‹ ŒuvresChapitre 4 sur 66 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

DE M. DE VOLTAIRE

A Cirey, 99 juin.

Votre muse k propos s*îrrite Contre ce Tilain Bestuchef ; Et ce gios buffle moscovite , Qui Toulait nous porter méchef , Est traité selon son mérite.

Je crois qu'autrefois Apollon , Ayant que d*un trait redoutable U perçât le serpent Pytbon , Fit contre lui quelque cbanson , Ou quelque épigramme a^^réable.

De ce dieu beaucoup tous tenez :

Vous avez ses traiu et sa lyre , Vous battez et vous cbansonnez Les ennemis de votre empire.

Sire, on ne peut guère dire des choses plus fortes contre les Moscovites , ni faire de meilleures plaisanteries sur les médecins , que ce que j*ai lu dans les derniers vers que votre majesté a bien voulu m'envoyer.

Bien est41 vrai qu'il y a toujours quelques petites fautes contre la langue qui échappent à la rapidité de votre sty]e%et à la beauté de votre imagination.

« Quel est le feu céleste»

«> Ou quelle ardeur funeste m Embrasa ces glaçons ? »

M. le maréchal de Belle-Isle, qui est à présent Fun de nos quarante, vous dira qu'après ce vers,

« Quel est le feu céleste,

il faudrait un quî^ ou bien il vous dira qu'on aurait pu

mettre :

« Quelle flamme funeste, m Infernale ou céleste, « Embrasa ces glaçons ? »

Googk

88 CORBESPOITDANCE

La strophe qui suit est admirable. Mais des critiquer sévères vous diront que la Discorde ne vomit guère de tisons. J'examinerais auprès de vous ces grandes beautés et ces petites fautes, si je pouvais partir, comme votre majesté me lorddnne et comme je le souhaite; mais ni M. Bartenstein, ni M. Bestuchef, tout puissans qu'ils sont, ni même Frédéric -le-Grand, qui les fedt trembler, ne peuvent à présent m'empêcher de remplir un devoir que je crois très indispensable. Je ne suis ni feseur denfans, ni médecin, ni sage -femme, mais je suis ami, et je ne quitterai pas, même pour votre majesté, une fenune qui peut moirir au mois de septembre. Ses couches ont Tair d'être fort dangereuses ; mais si elle s'en tire bien , je vous promets , sire , de venir vous faire ma cour au mois d'octobre. Je tiens toujours pour nion ancienne maxime , que quand vous commandez à une ame, et que cette ame dit à son corps, Marche, le corps doit aller, quelque chétif et quelque cacochyme qu'il soit. En un mot, sire, sain ou malade, je m'arrange pour partir en octobre, et pour arriver tout fourré auprès du Salomon du Nord; me flattant que dans ce temps-là vous n'assiégerez point Pétersbourg, que vous aimerez les vers et que vous me donnerez vos o/dres. Je remercie très fort la Providence de ce qu'elle ne veut pas que je quitte ce monde ^vant de m'êtré mis à vos pieds.

Page 1