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CCCCLXIX

A PotscUm , le aS février.

L'esprit républicain , Teftprît d'égalité

Retpire dans les cours des grands et du vulgaire ;

Le mérite éclatant blesse leur vanité :

Sa splendeur, qui les désespère,

Redouble leur obscurité :

Aussi i*Envie usa des lois du despotisme.

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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1775. 5o']

Athènes, le berceau des sciences, des arts,

Bannit du ban de Tostracisme Les plus cbers nourrissons de Mercure et de Mars. Le besoin qu'on eut d*eux , leurs reyers , leur absence ,

Les firent bientôt regretter.

Le peuple, plein de bienveillance, Pour hâter leur rappel eût youlu tout tenter. Quiconque fièrement sur son siècle s'élève, Peut s'encenser lui-même et jouir d'un beau rêve. Mais bientôt les vapeurs des malins envieux , Les sucs empoisonnés obscurcissent les cieux.

Et sur lui le nuage crève.

Cpndé fut à Vincenne, an Havre détenu ; Eugène fut chassé ; des Français méconnu , Bayle chez le Batave enfin trouve un asile ; L'émule généreux d'Homère et de Virgile, Dont le nom illustra tous ses concitoyens. Transporta ses foyers chez les Helvétiens.

Passez, si vous pouvez, du vieux Nestor les ans;

Les mâles efforts du génie

Vous serviront peu , si le Temps

Ne vous fait survivre à l'Envie.

Ainsi l'univers enchanté, De Voltaire à Berlin court acheter le buste ; Et s'il jouit vivant de l'immortalité.

Disons que le public est juste.

Ce n'est point un conte; on se déchire à la fabrique de porcelaine pour avoir votre buste : on en achève moins qu'on n en demande. Le bon sens de nos Germains veut des impressions fortes ; mais quand ils les ont reçues , elles sont durables.

L'ouvrage dont vous me parlez, du maréchal de Saxe, m'est connu; et j'ai écrit pour en avoir un exemplaire. Les faits sont récens et connus; il n'y a que les cartes qui intéressent , parce que le terrain est l'échiquier de nous autres anthropophages, et que c'est lui

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5o8 CORRESPOKDAirCE

qui décide de lliabileté ou de Tignorance de ceux qui

l'ont occupé.

Cette partie de ma lettre est pour le lieutenant général Voltaire, qui m'entendra bien: le reste est pour le patriarche de Femey, pour le philosophe humadn , qui protège d'Etallonde, et qui veut à toute force casser l'arrêt de Yinf,,. Je ne refuserai aucun titre à d'Étallonde, si par cette voie je peux le sauver: ainsi, qu'il s'en donne tel qu'il jugera le plus propre pour son avantage.

Vous me croyez plus vain que je ne le suis. Depuis la guerre , je n'ai pensé ni à plan , ni à batailles , ni à toutes les choses qui se sont passées. Il faut penser à l'avenir, et oublier le passé, car celui-là reste tel qu'il est; mais il y a bien des mesures à prendre pour l'avenir.

Ce discours sent un peu le jeune homme : songez pourtant que les états sont immortels , et que ceux qui sont à leur tête ne doivent pas vieillir tant qu'ils les gouvernent.

Si vous allez à Versailles , d'Étallonde est sauvé : si votre santé ne vous permet pas d'entreprendre ce voyage, je n'augure aucune issue heureuse de son procès. Vous avez, à la vérité, quelques philosophes en France, mais les superstitieux font le grand nombre, ils étouffent les autres. Nos prêtres allemands, catholiques et huguenots ne connaissent que l'intérêt; chez les Français, c'est le fanatisme qui les domine. On ne ramène pas ces têtes chaudes : ils mettent de l'honneur à délirer, et l'innocence demeure opprimée. Le vieux parlement, rebelle à celui qui l'a réintégré , sera-t-il souple à la raison pure, agissant d'ailleurs d'une manière si opposée à ses devoirs et à ses véritables intérêts?

Mais qui pensera à d'Etallonde quand il s'agît de

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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1775. Sog

remettre en vogue le pourpoint de Henri IV? U faut changer sa garde-robe, faire emplette d étoffes, et employer rhabileté des tailleurs pour être à la mode. Cet objet est bien plus important que celui d*un procès jugé. Hors quelques parens, toute la France ignore qu'un citoyen nommé d'Étallonde s est échappé aux punitions injustes et cruelles qu'on lui avait infligées, et qui n'étaient point proportionnées au délit, qui n'était proprement qu'une polissonnerie.

Je salue le patriarche de Ferney ; je lui souhaite longue vie. J'ai lu sa nouvelle tragédie , qui n'est point mauvaise du tout. Je hasarderais quelques petites remarques d'un ignorant; mais ne pouvant pas dire comme le Corrége, son pittor anche io! je garde le silence, en vous priant de ne point oublier le philosophe de Sans-Souci. P^ale

Fédéric, eCCCLXX*

A Potsdam , le % mart.

Le baron de Poellnitz n'est pas le seul octogénaire qui vive ici, et qui se porte bien : il y a le vieux Lecoînte, dont peut-être vous vous ressouviendrez, qui a dix ans de plus que Poellnitz : le bon mylord Maréchal approche du même âge, et l'on trouve encore de la gaieté et du sel attique dans sa conversation. Vous avez plus de ce feu élémentaire ou céleste que tous ceux que je viens de nommer : c'est ce feu , cet esprit, que les Grecs appelaient irveujjia , qui fait durer notre frêle machine.

Vos derniers ouvrages, dont je vous remercie encore, ne se ressentent point de la décrépitude : tant que votre esprit conservera cette force et cette gaieté, votre corps ne périclitera point.

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5 10 CORRESPOWDAITCE

Vous me parlez de dialogues polonais qui me soDt inconnus; tout ce qu*il y a d'injures dans ces dialogues sera des Sarmates; le trèsjin, des Welches qui les protègent. Je pense sur ces satires comme Épictète : « Si « Ion dit du mal de toi et qu'il soit véritable , corrige- « toi; si ce sont des mensonges, ris-en. » Tai appris, avec l'âge, à devenir bon cbeval de poste ; je fais ma station , et ne m'embarrasse pas des roquets qui aboient en chemin. Je me garde encore davantage de faire imprimer mes billevesées ; je ne fais de vers que pour m*amuser. 11 faut être ou Bbileau, ou Racine, ou Voltaire, pour transmettre ses ouvrages à la postérité ; et je n'ai pas leurs talens. Ce qu'on a imprimé de mes balivernes n'aurait jamais paru de mon consentement. Dans le temps où c'était la mode de s'acharner sur moi, on m'a volé ces manuscrits, et on les a fait imprimer le moment même où ils auraient pu me nuire. Il est permis de se délasser et s'amuser avec la littérature, mais il ne faut pas accabler le public de ses fadaises.

Ce poème des Cofifédérés dont vous me parlez, je l'ai fait pour me désennuyer. Tétais alité de la goutte, et c'était pour moi une agréable distraction. Mais dans cet ouvrage il est question de bien des personnes qui vivent encore, et je ne dois ni ne veux choquer personne.

La diète de Pologne tire vers sa fin : on termine actuellement l'affaire ^s dissidens. L'impératrice de Russie ne vous a poitit trompé; ils auront pleine satisfaction, et l'impératrice en aura tout l'honneur. Cette princesse trouvera plus de facilité à rendre les Polonais tolérans, que vous et moi à rendre votre parlement juste et hunKnn.

Vous me faites l'énumération des éontradictions que

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VOUS troutez.dans le caractère de vos compatriotes : je conviens quelles y sont. Cependant, pour être équitable, il faut avouer que les mêmes contradictions se rencontrent chez tous les peuples. Chez nos bons Germains elles ne sont pas si saillantes, parce que leur tempérament est plus flegmatique; mais chez les Français, plus vifs et plys fougueux. Ces contradictions sont plus marquées : d*atitant plus respectables sont pour eux ces précepteurs du genre humain , qui tâchent de tourner ce feu vers la bienveillance, Thumanité, la tolérance et toutes les vertus. Je connais un de ces sages qui, bien loin d'ici, habite, dit-on, Femey; je ne cesse de lui sou^ haiter mille bénédictions, et toutes les prospérités dont notre espèce est susceptible. Fale. Fedbrig.

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