‹ ŒuvresChapitre 5 sur 66 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

A Sans-Souci , It tS joillet.

Des lois de l*homicide Mars Belie-Isle peut m'instruire en maître ; Mais du bon goût et des beaux arts n n*est que tous qui pouvez Tétre ,

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Vous qui pariez comnie les dieux Leur sublitne et charmant langage.

Vous qu'on talent victorieux Rend immortel par chaque ouvrage; Vous qui menez vingt arts de front , Et qui joignez , dans votre style, A la prose de Cicéron Des vers tels qu*en fesait Virgile.

Je ne veux que vous pour maître en tout ce qui regarde la langue , le goût et le département du Pâmasse. II feut que chacun fasse son métier. Lorsque le maréchal de Belle -Isle vétillera sur la pureté du langage, Bruhl donnera des leçons militaires et fera des commentaires sur les campagnes du grand Turenne, et je composerai un traité sur la vérité de la religion chrétienne.

Votre Académie devient plaisante dans ses choix. Ces juges de la langue française vont abandonner Yaugelas pour le bréviaire; cela paraît un peu singulier aux étrangers.

Enfin donc votre Académie Va foire un couvent de dévots ; L'art de penser et le génie En sont exclus par les cagots.

Qui veut le suffrage et Testime .

De ces quarante perroquets, N'a qu'à savoir son catéchisme, An demeurant point de français.

Dans cette cohue indocile Apollon et les doctes Sœurs N'honoreront de leurs feveurs Que Richelieu, vous et Belle-Isle.

Vous êtes , mon cher Voltaire , comme les mauvais chrétiens ; vous renvoyez votre conversion d*un jour à l'autre. Après m'avoir donné des espérances pour Tété,

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go CORRESPONDANCE

VOUS me remettez à l'automne. Apparemment qu'Apollon , comme dieu *de la médecine , vous ordonne de présider aux couches de madame du Châtelet. Le nom sacré de Famitié m'impose silence, et je me contente de ce qu'on me promet.

Je corrige à présent une douzaine d'épîtres que j'ai faites, et quelques petites pièces, afin qu'à votre arrivée vous y trouviez un peu moins de fautes. Vous pouvez voir par l'argument de mon poème quel en est le sujet. Le fond de l'histoire est vrai. d'Arget, alors secrétaire de Valori , fut enlevé de nuit , par un partisan autrichien , dans une chambre voisine de celle où couchait son maître. La surprise de Franquini fut extrême quand il s'aperçut qu'il tenait le secrétaire au lieu de l'ambassadeur. Tout ce qui entre d'ailleurs dans ce poème n'est que fiction ; vous le verrez ici , car il n'est pas fait pour être rendu public. Si j'avais le crayon de Raphaël et le pinceau de Rubens , j'essaierais mes forces en peignant les grandes actions des hommes; mais avec les talens de Gallot on ne fait que des charges et des caricatures.

J'ai vu ici le héros de la France , ce Saxon , ce Turenne du siècle de Louis XV ; je me suis instruit par ses discours, non pas dans la langue française, mais dans Fart de la guerre. Ce maréchal pourrait être le professeur de tous les généraux de l'Europe. Il a vu nos spectacles; il m'a dit à cette occasion que vous aviez donné une nouvelle comédie au théâtre , que Nanine avait eu beaucoup de succès. J'ai été étonné d'apprendre qu'il paraissait de vos ouvrages dont j'ignorais jusqu'au nom. Autrefois je les voyais en manuscrit, à présent j'apprends par d'autres ce qu'on en dit; et je ne les reçois qu'après que les libraires en ont fait une seconde édition.

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AVEC LE ROI BE PRX7SSE. — 1749. C^ï

Je YCNis sacrifie tous ines griefs, si. tous Tenez ici; sinon, craignez répigramme : le hasard peut m'en fournir une bonne. Un poëte , quelque mauTais qull soit , est un animal qu'il faut ménager.

Adieu; j attends la chute des feuilles aTec autant d'impatience qu'on attend au printemps le moment de les Toir pousser. FéDÉRic.

DE M. DE VOLTAIRE

A Liméville , ce aS juillet.

Sire, votre majesté m'a ramené à la poésie. H n'y a pas moyen d'abandonner un art que vous cultivez. Permettez que j'envoie à votre majesté une épître un peu longue que j'ai faite avant mon départ de Paris , pour une de mes nièces, qui est aussi possédée du démon de la poésie *. Vous y verrez, sire, la vie de Paris peinte assez au naturel. Celle qu'on mène à Potsdam , aupcès de votre majesté , est un peu différente , et j'attends vos ordres pour jouir encore de l'honileur que vous daignez me faire. Sain ou malade, il n'importe : je vous ai promis que je partirais dès que madame du Châtelet serait relevée de couches ; ce sera probablement pour le milieu de septembre, bu au plus tard poiir la fin. Ainsi je ferai bientôt, pourvoir mon Auguste, un voyage un peu plus lon|[ que Virgile n'en fesait pour voir le sien. J'apporterai à vos pieds tout ce que j'ai fait, et vous daignerez lïie faire part de vos ouvrages. Après cela je mourrai content, et je pourrai bien me faire enterrer dans votre %lise catholique. Un Anglais fit mettre sur sort tombeau : Ci'gû l'ami du chei>alier Sidney. Je ferai mettre sur le mien : Ci-gît V admirateur de Frédénc-le- Grand,

* L'Épitre à madame Denis , sur la vie de Paru et de FergaHles.

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9^ CORRSSPOHDiJrCE

n n'y a pas long-temps quun prince, en Imnt une nouTelle édition qu'on Tient de faire de votre AntirMa-chiavely fut fôché de ce que tous y dites de Charles XII. «Ha beau faire, dit-il en colère, il ne l'efFacera pas* » On lui répondit : « Charles XII a été le premier des « grenadiers , et le roi de Prusse est le premier des rois. »

Croyez, sire, que mon enthousiasme pour tous r toujouit été le même , et que si vous étiez roi des Indes , je ferais le voyage de Lahor et de DelhL Croyez que rien n'égale le profond respect et l'étemel attachement deV.

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