est l'auteur, a eu le chagrin de l'avoir vu mettre à Vindex à la cour de Rome, nfaut avouer que Y Histoire de l'Église est plutôt un sujet de scandale que d'édification.
L'auteur de la préface a raison , en ce qu'il soutient que 1 ouvrage des hommes se décèle dans toute la conduite des prêtres qui altèrent cette religion (sainte en elle-même) de concile en concile, la surchargent d'articles de foi , et puis la tournent toute en pratiques extérieures, et finissent enfin par saper les mœurs avec leurs indulgences et leurs dispenses, qui ne semblent inventées que pour soulager les hommes du poids de la vertu: comme si la vertu n'était pas d'une nécessité absolue pour toute société, comme si quelque religion pouvait être tolérée sitôt qu'elle devient contraire aux bonnes mœurs.
Il Y aurait de quoi composer des volumes sur cette matière; et les petits ruisseaux que je pourrais fournir se perdraient dans les immenses réservoirs et les vastes mer» de votre seigneurie de Ferney. Vous écrire sur ce sujet , ce serait porter des corneilles à Athènes. J'en viens à vos pauvres Genevois. Selon ce que disent
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292 CORRESPONDAIÎCE
les ppipier» publics, il paraît que votre ministère tle Versailles s'est radouci sur ce sujet. Je le souhaite pour le bien de l'humanité. Pourquoi changer les lois dun peuple qui veut les conserver? Pourquoi tr^cas6e^? Certainement il n*en reviendra pas une grande gloire à la France d'avoir pu opprimer une pauvre république voisine. Ce sont les Anglais qu'il faut vaincre, c'est contre eux qu'il y a de la réputation à gagner ; car ces gens sont fiers et savent se défendre. Je ne sais si on réussira en France à ét^^blir leur banque. L'idée en est bonne ; mais moi qui vois ces chpses de loin , et qui peux me tromper, je ne crois pas qu'on ait bien pris son temps pour rétablir. Il faut avoir du crédit pour en former une ,* et selon les bruits populaires le gouvernement en manque.
Je vous fais mes remerciemens de la façon dont vous avez défendu mes barbarismes et mes solécismes envers l'abbé d'Olivet. Vous, et les grands orateurs, rendez toutes les causes bonnes. Si vous vous le proposiez , vous me donneriez assez d'amour-propre pour me croire infaillible comme un des Quarante, tant l'art de persuader est un don précieux !
Je voudrais l'avoir pour persuader aux Polonais la tolérance. Je voudrais que les dissidens fussent heureux , mais sans enthousiasme, et de façon que la république fàt contente. Je ne sais point ce que pense le roi de Pologne; mais je crois que tout cela pourra s'ajuster doucement en modérant lés prétentio^s des uns, et en portant les autres à ce rçlâcher sur quelque chose.
Le saint Père a envoyé un bref dans ce paysJà : il n'y est question que de la gloire du martyr^, de l'assistance miraculeuse de Dieu, du fer, du feu, de lobsitination , dfe zèle, etc. etc. Le saint Esprit l'instpire bien mal, et
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lui a fait faire, depuis son pontificat ^ toutes choses à contre-sens. A quoi bon donc êtte inspiré?
Il y a ici une comtesse polonaise; elle se nomme Crazin&ka : c'est une espèce de phénomène. Cette femme a un amour déeidé pour les lettres; elle a appris le latin , le grec, le français, Fitalien et l'anglais; elle a lu tous les auteurs classiques de chaque langue , et les possède bien. L'ame d'un bénédictin réside dans soi^ corps: avec cela elle a beaucoup d'esprit, et n'a contre elle que la difficulté de s'exprimer en français, langue dont Vusage ne lui est pas encore aussi familier que l'intelligence. Arec pareille recoitiihandation vous jugerez si elle a été bieil accueillie. Elle a de la suite dans la conversation, de la liaison dans les idées, et aucune des frivoh'tés de son sexe. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'elle s'est formée elle-méDie> sans aucun secours. Voilà trois hivers qu'elle passe à Berlin avec les gens de lettres, en suivant ce penchant irrésistible qui l'entraîne.
Je prêche son exemple à toutes nos femmes , qui auraient bien une autre faciliié que cette Polonaise à se former ; mais elles ne connaissent pas la félicité de ceux qui cultivent les lettres; et parce que cette volupté n'est pas vive, elles ne la reconnaissent pas pour telle. Vous ^ quoique dans un âge avancé, vous leur devez encore les plu» heureux momens de votre vie. Quand tous les autres plaisirs passent, celui-là reste ; c'est le fidèle compagnon de tous les âges et de toutes les fortunes.
Puissieî^vous encore en jouir kmg-temps pwr le bien de ce» lettres mêmes , pour éclairer les aveugles ,. et pour défendre mes barbarismes! Je le souhaite de tout nKm cœur. F^ah» FBi>éRic.
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CCCLIX,
A Potsdam , le a8 féTrier.
Je félicite TEurope des productions dont tous l'avez enrichie pendant plus de cinquante années , et je souhaite que TOUS en ajoutiez encore autant que les Fontenelle , les Fleury et les Nestor en ont vécu. Avec vous finit le siècle de Louis XIV. De cette époque si féconde en grands hommes, vous êtes le dernier qui nous reste. Le dégoût des lettres, la satiété des chefs-d'œuvre que Fesprit humain a produits , un esprit de calcul , voilà le goût du temps présent.
Parmi la foule de gens d'esprit dont la France abonde, je ne trouve pas de ces esprits créateurs , de ces vrais génies qui s'annoncent par de grandes beautés, des traits brillans, et des écarts même. On se plaît à analyser tout. Les Français se piquent à présent d'être profonds. Leurs livres semblent faitt par de froids raisonneurs ; et ces grâces qui leur étaient si naturelles , ils les négligent.
Un des meilleurs ouvrages que j'aie lus de long-temps est cefactum pour les Calas, fait par un avocat dont le nom ne me revient pas. Cefactum est plein de traite de véritable éloquence , et je crois l'auteur digne de marcher sur les traces de Bossuet, etc., non comme théologien, mais comme orateur.
Vous êtes environné d'orateurs qui haranguent à coups de baïonnettes et de cartouches : c'est un voisinage désagréable pour un philosophe qui vit en retraite, plus encore pour les Genevois.
Cela me rappelle le conte du Suisse qui mangeait une
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AVEC LE ROI »: PRUSSE. — 1767. agS
omelette au lard un jour maîgre, et qui, entendant lonner, s écria ; Grand Dieu ! voilà bien du bruit pour une omelette au lard. Les Genevois pourraient faire cette exclamation en s adressant à Louis XV. La fin de ce blocu ne tournera pas à l'avantage du peuple. Ce qu'ils pourraient faire de plus judicieux serait de céder aux conjonctures et de s*accommoder. Si lobstination et l'animosîté les en empêchent, leur dernière ressource est l'asile que je leur prépare, et qui s« trouve dans un Heu que vous jugez très bien qui leur sera convenable. Je ne sais quel est le jeune homme dont vous me parlez. Je m'informerai s'il se trouve à Vesel quelqu'un de ce nom. En cas qu'il y soit , votre recommandation ne lui sera pas inutile»
Voici de suite trois jugemens bien honteux pour les parlemens de France. Les Calas, les Sirven et La Barre devraient ouvrir les yeux au gouvernement , et le porter à la réforme des procédures criminelles : mais on ne corrige- les abus que quand ils sont parvenus à leur combre. Quand ces cours de justice auront fait rouer quelque duc et pair par distraction, les grandes maisons crieront, les ccurtisans mèneront grand bruit, et les calamités jmbliques parviendront au trône.
Pendant la guerre , il y avait une contagion à Breslau : on eaterrait cent vingt personnes par jour; une comtesse dit : Dieu merci y la grande noblesse est épargnée; ce n'est que le peuple qui meurt. Voilà l'image de ce que pensent les gens en place, qui se croient pétris de n^olécules plus précieuses que ce qui fait la composition du peuple qu'ils oppriment. Gela a été ainsi presque de tout temps. L'allure des grandes monarchies est la même.. Il n'y a guère que ceux qui ont souffert l'oppression qui la connaissent et la détestent. Ces enfans de la Fortune,.
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agÔ CORBESPONDAICCE
qu elle a engourdis dané la prospérité, pensent que les maux du peuple sont exagération, que des iDJuHioes sont des méprises; et pourvu que le premier ressort aille, il importe .peu du reste.
Je souhaite, puisque la destinée du monde est detre mené ainsi , que la guerre s'écarte de votre habitation , et que vous jouissiez paisiblement dans votre retnôte d*un repos qui vous est dû, sous les ombrages des lauriers d'Apollon : je souhaite encore que,<laxis cette douce retraite, vous ayez autant ^e plaisir que vos ouvrîmes en ont donné à vos lecteurs. A moins d'être au troinème ciel , vous ne sauriez être plus heureux. Fbdbric.
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Sire, j'entends très bien l'aventure des deux chiens , et je l-entends d'autant mieux que je suis un peu mordu. Mes petites possessions touchent aux portes de Genève. Tout commerce est interrompu par cette ridicule guore; elle n'ensanglante pas encore la terre, mais elle la ruâie. Vos chiens répondent très pertinemment à nos héros français et bernois. Il est certain que si les animaux raisonnaient avec les hommes, ils auraiait tmjours raison, car ils suivent la nature, et nous l'avons corrompue.
A l'égard du violon, je crains de n'entendre pas le mot de l'énigme. Est-ce le roi de Pologne qui, ne pouvant pas lui-même venir à bout de ses évéques, s'est voulu secrètement appuyer de votre majesté, de la Russie, de l'Angleterre et du Dacnemarck, et qui n'est netuellement appuyé que de la Rusûe? Est-ce l'impéra-
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AVEC LE ROI DE MUSSE. — 1767. a 97
vrice de Rinsie qui «ootiem 6eale k pi«sent le ferdeau «jii'elle avaît voulu partager avec trois puissances?
Il me paraît que je tourne autour du mot de l'ëftîgme, «nais je peux me tromper; vous savez que je ne suis pas grand politique.
Votre alliée Fimpératrice a eu la bonté de m'envoyer son mémoire justificatif, qni ma semblé bien fait. C'est une chose assez plaisante, et qui a lair de la contradiction, de soutenir Findulgence et la tolérance les armes à la main; mais aussi l'intolérance est si odieuse, qu'elle mérite qu'on lui donne sur les oreilles. Si la superstition a ^ si long-temps la guerre^ pourquoi ne la ferait-on pas à la superstition ? Hercule allait condïattre les brigands, et Belléropbon ks chimères; je ne serais pas iâché de voir des Hercules et des Belléropkons délivrer la terre des brigands et <des chimères catholiques.
Quoi qu'il en soit , vos deux contes lont bien plaisans ; votre génie est toujours le même : votre raison supérieure est toujours ingénieuse et gaie. J'espère que votre majesté daignera m'envoyer qudque nouvean conte sur la folie de ne vouloir pas qu'un prinoe afferme son bien, knrsquil est permis au dernier paysan d'affermer le sien : cela ne me paraît pas jmste^ et piérite umrément «n troisième conte.
3'ai eu l'honneur de vous parler, dans ma dernière lettre, du nommé Morival, cadet dans un de vos régimens à Vesel; c'est un jeune homme très bien né, et dont on rend de fort bons témoignages. Est-il convenaUe qu il ait été condamné à être brûlé vif chez des iKcards , pour n'avoir pas salué une procession de capucins, et pour avoir chanté deux chansons.^ L'inquisition eUe-même ne conuaettrait pas de paretUes horreurs. Pour peu qn'on jette les yeux sur la scène de ce monde ,
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298 CORRESPOWDANCE
on passe la moitié de sa vie à rire, et l'autre moitié à frçmir.
Conservez -moi, sire, vos bontés pour le peu de temps que j'ai encore à végéter et à ramper sur ce malheureux et ridicule tas de boue.
A Potsdam , le 24 mars.
Je vous plains de ce que votre retraite est entourée d'armes ; il n'est donc aucun séjour à l'abri du tumulte! Qui croirait qu'une république dût être bloquée par des voisins qui n'ont aucun empire sur elle.»* Mais je me flatte que cet orage passera , et que les Genevois ne se raidiront pas contre la violence, ou que le ministère français modérera sa fougue.
Vous voulez savoir le mot du conte P II ne regarde que moi. Ce conte fut fait l'an 1761, et convenait assez à ma situation telle qu elle était alors. Tai corrigé cet ouvrage depuis la paix et je vous l'ai envoyé. Je suis si » ennuyé de la politique, que je la mets de côté dans mes momens de loisir et d'étude ; je laisse cet art conjectural à ceux dont l'imagination aime à s'élancer dans l'immense abyme des probabilités.
Ce que je sais de l'impératrice de Russie , c'est qu'elle a été sollicitée par les dissidens de leur prêter son assistance, et qu'elle a fait marcher des argumens munis de canons et de baïonnettes, pour convaincre les évêques polonais des droits que ces dissidens prétendent avoir.
n n'est point réservé aux armes de détruire Yînf.,,; elle périra par le bras de la Vérité et par la séduction de
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — X767. acjg
rintérét. Si vous voulez que je développe cette idée, voici ce que j'entends :
J'ai remarqué, et d'autres comme moi , que les endroite où il y a le plus de couvens et de moines sont ceux où le peuple est le plus aveuglément livré à la superstition : il n'est pas douteux que, si l'on parvient à détruire ces asiles du fanatisme, le •peuple ne devienne dans peu indifférent et tiède sur ces objets , qui sont actuellement ceux de sa vénération. Il s'agirait donc de détruire les cloîtres, au moins de commencer à diminuer leur nombre. Ce moment est venu , parce que le gouvernement français et celui d'Autriche sont endettés, qu'ils ont épuisé les ressources de l'industrie pour acquitter leurs dettes, sans y parvenir. L'appât de riches abbayes et de couvens bien rentes est tentant. En leur représentant le mal que les cénobites font à la population de leurs états, ainsi que l'abus du grand nombre de CucuUati qui remplissent leurs provinces , en même temps la facilité de payer en partie leurs dettes en y appliquant les trésors de ces communautés qui n'ont point de successeurs, je crois qu'on les déterminerait à conunencer cette réforme ; et il est à présumer qu'après avoir joui de la sécularisation de quelques bénéfices , leur avidité engloutira le reste.
Tout gouvernement qui se déterminera à ce^te opération sera ami des philosophes, et partisan de tous les
livres qui attaqueront les superstitions populaires et le
feux zèle des hypocrites qui voudraient s'y opposer. Voilà un petit projet que je soumets à l'examen du
patriarche de Femey. C'est à lui, comme au père des
fidèles , de le rectifier et de l'exécuter. Le patriarche m'objectera peut-être ce que l'on fera
des évêques : je lui réponds qu'il n'est pas temps d'y
3oO CORRESPONDANCE
toucher encore; qu'il faut commencer par détruire ceui qui soufflent Tembrasement du fanatisme au cœur du peuple. Dès que le peuple sera refroidi, les évéques deviendront de petits garçons dont les souyerains disposeront, par la suite des temps, comme ils Toudront»
La puissance des ecclésiastiques n*est que d'opinion; elle se fonde sur la crédulité des peuples. Éclairez ces derniers , l'enchantement cesse.
Après bien des peines, j'ai déterré le malheureux compagnon de La Batre : il se trouve porte^enseigne à Vesel , et j'ai écrit pour lui.
On me marque de Paris qu'on prépare au Théâtre Français, avec appareil, la représentation des Scythes, Vous ne vous contentez pas d'éclairer votre patrie, vous lui donnez encore du plaisir. Puissiez-vous lui en donner long-temps , et jouir dans votre doux asile des délices que vous avez procurées à vos contemporains , et qui s'étendront à la race future autant qu'il y aura des hommes qui aimeront les lettres, et d'ames sensibles qui connaîtront la douceur de pleurer ! Vale, Fbdéric.
DE M. DE VOLTAIRE
5 avril
Sire , je ne sais plus quand les chiens qui se battent pour un os, et à qui on donne cent coup^ de bâton, comme le dit très bien votre majesté , pourront aller demander un chenil dans vos états '. Tous ces petite dogues - là , accouiumés à japper sur leurs paliers , deviennent indécis de jour en jour. Je crois qu'il y a deux
I M. de Voltaire voulait alors qne Vesel servit d*asile aux proscrits d« Genève. Il avait essayé , quelque temps auparavant , d'y établir une colonie de philosophes français. {Éd, de Kehi.)
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1767. 3o I
jarailles qui partent incessamment , mais je ne puis parler aux autres, la communication .étant interdite par un cordon de troupes dont on vante déjà les conquêtes. On nous a pris plus de douze pintes de lait, et plus de quatre paires de pigeons. Si cela continue , la campagne sera extrêmement glorieuse. Ce ne sont pourtant pas les malheurs de la guerre qui me font regretter le temps que j'ai passe auprès de votre majeaté.
Je ne me consolerai jamais du malheur qui me fait achever ma vie loin de vous. Je suis heureux autant qu on peut rétre dans ma situation , mais je suis loin du seul prince véritablement philosophe. Je sais fort bien qu'il y a beaucoup de souverains qui pensent comme vous ; mais où est celui qui pourrait faire la préface de cette Histoire de F Église ? où est celui qui a Tame assez forte et le coup d'œil assez juste pour oser voir et dire qu'on peut très bien régner sans le lâche secours d'une secte ? où est le prince assez instruit pour savoir que depuis dix-sept cents ans la secte chrétienne n'a jamais fait que du mal ?
Vous avez vu sur cette matière bien des écrits auxquels il n'y a rien à répondre ; ils sont peut-être un peu trop longs , ils se répètent peut-être quelquefois les uns les autres. Je ne condamne pas toutes ces répétitions , ce sont les coups de marteau qui enfoncent le clou dans la tète du fanatisme; mais il me semble qu'on pourrait faire un excellent recueil de tous ces livres , en élaguant quelques superfluités et en resserrant les preuves. Je me suis long-temps flatté qu'une petite colonie de gens savans et sages viendrait se consacrer dans vos états à éclairer le genre humain. Mille obstacles à ce dessein s'accumulent tous les jours.
Si j'étais moins vieux, si j'avais de la santé, je quitte-
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rais sans regret le château que j'ai bâti et les arbres que j*ai plantés, pour venir achever ma vie dans le pays de- Clèves avec deux ou trois philosophes, et pour consacrer mes derniers jours , sous votre protection , à l'impression de quelques livres utiles. Mais, sire , ne pouvezvous pas, sans vous compromettre, faire encourager quelque libraire de Berlin à les réimprimer , et à les faire débiter dans l'Europe à un prix qui en rende la vente facile? Ce serait un amusement pour votre majesté, et ceux qui travailleraient à cette bonne œuvre en seraient récompensés dans ce monde plus que dans l'autre.
Comme j'allais continuer à vous demander cette grâce , je recois la lettre dont votre majesté m'honore, du 24 mars. Elle a bien raison de dire que Vin/1, „ ne sera jamais détruite par les armes , car il faudrait alors combattre pour une autre superstition qui ne serait reçue qu'en cas qu'elle fût plus abominable. Les armes peuvent détrôner un pape, déposséder un électeur ecclésiastique , mais non pas détrôner l'imposture.
Je ne conçois pas comment vous n'avez pas eu quelque bon évêché pour les frais de la guerre , par le dernier traité ; mais je sens bien que vous ne détruirez la superstition christicole que par les armes de la raison.
Votre idée de l'attaquer par les moines est d'un grand capitaine. Les moines une fois abolis , l'erreur est exposée au mépris universel. On écrit beaucoup en France sur cette matière; tout le monde en parle. Les bénédictins eux-mêmes ont été si honteux de porter une robe couverte d'opprobre, qu'ils ont présenté une requête au roi de France pour être sécularisés ; mais on n'a pas cru cette grande affaire assez mûre ; on n'est pas assez hardi en France, et les dévots ont encore du crédit.
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Voici un petit imprimé qui m'est tombé sous la main ; il n*est pas long, mais il dit beaucoup. Il faut attaquer le monstre par les oreilles comme à la gorge.
J'ai chez moi un jeune homme nommé M. de La Harpe, qui cultive les lettres avec succès. Il a fait une Épître d'ii/i Moine au fondateur de la Trappe y qui me paraît excellente. J aurai l'honneur de lenvoyer à votre majesté par le premier ordinaire. Je ne crois pas qu'on le condamne à être disloqué et brûlé à petit feu comme cet infortuné qui est à Yesel , et que je sais être un très bon sujet. Je remercie votre majesté , au nom de la raison et de la bienfesance , de la protection qu'elle accorde à cette victime du fanatisme de nos druides.
Les Scythes sont un ouvrage fort médiocre. Ce sont plutôt les petits cantons suisses et un marquis français , que les Scythes et un prince persan. Thieriot aura l'honneur d'envoyer de Paris cette rapsodie à votre majesté.
Je suis toujours fâché de mourir hors de vos états. Que votre majesté daigne me conserver quelque souvenir pour ma consolation. '
CCCLXIII.
À Potsdam , 5 mai
Taurais cru, pendant les troubles qui désolaient r£urope , que la terre de Ferney et la ville de Genève étaient J'arche où quelques justes furent préservés des calamités publiques. Mais, il faut l'avouer, il n'est aucun lieu où l'inquiétude des hommes et l'enchaînement fatal des causes ne puissent amener ce fléau. Je plains les citoyens de la Rome calviniste de se trouver réduits à la dure nécessité d'abandonner leur patrie, ou de re-
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3o4 corhespondance
noncer aux privilège» de leur libeFté. lU ont afiaîre à trop Sorte partie, et le& Français les traitent à la rigueur. Lentulus , qui a fait un tour eu sa patrie , s!ëtait propose de passer chez vous si ce cordon impénétrable ne Ten eût empêché. Voilà comme tout se dénature par les lois de la vicissitude.
La ville de Jérusalem, bâtie par le pet4>Ie de Dieu , est possédée par les Turcs : le.Capitole, cet asile des nations , ce lieu auguste où s assemblait un sénat maître de de l'univers, est maintenant habité pa;r des récoUets ; et Ferney, douce et agréable retraite philosophique, sert de quartier général aux troupes françaises. Mais vous adoucirez ces guerriers £ai?ouches> comme Orphée, votre devancier , apprivoisa les tigres et les lions.
Il est fâcheux que vous soyez assujetti , comme le reste des étre^, aux infirmités de Tâge : il faudrait que les corps joints à des âmes privilégiées comme la vôtre en fussent exempts. Les arts et la société de notre petite .contrée regretteront à jamais votre perte. Ce ne sont pas de celles qu'on répare facilement : aussi votre mémoire ne périra-t-elle pas parmi nous.
Vous pouvez vous servir de nos imprimeurs selon vos désirs. Ils jouissent d'une liberté entière ; et comme ils sont liés avec ceux de Hollande, de France et d'Allemagne, je ne doute pas qu'ils n'aient des voies pour faire passer les livres où ils le jugent à propos.
Voilà pourtant un nouvel avantage que nous venons de remporter en Espagne : les jésuites sont chassés de ce royaume. De plus, les cours de Versailles, de Vienne et de Madrid ont den^andé au pape la suppression d*un nombre considérable de couvens. On dit que le saint père sera obligé d'y consentir, quoiqu'on enrageant Cruelle révolution! A quoi ne doit pas s'attendre le
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siècle qui suivra le nôtre ! La cognée est mite à la racine de l'arlnre : d'une part, les philosophes t'âèvent contre les absurdités d une superstition révérée ; d'une autre , les abus de la dissipation forcent les princes à s'emparer des biens de ces reclus , les suppôts et les trompettes du fanatisme. Cet édifice sapé par ses fondemens Ta s'écrouler , et les nations transcriront dans leurs annales que Voltaire fut le promoteur de cette révolution qui se fit au^^KK^neuvième siècle dans l'esprit humain.
Qui aurait dit, au douzième siècle, que la lumière qui éclairerait le monde viendrait d'un petit bourg suisse nommé Femey? Tous les grands homm^ communiquent leur célébrité aux lieux qu'ils habitent, et au temps où ils âeurissent.
On m'écrit de Paris qu'on m'enverra les Scythes, Je suis Ken sûr que cette pièce sera intéressante et pathétique : heureux talens , qui font le charme de toutes vos tragédies ! J'ai vu des tragédies et des panégyriques du jeune poète dont vous me parlez; il a du feu et versifie bien. Je vous suis obtigé de son épître que vous voulez me communiquer. On m'a envoyé le Bélisaire de Marmontel. Il faut que la Sorbonne ait été de bien mauvaise humeur pour condamner l'envie que l'auteur a de sauver Cicéron et Marc-Aurèle* Je soupçonnerais plutôt que le gouvernement a cru apercevoir quelques allusions du règne de Justinien à celui de Louis XV, et que, pour chagriner l'auteur, il a lâché contre lui la SoTbonnt comme un mâtin accoutumé d'aboyer contre qui on l'excite.
Conservez-vous toutefois, et ménagez votre vieillesse dans votre quarti^ général de Ferney. Souvenez-vous qa'Archimède, p^idant qu'on donnait l'assaut à la ville ^'il défendait, résolvait tranquillement un problème;
CORBB8P. A.-VBG LES SCUVERlIirS. T. II. 30
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et êoyefL persuade .quie le roi Hiéron s'iméretsah moins i la contenration de son géomètre , que moi à c^He du grand hcmmie que k cordon des troupes françaises entoure. Fbbéug.
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X Potidam , le 3t juillet.
Tai <ïru nvec le puUic que tous aviez chsmgé de dopicile. Des leures de Paris nous assument ipie tous alliez vous établir à Lyon , et j'attribuais votre long silence à vot^e déménagement ; la cause que vous en alléguez est bien plus fâcheuse.
Le poème sur les Genevois m'était parvenu par Thie* riot. Je nen ai que deux chants; vous me feriez plaisir de m'envoyer l'ouvrage entier. J'adnûraîs en le lisant ce feu dlmagination que les frimas de la Suisse et le froid des ans n'ont pu éteindre; et comme cet ouvrage est écrit avec autant de gaieté que de chaleur, je vous croyais plus vivant que jamais. Enfin vous êtes échappé de ce nouveau danger, et vous allez sans doute nous régaler de quelque poème surleStyx,sur Charon^sur Cerbère, et sur tous ces oLjets que vous avez vus de si près. Vous nous devez la relation de ce voyage : vous vous trouverez à votre aise en la fesant , instruit par l'exemple de tant de voyageurs qui ne se sont pas gênés en bous racontant ce qu'ils n ont jamais vu dans des pays réd& Votre diamp vous fournit la mythologie, la théologie et la métaphysique. Quelle carrière pour l'imaginalion! Mais revenons à ce monde-ci*
On y vieillit prodigieusemoEtt, mon cher Vokaire: tout a bien changé depuis le temps passé que vous vous rappelez. Mon estomac, qui ne digère presque plus, m'a
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1767. do*J
rontradnt de renoneer aux soupef à. Je lis le éôir, 6u je £ads conyersation. Mes cheveux seïit blanchis , mes âènts s'en vont, mes jambes sont abymées par la goutte. Je végète encore, et je m*aparçois que le temps fixe une différence sensible entre quarante et cinquante-sii ans. Ajoutez à cela que depuis la paix j'ai été surchai'gé d'affoires, de sorte qu'il ne me reste dans la tête quun peu de bon sens avec une passion renaissante pour les sciences et pour les beaux arts. Gé sont eux qui font ma consolation et ma joie.
Votre esprit est plus jeune que le mien : sans doute que vous avez bu de la fontaine de Jouvence, ou vous avez trouvé quelque secret ignoré des grands hommes qui vous ont devancé.
Vous allez retravailler le Siècle de Loius 2!IF} iftaië n'est-ij pas dangereux d'écrire les foits qui tienneùt $ nos t^nps ? C'est l'arche du Seigneur, il ne faut ^s y toucher. Ceci me donne lieu de vous poroposer un douté que je vows prie de résoudre* On dit le siècle d' Auç^te,le siècle de Louis XIV : jusqu'à quel temps doit s'étendre ee ^ècle.*^ combien avant la naiss|ince de celui qui lui donne son nom, et combien après sa tdort? Votre té^ ponse décidera un petit diffament littéraire qui s'est élève ici à cette occasion.
J'envie à Lentulus le plaisir qu'il â eu de vous* Voir. Comme tous me parlez de lui , je suppose qu'il aura été àF^^aey. Il vous a vu faetes adfaciem^ comme le grand Condé mourant espérait voir Dieu. ï^our moi je ne vois rien que mon jardin. Nous avons célébré des noces , et puis des fiançailles. J'établis ma famille. J'ai plus de ne* Teujc et de nièces que vous n*en avez. Nous menons totfs UBe irie paisible et philosophiques
On parle aussi pea des dissidens et de ce qu'ils déci-
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3o8 CORRESPONDANCE
deront , que de$ Genevois et des héros qui les entourenu Toutefois j'ai appris avec plaisir qu'on les laisse tranquilles. S'ils sont sages, ils auront hâte de s'accommoder et de ne plus rechercher dorénavant l'arbitrage de voisins plus puissans qu'eux*
Vivez donc pour l'honneur des lettres; que votre corps puisse se rajeunir comme votre esprit, et si je ne puis vous entendre , que je puisse vous lire , vous admirer et faire des vœux pour le patriarche de Ferney !
Fedéric.
Bonjour et bon an au patriarche de Ferney, qui ne m'envoie ni la prose ni les vers qu'il ma promis depuis six mois. Il faut que vous autres patriarches vous ayez des usages et des mœurs en tout différens des profanes : avec des bâtons marquetés , vous tachetez des brebis et trompez des beaux-pères; vos femmes sont tantôt vos sœurs, tantôt vos femmes, selon que les circonstances le demandent : vous promettez vos ouvrages , et ne les envoyez point ; je conclus de tout cela qu'il ne fait pas bon se fier à vous autres, tout grands saints que vous êtes. Et qui vous empêche de donner signe de vie? Le coixlon qui entourait Genève et Ferney est levé , vous n'êtes plus bloqué par les troupes françaises , et l'on écrit de Paris que vous êtes le protégé de Choiseul. Que de raisons pour écrire ! Sera-t-il dit que je recevrai clandestinement vos ouvrages, et que je ne les tirerai plus de source? Je vous avertis que j'ai imaginé le moyen de me faire payer; je vous bombarderai tant et si long-temps de mes pièces j que , pour vous préserver de leur attrâite, vous m'enverrez des vôtres. Ceci mérite quelque» ré-
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A.VEC LE ROI DE PRUSSE. — 1767. SoQ
flexions. Vous vous exposez plus que vous ne le pensez. Souvenez-vous combien le Dictionnaire de Tlréifoux^ fut fetal au père Berthier ; et si mes pièces ont la mène vertu, vous bâillerez en les recevant, puis vous sommeillerez, puis vous tomberez en léthargie, puis on appellera le confesseur, et puis, etc. etc. etc. Ah, patriarche ! évitez d'aussi grands dangers ; tenez-moi parc^e^ envoyez-moi vos ouvrages, et je vous promets que vous, ne recevrez plus de moi ni d^ouvrages^^toporifique» , ni de poisons léthargiques, ni de médisances sur les patriarches, leurs sœurs, leurs nièces, leurs brebis et leur inexactitude, et que je serai toujours avec ladmiration' due au père des croy ans , etc.
CGGLXVI.
) * , ■ ' NoTem. 1769»
Sire, un Bohémien qui a beaucoup d'esprit et de philosophie, fiommé. Grimm, m'a mandé que vous aviez inhié l'empereur à nos saints mystères, et que vous n'étiez pas trop conjtent que j'eusse passé près de deux ans sans vous écrire.
Je remercie votre mq'esté très humblement de ce petit reproche :, je lui avouerai que j'ai été si fâché et si honteux du peu de sij^ccès de la transmigratioiji de Glèves, que je n'ai osé depuis ce temps4à présenter aucune de mes idées à votre majesté. Quand je songe qu'un fou et qu'un imbédlje comme saint Ignace a trouvé une douzaine de prosélytes. qui l'çnt suivi, pt que je n'ai pas pu trouver trois philosophes, j'ai été Sente de croire que. la taison n'était bonne à rien ; d'ailleurs , quoi que vous en disiez, je suis devenu. bien vieux, et malgré toutes. mes coquetteries aveç^ l'impératrice de Russie, le fait est qijie j'ai été long-ten^ mourant et que je me meut's.
Mais je ressuscite , et je reprends tous mes 8entimen^^
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3lO CORRESPONDANCE
enyers votre majesté, et toute ma philosophie, pour lui écrire aujourd'hui au sujet d'une petite extravagance angl^ttse qui reg^de votre personne. Elle se doutera bien que cette démence anglaise n'est pas gaie; il y a beaucoup de sages eD Angleterre, maïs il y a autant de sombres enthousiastes^ L'un de ces énergumànes , qui peut-être a de bonnes intentions, s'est avisé de faire imprimer dans la gazette de la cour, qu'on appuie the Whitehall EifenthgrPost y le 7 oct^nre, une prétendue leUre de moi à votre majesté, dans laquelle }à vous enhorte à ne plus corrompre la nation que vcmu gottvernez. Voici les propres mots fidèlanent traduits : « Quelle pitié, si l'étendue de vos connalissances,. vos « talens et vos vertus ne vous servaient qu'à pervertir « ces dons du ciel pour faire la misère et la désolation du « genre humain! Vous n'avez rien 'à désirer, sire, dans « ce monde, que Tatiguste titre d'un héros chrétien. »
Je me flatte que ce fanatique imprimera bientôt une lettre de moi au grand-turc Moustapha, dans laqueMe j'exhorterai sa hautesse à être un héros mahomélàn; mais comme Moustapha n'a veine qui tende* à léfUte un héros, et que ma véritable héroïne, l'impératrice de Russie, y a mis bon ordre, jie ne crois pas que j'entreprenne cette conversion turque. Je m'en tiens aux princes et aux princesses du Nord ^ qui rue paraissent plusédai* rés que tout le sérail de Constantinople.
Je ne réponds autre chose à l'auteur qui' m^impule cette belle lettre à votre majeirté, que ces quatre Kgnesèi : « J'ai vu dans le Whitehatt Evèning-Post^ du 7 oc- « tobre 1769, n^ 3668, une prétendue lettre de moi à « sa majesté le roi de Prusse : cette lettre est'biëh<Â>tte; « cependant je ne Pai point écrite. Fait à Ferney y ^ « ag octobre 1769. V^ltairè^ »
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AVEC LB ROI DE PAUSjIB. — 1769. 3 1 I
n y a partout , siré , de «es espriu également absuFclet et méchans (pn. ciroient ou qui font semUant de étoUte qu'on n'a p(Wt de religion quand on U'ést paft de lebr iecte. Ce» superstitieux coquins résseèmUeht à la PUUl- BÛnte des Femrkersdtfcmkf de Mcdièré; ils èk&ti':^ ^ ^
Nùlr' ne doit pîaîre à Dieu que nous et nos amifr
J'ai dit quelque l^rt que La Mott6 Le Vayél^, p|t^be|>téur du frère de Louis XIY, rëpondft uÀ joUi» à^à¥i de cet maroiifles : c Mon wm , j^af taht dis- i^fig^ôn j'^qiïè Je « ne suis pas de ta reUg^bù. »
Us ignorent^ cos paUTreî gen»', ^ëlè vrai cillte, là Traie piété 9 lavraifr sagesse est d'addréi^ Dieu/commé Itsf père commun de tous W hôi^nàes sàûs djlstilièti(»i>^ d'être biaoïfesant;
Us ignorent que la religion i^* consisté lii dàÉisles fi^ Terîes dés bous-quak^tt») m «bsré celles dës'bons'àiïébàptistes on des piétist^i, ^ cbûs rifflpan;atiëtt ^'iiitiMKtibd, ni dans un pèlm^age à' I^otl^^àîne de Ldretté, à lilîotre^Dainedes neiges,^ àNëtte-Datoé'dèé ^t^dèû^ Jeiin, ma^ dans la connaîssaneé de l'Étiré supiiêine qui remplit toute la nature, et dans la yeftk^
JeneTois pasquece soit- une piété' tiiéti éêlàtrééqui ait refusé, aiàoLidilsidens de ï^olôgMlé^ drèiM'qiié lete donne leur naissance, et qui ait appelé les janissaires de notre saint père lejttil:^ au'setiburs des bons catholiques romains de la Sarmatie. Ce n'est point probid>lement le saint Espïit qui 'a' dirigé^ cette affaire, i moim que ce ne soit un saint esprit du révérend père Malagriàsij ou du révérend père Guignard, ou du révérend père Jacques. démenti
Je n'entbe point, dans la polkîqwe <pA a- tôujêUft appuyé la cause de Dieu , depuiso le grand . OonstW^
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3 1 2 COllfiESPONDANCE
ÛA y ■nmin de toute sa fanille, jusqu'au meoitre de Chaiks I*', qu on fit assassiner par le bourreau, rÉvangile à la main ; la politique n*est pas mon affiure : je me suis toujours bomé-à £aire mes petiu eflcnrts pour rendre les hommes moins sots et plus honnêtes. C'est dans cette idée que , sans consulter les intérêts de quelques souverains ( intérêts à moi très inconnus ) , je me borne à ^)i|i^ter très passionnément que les barbares Turcs soient chassés incQssanunent du pays de Xénophon , de Spc;i[>ate , 4e Platon , de Sophocle et d'Euripide. 2^ l'on voulait, cela serait bientôt .fait; nmis on a entrepris autrefois sept croisade» de la superstition , et on n'ent^prendra jamais une croisade d'honneur : on en laiss^a^fpiittl^. fardeau à Catherine. ^
Au reste, sire, je suis dans mon lit depuis un an; j'i^urajis vpi^lu^que mon. lit fia à Glèyes.
J'apprends que yotre majesté, qui n'est pas iaitepôur ê(re aulit, «^ pprte mieux que jamais v <IU6 ^ou* ^^ engraissé, qu^. vous, avez des couleurs brillantes. Que le gr^nd Être qui rçmplijt l'univers vqus eonserve! Soyez à jamais 1^ protecteur des gens qui pensent, et le fléau des ridici^ff*,
^-SF^ez le profond respect de votre ancieu serviteur, qi|i p'a jamais chapgé d'idées, quoi qu'on dÎMk
CCCLXVII.
' ^" ' ' ' A Potsdam , le a5 novembre.
Vous avez trop de modestie, si vous avez pu croire qu'un silence comme celui que vous avez gardé pendant deux ans peut être supporté avec patience. Non sans
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AVEC LE ROI DÉ 1»RUSSE. — 1769. 3l3
doute ; tout homme qui aime les lettres doit s'intéresser à votre conservation , et être bien aise quand vous-même lui en donnez des nouvelles. Que des Suisses s établissent à Qèves, ou qu'ils restent à Genève, ce n'est pas ce. qui m'intéresse, mais bien de savoir ce que fait le héros de la raison, le Prométhée de nos jours qui apporta la lumière céleste pour éclairer des aveugles, et les désabuser de leurs préjugés et de leurs erreurs.
Je suis bien aise que des sottises anglaises vous aient ressuscité': j'aimerais les extravagans qui feraient de parais miracles. Cela n'empêche pas que je ne prenne l'auteur anglais. pour un ancien Picte qui ne connaît pas l'Europe. Il faut être bien nouveau pourYous traduire çn p«^ de l'Eglise qui , par pitié de mon amé, travaille ' à ma conversion. Il serait à souhaiter que vos évoques français eussent une pareille opinion de votre orthodoxie ; vous n'en vivriez que plus tranquille.
QuantauGrandTurc, on le croit très orthodoxe à Rome cemme à Versailles. Il combat, à ce que ces messieurs prétendent, pour la foi catholique, apostolique et romaine. C'est le croissant qui défend la croix , qui soutient les évêques et les confédérés de Pologne contre ces maudits hérétiques, tant grecs que dissidens, et qui se bat pour la plus grande gloire du très saint Père. Si je n'avais pas lu l'histoire des croisades dans vos ouvrages , j'aurais peut-être pu m'abandonner à la folie de côn* cpiétir la Palestine, de délivrer Sion , et cueillir les palmes dTdumée; mais les sottises de tant ée rois et de paladins qui ont guerroyé dans ces terres lointaines m'ont empêché de les imiter, assuré que l'impératrice de Russie ^1 rendrait bon compte. Je borne mes soins à exhorter messieurs les confédérés à l'union et à la paix, à leur marquer la différence qu'il y a entre persécuter leur
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3 1 4 GORRESPONOiJrCB
religion, ou exiger d'eux qu'ils ne persécutait pas les autres : enfin je voudrais que TEurope tiu en paix, et que tout le monde filt content. Je crois que j*at hérité ces sentimens de feu labbé de Saint -Pierre; et il pourra m'arriver comme à lui de demeurer le seul de ma secte.
Pour passer à un sujet plus gai , je vous envoie un prologue de comédie q^e j*ai composé à la hâte pour en régaler 1 electrice de Saxe cpii ma rendu visite* C'est une princesse^d'un grand mérite, et qui aurait bien valu qu'un meilleur poète la chant&t. Vous voyez que je conserve mes andennes faiblesses : j'aime les belles leHres à la folie f ce sont elles seules qui charment nos loisirs et qui nous procurent dt vrais plaisirs. J'aimerai» tout autant la philosophie û notre faible raison y pouvais * découvrir les vérités cachées à nos yeux,, et que notre vaine curiosité recherche si avidement ; mais apprendre à connaître, c'est appreitdre à douter. J'abandonne donc cette mer si féconde en éc^eils d'absutdités ,' persuadé que tous les objets abstraits de nos spéculations étant hors de np^e portée, leur connaissance ndus serait entièrement inutile si nous pouvions y parvenir.
'Avec cette façon de penser , je passe ma vieiU^s^e trmquillement ; jp tâche de me procurer toutes les |)rocbaf es du neveu de l'abbé Bazin : il n'y a q\xe scb ouvrages qu'on puisse lire. .
Je lui souhaite longue vie, santé et contentement^ et, quoi qu'il ait dit , je Faime toujours. "Pésii^açu
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AVEC Lt BOÏ PB PR0S9E. — 1769. 3l5
CCCLXVIII.
DE M. DE VOLtAIÉE.
A Ferney, le 9 décembre. \
Quand Thalestris , qi|e le Nord admira , Rendit visite à ce yain<|ueur d*Arbelle, n lui donna bals y ballets , opéra , Et fît, de plus , de jolis vers pour elle. Tous deux avaient infioimenk d*esprit ; Cétait , dit-on , plaisir de les entendre : On avouait que Jupiter ne fit Des Thalestris que du temps d'Alexandre.
Pausanias, dans %e%. Pmssiaque9jèix qu'Alexandre poussait son amour pouF^les beaux arts jusqu'à faire des ▼ers dans la langue des Welches, et qu'il mettait toujours dans ses yers un sel peu commun^ de Tharmonie, des idées vraies, une gaoande connais&âJioe des hommes , et qu'il fesait ces vers avec une facilité incroyable; que ceux qu'il fit pour Thalestris étaient pleins de grâce et d'hanoome.
Il ^joul;^ que s^S; tfXm^ éiXjfmnmW.h^^on^\^ Maoédomeufi e%\^ Thraqe^^ qui: s§ €QpQa^saief)t pei| en ver» gl»êp»i ejU^qU'ite apptrseti^i^ p^.l(çs ai^fi-es notions oorabieO'leQr |i6^iH$;a^«iJi| d*esprit; ç^, pour jeuît^ilsne le couQ^issiaiem qutî ]So^|ïie uu brave g|i^srrier, qpi sa* ▼ait goavernei; Qokmn^ «ert>ajbMre«,
Il y avait, dit MMtwnqUjÇi, ^b^ qe.t^nops^à^jvi^W Weicbe retirée vers^lç^^^nfagnes^du Caucase, q):iî;aKait été àiitrefoisà la coitr* d'Âk^odre^ et (;pii viviûMum heureux, qu^^or çom^h ÏMre l^n du cafpp durvainqueur d'Arbdles et de Basfoa Ce vieux radpteur disait sou* vefei^ <{u'il était tr^ fâché de nvQMiir saa^ ^^oir fi^it eocore une fois sa cour au héros de la MacédpÎQ/eK
Sire, je ne doute pas que vous n'ayez dans votre cour des savans qui ont lu Plutarque et Xénophon dans la bibliothèque de votre tiouveau palais; ils pourront vous montrer les passages grecs que j'ai l'honneur de vous citer, et votre majesté verra que rien n'est plus vrai.
Je donnerais tout le mont Caucase pour voir ce Welche deux jours à la cour d'Alexandre.
A Berlin , le 4 janvier 1770.
Le vieux citadin du Gaucate y
Ressuscité de son tombeau «
Caracole encor sur Pégase
Plus lestement qu'un jouvenceau.
J'aimerais mieux me voir à table f Avec ceWélcbe plein d'appas, , Ë«}mt fécond , toujours aimable^
Qu'avec son Grec Pausanias.
Le vieux Welche a beaucoup d'érudition; cependant il paraît qu'il persifie un peu c^ pkuvre Thface , qu'il akxandrise : ce pauvre Thrace est un hdmtn<) très ordinaire, qiiin a jamais possédé leii grande tâlensdti vainiqueur dii<îfaniqùej et ijui aussi tiVi poi%t'eu sfes vices. Il a fcdt deal vérseii welche', parce qu'il en fallait; et que, pour son malheur, persoii^e qcié ttfi danS^YOn pays nétait atteint de la rage de k métrotnanie. Il a envoyé ses vers au vice-dieu qù'ApoHoh a étabU son vieaire dans ce monde; ila setiti que c était envoyer des corneilles à Athènes V raaîé il a cru tfue c'était utt hônfniage qu'il fallait rendre à ce vice-dieu , cotntne de certaine6 sectes de papegaii'x èh rendent au vieux quif^réisidesar les sept montagnes.
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Quand vous avez pris des pilules, vous purgez de meilleurs vers que tous ceux qu*ou fait actudlement en Europe. Pour moi, je prendrais toute la rhubarbe de la Sibérie et tout le séné des apothicaires, sans que jamais je fisse un chant de la Henriade. Tenez, voyezvous , mon cher, chacun naît avec un certain talent : TOUS avez tout reçu de la nature : cette bonne mère n'a pas été aussi libérale divers tout le monde. Yotis composez vos ouvrages pour la gloire , et moi pour mon amusement. Nous réussissons Fun el l'autre, mais d'une manière bien différente : car tant que le soleil éclairera le monde , tant qu'il se conservera une teinture de science, une étincelle de goût, tant qu'il y aura des esprits qui aimeront des pensées sublimes , tant qu'il se troavera des oreilles sensibles à lliarmonie, vos ouvrages dureront, et votre nom remplira l'espace des siècles qui mme à l'éternité. Pour les miens on dira : C'est beaucoup que ce roi n'ait pas été tout-à-fait imbécile ; cela est passable ; s'il était né particulier, il aurait pourtant pu gagner sa vie en se fesant correcteuitchez quelque libraire; et puis on jette là le livre , et puis on en fait des papillotes, et puis il n'en est plus question.
Mais comme ne fait pas des vers qui veut, et qu'on barbouille du papier, plus facilement en prose, je vous envoie un mémoire destiné pour l'Académie. Le sujet est grave, la matière est philosophique; et je me flatte que vous conviendrez du principe que j'ai tâché de démontrer de mon mieux.
J'espère que cela me vaudra quelques brochures de Ferney. Si vous voulez, nous barboterons nos marchandises : c'est un commerce que j'espère faire avec avantage, car les denrées de Femey valent mieux que tout ce que la Thrace peut produire.
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3 1 8 coRâESPOWDAiïrc*
J'attends tur cela votre réponse, vous assurant que personne ne conhatt imeax le prix dû éoUls^te du Gaiiease que le philosophe de Sans-Souei. PéBBRie. •
DE M. DE VOLTAIRE
Mon che» Lorrain < , je né saià pa« comtoent vous vous appeler aujourdliui, mais au bout de diiL-huit ans j*ai reconnu votre ëeriture. Je tois que V6as avez travaillé sous un grand maître. Vous êtes donc de F Académie de Berlin; assurément vous en feites rornement et Finstruetion. Tous me p^aiste^ un grand philosophe dans le séjour des revues, des canons et des baïonnettes. Gomment avez<^irous pu aUiar des objets si contraires? II ny a point de eour en Europe où Ion asèopie ces deux ennemis. Vous me direz peut4tre que Maro-Aurèle et Julien avaient trouvé ee secret, qu'il a été perdu jusqu'à nos jours, et que vous vivez auprès d'un maître qui Ta ressuscité. Gela est vrai, mon cher Lorrain ; mais ce maître ne donne pas le génie. ,
Il faut que vous en ayez beaucoup pour que vous ayez enfin montré par votre écrit la vraie manière d'être vertueux sans être un sot et sans être un enthousiaste.
Vous avez raison ^ vous touchez au but. C'est l'amour* propre bien dirigé qui fait les hommes de bon sens véritablement vertueux. Il ne s'agit plus que d'avoir du bon sens; et tout le monde en a sans doute assez pour vous comprendre, puisque votre écrit est, comme tous les bons ouvrages^ à la portée de tout le monde,
^ Cette lettre est une réponse à TenToi d'an onvra^e manoscrit da roi de ProMe , snr les principes de la morale. BL de Voltaire l'adresse aa copiste de cet ouvrage , dont fl «oppose qjB^ a reûonnn Féeritnre.
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AVEC LE KOI DE PaUSfiE. -— 177O. 'ilÇ^
Oui , ranumr-propre est le reot qm enfle ka toUôs , et qm conduit le yaÎMeau dans le port. Si le vent est ti»p dolent, il nous submerge^ ai Tanionr'-propro est désordonné , il devient frénésie. Or il ne peut être frénétique avec du bon sens. Voilà donc la raison mariée à Tamour-propre : leurs ,en£ans sont la vertu et le bon • heur. Il est vrai que la raison a fait bien des feusses couches avant de mettre ces deux enfans au monde. On prétend encore qu'ils ne sont pas entièrement sains, et qu'ils ont toujours quelques petites maladies; mais ils s'en tirent ^vec du régime.
Je vous adaiire , mon cher Lorrain, quand je lis ces paroles : « Qu'y a-t-il de plus beau et de plus admirable « que de tirer d w principe m&aa^ qui peut mener au « vice la source du biep et de la félicité publique? »
On dit que vous faites aussi aux Welches Tbonneur décrire en vers dans leur langue^ je voudrais bien en voir quelques uns. Expliquiez -moi comment vous êtes parvenu à être poète i pbUosophe, orateur, hiitorien et musicien. On dit qu'il y a dans votre pays un génie qui apparaît les jeudis à Berlin , et que dès qu'il est ejitré dans une certaine salle , on entend une symphonie excellente , dont il a composé les plus beaux airs, {je reste de la semaine il se retire dans un château bâti par un nécroman ; de là il envoie des influences sur la terre. Je crois l'avoir aperçu il y a vingt ans; il me semble qu'il avait des ailes, car il passait en un clin d'oeil d'un empire à un autre* Je crpis même qu'il me fit tomber
par terre d'un coup d's^le.
Si vouf le voyez pu sur un laiirier ou sur des roses ,
car c e^t là qu'il habite , mettez-moi à ses pieds, supposé
qu'il en ait; car il ne dpit pas être fait comme les hommes.
Dites-lui que je ne suis pas rancunier avec les génies.
3aO CORRESPONDANCaE:
Awurcz-le qu« mon plus grand regret, à ma mort, sera de n'avoir pas vécu à lombre de ses ailes, et que j'ose chérir son universalité avec l'admiration la plus respectueuse.
A PoUdam , le 17 février.
Le pauvre Lorrain , dont vous vous souvenez, trouve une grande différence des copies qu'il fait à présent à celles qu'il fesait autrefois. A présent, il écrit pour le temps; il y a dix-huit ans, c'était pour l'inraiortalité. II n'en est pas moins flatté de l'approbation que vous donnez à son ouvrage , qui roule sur des idées dont on trouve le genne dans V Esprit d'Helvétius, et dans les Essais de d'Alembert. l^'un écrit avec une métaphysique trop subtile , et l'autre ne fait qu'indiquer ses idées.
Le pauvre Lorrain sent qu'il vous a importuné par l'envoi des rêveries de son maître; mais par une suite de l'élévation où se trouve le patriarche de Femey, il doit s'attendre à ces sortes d'hommages et d'importunités. Le patriarche demande des vers en welche d'un auteur tudesque, il en aura; mais il se repentira de les avoir demandés. Ces vers sont adressés à une dame qu'il doit connaître; ils ont été faits à l'occasion d'un propos de table , où cette dame se plaignait de la difficulté de trouver un juste milieu entre le trop et le trop peu. Ce sont de ces vers de société dont Paris fournissait autrefois d'amples recueils , qui commencent à devenir plus rares.
Le pauvre Lorrain est bien embarrassé à découvriir le génie dont vous lui parlez ; il l'a cherché partout. Ce n'est pas sans raison : les roses et les lauriers ont tous été transplantés en Russie; de sorte qu'il le cherche en
AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1770. 3a I
vain. Ce Lorrain suppose que la brillante imagination qui triomphe à Ferney du temps et des infirmités de Fâge , a tracé de fantaisie le tableau de ce génie, et qu*il en est comme du jardin des Hespérides et de la fontaine de Jouvence , que la grave antiquité a si long-temps recherchés inutilement.
Si cependant il était question d un bon vieux radoteur de philosophe qui habite une vigne de ces environs, il a chargé le Lorrain de vous assurer qu'il regrette fort le patriarche de Ferney, qu'il voudrait qu'il f&t possible encore de le recueillir chez lui et de l'associer à ses études; qu'au moins ce patriarche peut être assuré que personne n'apprécie mieux son méi^ite, et n'aime plus que lui son beau génie. * FÉbSRic.
CCCLXXIL
DE M. DE VOLTAIRE
A Ferney, 9 mars.
Cen est trop d'avoir tout ce feu Qnî si viyeiiieiit tous inspire ; Qui luit y qui plaît, et qu'on admire. Quand les autres en ont trop peu.
Sur les humains trop d'avantages , Dans vos exploiu , dans vos écrits , Étonnent les ^nds et les sa{;es Qui devant vous sont trop petits.
Ttm trop d'espoir dans ma jeunette, Et dans l'âge mûr trop d'ennuis ; Mab dans la vieillesse où je suis, Hélas ! j'ai trop peu de sagesse.
De France on dit que , dans ce temps , Quelques muses se sont bannies ; Nous n'avons pâs trop de savans ; Nous avons trop peu de génies.
comRxar. avic lis souviiuiirs. t. ix. ai
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3a a CORRESPOND AirCE
Vivre et mourir auprès de Toat , Ceût été pour moi trop {nrétecdre ; Et ti mon tort est trop peu doux , Cest à lui que je veux m'en prendre.
Sire, il en clair que tous ayez trop de tout, et moi trop peu. Votre Épître à madame de Morian sur ce sujet est charmante. H y a plus de trente ans que vous m*é^ tonnez tous les jours. Je conçois bien comment un jeune Parisien oisif peut faire de jolis yers français, quand il n'a rien à Êiire le matin que sa toilette ; mais qu'un roi du Nord, qui gouverne tout seul une vingtaine de provinces , faisse sans peine des vers à la Ghaulieu , des vers qui sont à la fois d'un poète et d'un homme de bonne compagnie , c'est ce qui me passe. Quoi ! vous nous battes en Thuringe et vous faites des vers mieux que nous! c'est là qu'il y a du trop ; et vous me causez trop de regrets de ne pas mourir auprès de votre majesté héroïque et poétique.
CCCLXXIII.
DE M. DE VOLTAIRE
A Femey, 27 xvtSL
Sire, quand vous étiez malade, je l'étais bien ans», et je fesais même tout comme vous de la prose et des vers, à cela près que mes vers et ma prose ne valaient pas grand'chose; je conclus que j'étais fait pour vivre et mourir auprès de vous , et qu'il y a eu du malentendu si cela n'est pas arrivé.
Me voilà capucin pendant que vous êtes jésuite; c'est encore une raison de plus qui devait me retenir à Berlin; cependant on dit que frère Ganganelli a condamné ities œuvres, ou du moins celles que les libraires Vendent sous mon nom.
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Je vais écrire à sa sainteté que je suis très bon catholique, et que je prends Totre majesté pour mon répondant.
Je ne renonce point du tout à mon auréole; et comme je suis près de mourir d'une fluxion de poitrine, je vous prie de me faire canoniser au (dus rite : cela ne tous coûtera que cent mille écus : € est marché donné.
Pour TOUS, nre, quand il faudra vous canonisa, on sadressera à Marc-Aurèle. Vos dialogues sont tout-àbit dans son goût comme dans ses principes; je ne sais ' rien de plus utile. Vous avez trouvé le secret d'être le défenseur, le législateur, Thistorien et le précepteur de votre royaume; tout cela est pourtant vrai : je défie qu on en dise autant de Moustapha. Vous devriez bien TOUS arranger pour attraper quelques dépouilles de ce gros cochon ; ce serait rendre service au genre humai<i.
Pendant que lempire russe et lempire ottoman se choquent avec un fracas qui retentit jusqu'aux deux bouts du monde, la petite république de Genève est toujours sous les armes; mon manoir est rempli d'émigrans qui s'y réfugient. La ville de Jean Calvin n'est pas édifiante pour le moment présent.
Je n'ai jamais vu tant de neige et tant de sotrises. Je ne verrai bientôt rien de tout cela, car je me meurs.
Daignez recevoir la bénédiction de frère François, et m'envoyer celle de saint Ignace.
Restez un héros sur la terre, et n'abandonnes pas , absolument la mémoire d'un homme dont l'ame a toujours été aux pieds de la votre.
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3u4 GORRESPONDANGB