‹ ŒuvresChapitre 58 sur 66 · DXX · texte numérisé non relu

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A Potsdam , le 24 ieptembre.

Si j'exécute votre commission , j'aurai opâ^ë un* mi* racle plus grand qtte celui de léan-Jacques à Venise : j'aurai, comme Bacchu« ou Moïse, fait jaîHir une ftmtaine d'un rocher. Mais ce rochet sur lequel je dois fsûte mes opérations est plus dur que le diaftianf ; et -v^ovs voulez que j*en fasse sortir les eaux du Pactole J Je crains que mon soi-disant pupille ne me perde de répih tation, et qu'il ne m'arfive comme à ées prophètes des Cévennes qui voulurent à Londres ressusciter un mort, et qui n'en purent veni^ à bout. Cependant j'ai repassé tout mon Qcéron et tout mon Démosthène pour composer une lettre bien pathétique à son altesse sérénissime, ou, par une belle péroraison, je m'efforce d'amollir ses entrailles d'airain, lui représentant que le grand homme auquel il doit a mérité^la reconnaissffnce de toute l'Europe, et qu'ainsi c'est une double dette dont il doit s'acquitter envers lui. t& lui parrle d'une vieillesèei|f respectable qu'il faut honorer et soulager, et de la réputation qui rejaillira sur lui d'avoir aidé à tranquilliser sttr la fin de sa carrière ce patriarche des êtres pensaas, et un homme dont le nom durera plus longtemps qm celui de la Forêt-Noire et du Virtemb^rg* Enfin, si des phrasetf peuvent trouver quelque cHbse dan» des bourses vides, peut-être en feraî-je sortù* les derniers écus. Mais je n'en réponds pas , car de nihilo nihilj ^c, , conHne TOUS savez,

Grimm est arrivé ici de Pétersbourg. Nous avon^ beaucoup parlé de votre pantooratriee, de ses lois ^ des

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grandes mesures qu elle prend pour civiliser sa nation. Grinun est devenu colonel : je vous en avertis pour ne pas omettre ce titre qui de philosophe Ta rendu militaire. Apparemment que nous entendrons parler de ses hauu faits d*armes en Grimée, si le déUre porte les Turcs à déclarer la guerre à l'impém^ce.

Biais rincertitude où je suis de ce que deviendra mon mirade m'occupe plus que tout ceci. Je crains quelque mauvais tour de mon pupille ^ qui, jaloux de ma réputation, me fera manquer mon miracle. Vivez, vivez cependant , et conservez-vous pour la consolation des étret pensans, et pour le grand contentement du solitaire de Sans^ucL Fal0^ • Fbdéric

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DU ROI DE POUSSE

Le IX octobre.

Je suis très persuadé que ai Marc-Aurèle s'était sivisé d'écrire sur le gouvernement, son ouvrage aurait été bien supérieur à ma brochure ; lexpérience qu'il avait acquise en gouvernant cet immense empire romain ; 4evait être bien au dessus des notions que peut avoir résumées un chef des Obotrites et des Vandales; et Marc- Aurèle personnellement était si Supérieur par sa morale pratique aux souverains, et j*ose dire aux philosophes mêmes, que toute comparaison quon fait avec lui est téméraire. Laissons donc Maro-Aurèle, en Tadmirant tous deux, sans poiÉroir atteindre à sa perfection ; et en nous mettant au niveau. de notre médiocrité, rabaissonsn«us à la stérHité de notre siècle, qui, s épuisant pour donner Voltaire au monde, n'a pas eu la force de lui fournir des émules.

Je vois donc que les Suisses pensent sérieusement i

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réformer leurs lois. Ce code Carolin m'est connu; j*ai fourré le nez dans ces anciennes législations , lorsque j*ai cru nécessaire de réformer les lois des habitans des bords de la Baltique. Ces lois étaient des lois de sang, ainsi qu'on nommait celles de Dracon ; et à mesure que les peuples se civilisent, il faut adoucir leurs lois. Nous l'avons fait et nous nous en sommes bien trouvés. J'ai cru, en suivant les sentimens des plus sages législateurs, qu'il valait mieux empécber et prévenir les crimes que de les punir; cela m*a réussi, et pour vous en donner une idée nette, il faut vous mettre au fait de notre population , qui ne va qu'à cinq millions deux cent mille âmes. Si la France a vingt millions d'habitans, cela fait à peu près le quart; depuis donc que nos lois ont été modérées, uqus n'avons, année conunune, que quatorze, tout au plus quinze arrêts de mort; je puis vous en répondre d'autant plus affirmativement, que personne ne peut èQe arrêté sans ma signature, ni personne justicié , à moins que je n'aie ratifié la sentence. Parmi ces délinquans, la plupart sont des filles qui ont tué leurs enfans; peu de meurtres, encore moins de vols de grands chemins. Mais parmi ces créatures qui en usent si cruellement envers leur postérité, ce né sont que celles dont on a pu avérer le meurtre qui sont exécutées. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour empêcher ces malheureuses de se défaire de leur fruit. Les maîtres sont obligés de dénoncer leurs servantes dès qu'elles sont enceintes; autrefois on avait assujéti ces pauvres filles à faire dans les églises des pénitences publiques , je les en ai dispensées ; il y a des maisons dans chaque province où elles peuvent accoucher, et où l'on se charge d'élever leurs enfans. ]>ronobstant toutes ces facilités , je n'ai pas encore pu parvenir à déraciner de leur esprit le préjugé déna-

CORRI8P. ATBC LIS SOVTtRAIHS. T. II. 3g

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turé qui les porte à se défaire de leurs enfans ; je suis même maintenant occupé de Tidée d'abolir la honte jadis attachée à ceux qui épousaient des créatures qui étaient mères sans être mariées : je ne sais si peut-être cela ne me réussira pas. Pour la question , nous l'ayons entièrement abolie, et il y a plus de trente ans qu'on n'en fiiit plus usage; mais dans des états républicains, il y aura peut-être quelque exception à faire pour les cas qui sont des crimes de haute trahison; comme, par exemple, s'il se trouvait à Genève des citoyens assez pervers pour former un complot avec le roi de Sardaigne pour lui livrer leur patrie. Supposé qu'on découvrît un des coupables, et qu'il fallût s'éclaircir nécessairement de ses complices pour trancher la racine de la conjuration , dans ce cas je crois que le bien public voudrait qu'on donnât la question au délinquant. Dans les matières civiles il faut suivre la maxime qui veut qu'on sauve un coupable plutôt que de punir un innocent. Après tout, dans Fincertitude sur l'innocence d'un homme, ne vaut -il pas mieux le tenir arrêté que de l'exécuter ? La vérité est au fond d'un puits ; il faut du remps pour l'en tirer, et elle est souvent tardive à paraître; mais en suspendant son jugement jusqu'à ce qu'on soit entièrement éclairci du fait, on ne perd rien, et Ton assure la tranquillité de sa conscience, ce à quoi chaque honnête homme doit penser. Pardon de mon bavardage de légiste. C'est vous qui m'avez mis sur cette matière ; je ne l'aurais pas hasajdé de moi-même. Ces sortes de matières font mes occupations journalières; je me suis fait des principes d'après lesquels j'agis , et je vous les expose.

J'oublie dans ce moment que j'écris à l'auteur de la Henriade; je crois adresser ma lettre à feu le président

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de Lamoignon; mais vous réunissez toutes ces connaissances; ainsi nulle matière ne vous est étrangère. Si vous voulez encore du Gujas et du Barthole des Obotrites vous n'avez qu'à parler, je vous donnerai toutes les notions que vous désirez. C'est en fesant des vœux pour la conservation du patriarche de la tolérance que le solitaire de Sans-Souci espère qu'il ne Foubliera pas. Fale.

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