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DXXIII

A Polsdam, le ;8 novembre.

^^ Jattends votre ouvrage instructif sur les abus de la législation, et avec impatience, persuadé que j*y trouverai futile et l'agréable. Il parait que l'Europe est à présent en train de s'éclairer sur tous les objets qui influent le plus au bien de l'humanité , et il faut vous rendre le témoignage que vous avez plus contribué qu'aucun de vos contemporains à l'éclairer au flambeau de la philosophie. Pour vos Welches, sur lesquels vous glosez, je croirais qu en les prenant en masse ils sont à peu près semblables aux autres habitans de ce globe : ils ont peut-être quelque chose de trop impétueux dans leur vivacité, qui dégénère même en férocité. D'ailleurs l'homme est une espèce assez méchante , à laquelle il faut partout des principes réprimans, ou sa méchanceté foncière renverserait toutes les bornes de l'honnêteté et

même de la bienséance. Souvenez-vous que n vos Français vont de l'ëdia&ud au spectacle, Cicéron, Atticus, Yarron, Catulle, assistaient au spectacle barbare des combats de gladiateurs, et qu'easuite ils allaient entendre les tragédies d'Ennius et les comédies de Térence. L'habitude fjouverne les hommes : la curiosité les attire à reiéeution d'un coupable, et Tennui les promène à rOpéra, faute de pouvoir autrement tuer le temps.

Il y a des fainéans dans toutes les grandes villes, et peu de gens qui aient acquis assez de connaissances pour •e former le goût. Quelques personnes, qui passent pour habiles, décident du sort des pièces; et des ignorans, incapables de juger par eux-|pémes, répètent ce que les autres ont dit. Ces jugemens ne se bornent pas aux pièces de théâtre, ils se font remarquer universellement, et constituent ce qu'on appelle la réputation des hommes. Et voilà les soUdes appuis sur lesquels est fondée la renommée. Vanité des vanités !

Vous voulez savoir ce que sont devenus les jésuites chez nous. Jlgnorais lanecdote du régiment levé de cet ordre, et qui probablement aura eu sa part à laventure des chèvres < : mais comme ces animaux sont très rares en Silésie, je ne crois pas que nos bons pères se soient avilis en fréquentant cette espèce. J ai conservé cet ordre tant bien que mal , tqut^ hérétique que je suis, et puis encore incrédule. En vlc^ci If s raisons :

On ne trouve dans nos contrées aucun catholique lettré, si ce n'est parmi les jésuites ; nous n'avions personne capable de tenu: les classes ; nous n'avions ni

^ AUnsion à une année levée par le pape et les jésuites contre Henri IV; elle amena des chèvres à sa suite , et fit connaître «^n France cette torpitnde, jqsqne là ignorée des Wdches. C'est, avec la théologie, la seule ohoffe ^e Rome moderne ait pn enseigner.

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A.vr.C LB ROI DE PRUSSE. — 1777. 6l5

pères de 1 oratoire ni piariste»; le reste des moines est d'une ignorance crasse : il fallait donc conserver les jésuites pu laisser périr toutes les écoles. Il fallait donc que Tordre subsistât pour fournir des professeurs à mesure qu*il venait à en manquer ; et la fondation pouvait fournir la dépense à ces frais. Elle n'aurait pas été suffisante pour payer des professeurs laques. De plus , c'était à Tuniversité des jésuites que se formaient les théologiens destinés à remplir les cures. Si Tordre avait été supprimé , Tuniversité ne subsisterait plus , et Ton aurait été nécessité d envoyer les Silésiens étudier la théotbgie en Bohême , ce qui aurait été contraire aux principes fondamentaux du gouvernement.

Toutes ces raisons valables m'ont f^t le paladin de cet ordre ; et j'ai si bien combattu pour lui que je l'ai soutenu , à quelques modifications près , tel qu'il se trouve à présent, sans général , sans troisième vœu, et décoré d'un nouvel uniforme que le pape lui a conféré. Le malheur de cet ordre a influé sur un général qui en avait été dans sa jeunesse: ce monsieur de Saint -Germain avait de grands et de beaux desseins, très avantageux à vos Welches ; mais tout le monde Ta traversé , parce que les réformes qu'il se proposait de faire auraient obligé des freluquets à une exactitude qui leur répugnait. Il lui fallait de Yargeat pour supprimer la maison du roi ; on le lui a refusé. Voilà donc quarante mille hommes , dont la France pouvait augmenter ses forces sans payer un sou de plus, perdus pour vos Welches, afin de conserver dix mille fainéans bien chamarrés et bien galonnés. Et vous voulez que je n'estime pas un homme q\ii pense si juste? Le mépris ne peut tomber que sur les mauvais citoyens qui Tont contrecarré.

Souvenez -vous, je vous prie, du père Tournemine.

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6i6 CORRESPONDANCE

votre nourricier ( vous avez sucé chez lui le doux lait ^ Muses), et récondliez-TOus avec un ordre qui a porte, et qui, le siècle passé, a fourni à la France des hommes du plus grand mérite. Je sais très bien qu'ils ont cabale et se sont mêlés d'a£bires ; mais c'est la faute in gouvernement. Pourquoi Ta-t-il souffert ? Je ne m'en prends pas au père Le Tellier, mais à Louis XIV.

Mais tout cela m'embarrasse moins que le patriarche de Femey : il faut qu'il vive, qu'il soit heureux et qu'il n'oublie pas les absens* Ce sont les vœux du soUtaire de Sans-Souci. Fàle. Fbdéric,

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