CCXLVIII
Le %S noTemlire.
D'Olivet ihe foudroie, à ce que je vois. Je suis plus ignorant que je ne me l'étais cru. Je me garderai bien, de faire le puriste, et de parler de ce que je n'entends pas ; mon silence me préservera des foudres des d'Olivet et des Yaugelas. Je me garderai bien encore de vous envoyer de mes ouvrages : si vous laissez voler les vôtres, que serait-ce dès miens? Vous travaillez pour votre réputation et pour Tbonneuf de votre nation ; si je batbouille du papier, c'est pour mon amusement; et on pourrait me le pardonner, pourvu que je déchirasse ces ouvrages après les avoir achevés. Lorsqu'on approche de quarante ans, et que l'on bit de mauvais vers, il faut dire comme le Misanthrope :
Si j'en fesais d'aussi méchans.
Je me garderais bien de les montrer aux gens.
Nous avions à Berlin un ambassadeur russe qui, depuis vingt ans, étudiait la philosophie sans y avoir compris grand'chose. Le comte de Ràiserling, dont je parle , et qui a soixante ans bien comptés , partit de BerUn avec son gros professeur. Il est à Dresde à présent, il étudie toujours, et il espère detre un écoUer passable dans vingt ou trente ans d'id. Je n'ai point sa patience, et je ne songe pas à vivre aussi long-temps. Quiconque n'est pasf)oètè à vingt ans, ne le deviendra
AVEC LE ROI DE PRUSSE. — I749. I I t
de sa vie. Je n'ai point assez de présomption pour me flatter du contraire, ni je ne suis assez aveugle pour ne me pas rendre justice.
Envoyez -moi donc vos ouvrages par gënërositë , et ne vous attehdez à rien de ma part qu'à des applaudissemens. Je veux imiter de Conmrt te silence prudent ; mais cela ne me rendra pbint insensible' aux beautés de la poésie. Testimerai d'autant plus vos ouvrages, qtie j*ai éprouvé l'impossibilité d'y atteindre.
Ne me faites plus de tracasseries sur les on dit On dit est la gazette des sots. Personne n'a mal parlé de vous dans ce pays-cL Je ne sais dans quel livre d'Argens bavarde sur Euripide : qui vous dit que c'est vous? S'il avait voulu vous désigner, n'aurait-il pas choisi Virgile plutôt qu'Euripide? Tout le monde vous aurait reconnu à ce coup de pinceau; et dans le passage que vous me citez, je ne vois aucun rapport avec la réception qu'on vous a fa^g ici.
Ne voin forgez donc pas des monstres pour les combattre. Ferraillez, s'il le faut , avec les «memis réels que votre mérite vous a faits en France, et ne vous imaginez pas d'en trouver où il n'y en a point : ou si vous aimez les tracasseries, ne m'y mêlez jamais ; je n'y entends rien , ni ne veux jamais rien y entendre.
Je vois, par tous les arrangemens que vous prenez, le peu d'espérance qu'il me reste de vous voir. Vous ne manquerez pas d*excuses ; une imagination aussi vive que la vôtre est intarissable. Tantôt ce sera une tragédie dont vous voudrez voir le succès , tantôt des arrangemens domestiques; ou bien le roi Stanislas, ou des nouveaux on dit. Enfin, je suis plus incrédule sur ce voyage que sur l'arrivée du Messie que les Juifs attendent encore.
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I I a CORRESPONDANCE
n paraît id une Élégie. . . . serait-elle de tous? Voici le premier vers :
Un sommeil éternel a donc ilenné ces yeox» etc.
Mandez-le-moi, je vous prie; j'ai quelques doutes là dessus; vous seul pouvez les ëclaircir.
Tattends avec impatience le grand envoi que vous m'annoncez, et je vous admirerai, tout ingrat et absent que vous êtes, parce que je ne saurais m'en empêcher.
Adieu ; je vais voir les agréables folies de Roland, et les héroïques sottises de Coriolan. Je vous souhaite ^an^ quillité, joie et longue vie; Fbdbric.
BILLET DE M. DE VOLTAIRE
27 novembre.
Ceci n'est guère digne de votre majesté; mais il faut offrir à son dieu tous les fruits de sa terre. Ifbus aurez incessamment le manuscrit de Rome saucée. Le sujet , au moins, sera plus digiie d'un héros éloquent.
Décembre.
Dans votre prose délicate Vous avancez très poliment Que je ne suis qu'un automate^.
Un stolque sans sentiment ; Mes larmes coulent pour Electre , Je suis sensible à l'amitié ; Mais le plus héroïque spectre Ne m'inspire que la pitié.
Votre cardinal Quirini est bien digne du temps des spectres et des sortilèges : vous connaissez votre monde,
AVEC LE kOI DE PRUSSE. — 1749. 1 13
et c'était bien s'adresser de lui dire que tout catholique étant obligé de croire aux miracles, le parterre se trouvait obligé, en conscience , de trembler devant Tombre de Ninus ; je vous réponds que le bibliothécaire de sa sainteté approuvera fort cette doctrine orthodoxe. Pour moi 9 qui ne suis qu'un maudit faéréti€[ue, vous me pennettrez d'étie dun sentiment différent, et de vous dire ingénument ce que je pense de votre tragédie. Qu<^que détour que vous preniez pour ccKiherle nœud de SémiramiSj ce n'en est pas moins l'ombre de Ninus : c'est cette ombre qui inspire des remords dévorans à sa veuve parricide; c'est l'ombre qui permet galamment à sa veuve de convoler en secondes noces. L'ombrer fait entendre , du fond de son tombeau , une voix gémissante à son fils 5 il fait mieux , il vient en personne effrayer le conseil de la reine , et atterrer la ville de Babylone ; il .arme enfin son fils du poignard dont Ninias assassine sa mère. Il est si vrai que défunt Ninus fait le nœud de votre tragédie , que sans les rêves et les apparitions différentes de cette âme errante , la pèce ne pourrait pas se jouer. Si j'avais un rôle à choisir dans cette tragédie, je prendrais celui du revenant ; il y fait tout. Voilà ce que vous dit la critique. L'admiration ajoute, avec la même sincérité, que les caractères sont soutenus à merveille, que la vérité parle par vos acteurs, que l'enchainure des scènes est faite avec un grand art Sémiramis inspire une terreur mêlée de pitié. Le féroce et artificieux Assur , mis en opposition avec le fier et généreux Kinias, forme un contraste admirable; on déteste le premier : aussi ne lui arrive- 1- il aucune catastrophe dans l'action, parce qu'elle n'aurait produit aucun effet. On s'intéresse à Ninias , mais on est étonné de la façon dont il tue sa mère ; c*est le
GORRESP. AVEC LES SOUVER.VTlfS. T. II
moment où il faut se faire la plus forte illusion. On est un peu fâché contre Azéma qu elle porte des paquets , et que ses quiproquo soient la cause de la catastrophe ; toute la pièce est versifiée avec force ; les vers me paraissent de la plus belle harmonie, et dignes de Tauteur de la Henriade. J'aime mieux cependant lire cette tragédie que de la voir représenter , paace que le spectre me paraîtrait risible , et que cela serait contraire au devoir que je me suis proposé de remplir exactement, de pleurer à la tragédie et de rire à la comédie*
Du temps de Plaute et d*£uripîde, Le parterre morigéné Suivait ce goût sage et solide ; Par malheur il est suranné.
Vous dirai -je encore un mot sur la tragédie? Les grandes passions me plaisent sur le théâtre; je sens une satisfaction secrète lorsque Fauteur trouve moyen de remuer et de transporter mon ame par la force de son éloquence; mais ma délicatesse souffre lorsque les passions héroïques sortent de la vraisemblance. Les machines sont trop outrées dans un spectacle; au lieu d'émouvoir, elles deviennent puériles. S'il fallait opter, j aimerais mieux dans la tragédie moins d élévation et plus de naturel. Le sublime outré donne dans l'extravagance; Charles XII a été le seul homme de tout ce siècle qui eût ce caractère théâtral ; mais , pour le bonheur du genre humain, les Charles XII sont rares. Il y a une Mariamne de Tristan qui commence par ce vers :
Fantôme injuri«xx qui troubles mon repos.,
Ce n est pas certainement comme nous parlons ; apparemment que c'est le langage des habitans de la lune.
AVEC LE ROI DE PRUSSE. — 1749. I l5
Ce* que je dis des vers doit s*entendre également de Vaction ; pour qu*une tragédie me plaise , il faut que les personnages ne montrent les passions que telles qu'elles sont dans les hommes vifs et dans les hommes yindicatifs. Il ne faut dépeindre les hommes ni comme des démons ni comme des anges, car ils ne sont ni Fun ni l'autre , mais puiser leurs traits dans la nature.
Pardon , mon cher Voltaire , de cette discussion ; je TOUS parle comme fesait la serrante de Molière ; je vous rends compte des impressions que les choses font sur mon ame ignorante. J*ai trouvé , dans le volume que je. viens de recevoir, lelôge que vous faites des officiers qui ont péri dans cette guerre, ce qui est digne de vous; et j*ai été surpris que nous nous soyons rencontrés , sans le savoir, dans le choix du même sujet. Les regrets que me causait la perte de quelques amis me firent naître ridée de leur payer, au moins après leur mort, un faible tribut de reconnaissance, et je composai ce petit ouvrage où le cœur eut plus de part que l'esprit; mais, ce qu'û y a de singulier, c'est que le mien est en vers , et celui du poète en prose. Racine n'eut de sa vie de triomphe plus éclatant que lorsqu'il traitait le même sujet que Pradon. J'ai vu combien mon barbouillage était inférieur à votre éJoge. Votre prose apprend à mes vers comme ils auraient du s'énoncer.
Quoique je sois de tous les mortels celui qui importune le moins les dieux par mes prières, la première que je leur adresserai sera conçue en ces termes :
O dieux 9 qui douez les poètes
De tant de sublimes faveurs !
Ali ! rendez vos grâces parfaites,
Et qu'ils soient un peu moins menteurs !
Si les dieux daignent m'exaucer, je vous verrai l'année
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I l6 CORRESPONDANCE
qui vient à Sans-Souci , et si vous êtes d'humeur à cbrriger de mauvais vers, vous trouverez à qui parier. Vale.
DE M. DE VOLTAIRE
A Paris ) 3i décembre.
Vous êtes pis qu'un hérétique ; Car ces gens qu'un bon catholique Doit pieusement détester, Peaseat qu'on peut ressusciter, Et que la Bible est véridique :
Mais le héros de Sans-Souci , En qui tant de lumière abonde, Fait pen de cas de Tauli^ monde, Et se moque de celui-ci.
Et moi aussi, sire, je prends la liberté de m'en moquer. Mais quand je travaille pour le public , je parle "à l'imagination dee bommes, à leurs faiblesses, à leurs passions. Je ne voudrais pas qu'il y eût deux tragédies comme Sêmîramis; mais il est bon qu'il y en ait une, et ce n'est pas "une petite affaire d'avoir tran^orté la scène grecque à Paris, et d'avoir forcé un peuple frivole et plaisant à frémir à la vue d'un spectre. Votre majesté sent bien que je pouvais me passer de cette ombre. Rien n'était plus aisé ; mais j'ai voulu faire voir qu'on peut accoutumer les bommes à tout, et qu'il n'y a que manière de s'y prendre. Vous les accoutumez à des choses plus rares et plus difficiles.
Ce que votre majesté me fait l'honneur de me mander à propos de la petite commémoration que j'ai faite de nos pauvres officiers tués et oubliés, me ravit en admiration. Quoi ! vous roi , vous avez eu la même idée, et l'avez exécutée en vers ! Vous avez fait ce que fesait
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AVEC LE ROI DE PBUSSE. — 1749. jçin
ss peuple é'Athènes. Vous valez hieu ce peuple à vou» tout seuL II est bien juste qu'un roi qui fait tuer des homnae* les regrette et les célèbre; mais où sont les monarques qui en usent ainsi ? Us se contentent de faire tuer. Mais vous êtes roi et homme, homme éloquent, honune sensible ; vous redoublez plus que jamais mon extrême envie de tous voir encore avant que ma malheureuse machine se détruise, et cesse pour jamais de Yous admirer et de vous aimer. La mort me fait de la peine. On vît trop peu. Je crois que le peu de temps que j'ai à pouvoir approcher d un être tel que vous me fait encore envisager la brièveté de la vie avec plus de chagrin.
Je ne sais ce que c'est que ces vers dont votre m^psté me parle sur la mort de madame du Châtelet. Je n'ai rien vu de ce qu'on a pubilé pour et contre , dans notre nation frivole. Je me borne à regretter dans la refaite un grand honune qui portait des jupes, à respecter sa mémoire , et à ne me point soucier du tout de ses faiblesses de femme.
Voici un petit recueil ou vous trouverez bien des vers corrigés et arrondis. On n'a jamais fait avec les vers. Que] métier ! Pourquoi faut-il qu'il soit le plus inutile de tous et le plus difficile ?
Je reprends cette lettre, sire^ que j'avais commencée il y a quelques jours. Je suis retombé malade. Me voilà à peu près guéri , et je repi*ends ma lettre. J'avertis votre majesté qu'elle n'aura pas sitôt une certaine Rome sautée. J'ai beaucoup retravaillé cet ouvrage, parce qu'il s'agit de grands hommes que vous connaissa?^, comme si vous aviez vécu avec eux. Quand il s'agit cïe peindre Rome pour Frédéric-le-Grand, il y faut nti peu d'attention. On va jouer une Electre de ma façon sous le
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1 1 8 CORRESPOKDAWCE
nom d'Oreste. Je ne sais pas si elle vaudra celle de Cré-^ billon , qui ne vaut pas grand chose , mais du moins Electre ne sera pas amoureuse , et Orestc ne sera pas galant. H faut petit à petit défaire le Théâtre français des déclarations d*âmour , et cesser de
Peindre Caton galant et Brntuft damerec
(BozLEAU, Art poétique, ch* m.)
J'ai actuellement un petit procès dont je fiads votre majesté juge. Madame la duchesse d*Aiguillon croit avoir trouvé un manuscrit du Testament politique du cardinal de BicheUeu , et un manuscrit authentique. Je crois la chose impossible, parce que je crois impossible que le canlinal de Richelieu ait écrit ce fatras de puérilités, de contradictions et de faussetés dont ce testsunent fourmille. On a estimé cet ouvrage , parce qu'on Ta .cru d'un grand homme. Voilà comme on juge. J'ose le croire d'un homme au dessous du médiocre. Si par malheur il était du cardinal, à quoi tiennent les réputations! La vôtre, sire, est en sûreté. Je souhaite à votre majesté autant d'années que de gloire. Je lui renouvelle pour l'année lySo mes respects, mon admiration et mon tendre dévouement,
Janyier i75(V Quoi ! vous envoyez vos écriu Au frondeur de iS^/n/ram/i; A rincrédule qui de TomBre Du grand Ninus n'est point épris.
Qui sur un ton caustique et somlnre Ose juger vos beaux esprits !
Ce trait désarme ma colère :
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A.VEC LE ROI DE PRUSSE. — I75o. 1 m
JEpfiii je retrouve Voltaire, Ce Voltaire du temps jadis , ♦ Qui savait aimer ses amis ,
Et qui surtout savait leur plaire.
Voilà une lettre comme j'en recevais autrefois de Cirey. Je redouble d envie de vous revoir, de parler de littérature, et de m'instruire des choses que vous seul pouvez m'appreudre. Je vous fais mes remerciemens de votre nouvelle édition. Comme je saVais vos vieilles épîtres par cœur, j ai reconnu toutes les corrections et additions que vous y avez faites; j'en ai été charmé : ces épitres étaient belles, mais vous y avez ajouté de nouvelles beautés.
Vous accoutumerez le parterre à tout ce que vous voudrez; des vers de la beauté des vôtres peuvent, par leur imposture, faire illusion sur, le fond des choses. Je suis curieux de voir Oreste; comment vous aurez rem- * placé Palamède, et de quelles autres beautés vous aurez enrichi cette tragédie; si vous pensiez à moi, vous me feriez la galanterie de me l'envoyer. Je suis prévenu pour vous, il ne tient donc qu a vous de recevoir mes applau* dissemens; mais se soucie-t-on à Paris que des Vandales, et desfiarbares sifflent ou battent des mains à Berlin.'^
Cet Éloge de nos officiers tués à la guerre me rap-pelle une anecdote du feu czar. Pierre I*' se mêlait de pharmacie et de médecine; il donnait des remèdes à ses courtisans malades; et lorsqu'il avait expédié quelques boyards pour l'autre monde, il célébrait leurs obsèques avec magnificence , et honorait Jeur convoi funèbre de sa présence. Je me trouve à l'égard de ces pauvres officiais dans un cas à peu près semblable : des raisons d'état m'obligèrent à les exposer à des dangers où. ils
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1 ao CORRESPONDANCE
ont péri : pouvai^je faire moins que d'orner leurs tombeaux d epitaphes simples et véritables? Venez au moins corriger ce morceau plein de fautes, pour lequel je m'intéresse plus que pour tous mes autres ouvrages. Des affaires m'appellent en Prusse au mois de juin ; mais dn pr^aier de juillet jusqu'au mois de septembre , je pourrai disposer de mon temps, je pourrai étudier aux
pieds de G^nalid , je pourrai
Vous admirer et vous entendre , Et du grand art de Qcéron , De Thucydide et de Maron , M*inst^ire, et par vos soins apprendre Le chemin du sacré yallon :
Mais , pour y mériter nn nom , Du feu que -votre esprit recèle, Daignez à ma froide raison Communiquer une étincelle, El j'égalerai Crébillon.
Comment voulez-vous que je juge qui de vous ou de madame d'Aiguillon a raison ? Si la duchesse produit le Testament politique du cardinal de Richelieu en original, il faudra Wen l'en croire. Les grands hommes ne le sont ni tous les momens ni en toute chose. Un ministre rassemblera toutes ses forces, il emploiera toute la sagacité de son esprit dans une affaire qu'il juge importante, et il marquera beaucoup de négligence dan^une autre qu'il croit médiocre. Si je me représente \ë cardinal de Richelieu rabaissant les grands ^u royaume, établissant solidement l'autorité rqyale, soutenant k gloire des Français contre des ennemie puiasans et étrangers , étoiif> fant des guerres intestines, détruisant le parti des eû^ vinistes , et fesant élever une digue à travers la mer pour a^iéger La Rochelle; si je me représente cette anie ferme,
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AVEC LE BOI DE PRUSSE. — I75o. 121
occupée des plus grands projets, et capable des résolutions les plus hardies, le Testan^ent politique me paraît trop puéril pour être son ouvrage. Peut-être étaient-ce des idées jetées sur le papier; peut-être ne voulait-il pas dire tout ce qu'il pensait , pour se faire regretter d'autant plus, S y avais vécu avec ce cardinal , j'en parlerais plus pesitivement ; à présent je ne peux cpe deviner.
Des grandeurs et des petitesses , Quelques vertus , plus de faiblesses , Font le bîzdfre coaiposé Dn héros le plus ayidé':
U jette un rayon de lumière ; Mais ce soleil, dans sa carrière, Ne brille pas d'un feu constant.
L'esprit le plus profdnd s'éclipse :
Richelieu fit son Testament j Et Newton son Apocalypse^
Je ne souhaite ^ pour la nouvelle année, que de la santé et de la patience à l'auteur do la Henriade. S'il m'aime encore, je le verrai fece à face, je Fadnairerai à Sans-Souci, et je lui en dirai davantage.
DE M. DE VOLTAIRE
APiirts^SSSvriiif.
Du sem de» brillantes clavté», ^Et de rétemelle abondance D'agrémens et de yérités y
Dont TOUS ayez là |ouissance, Trop heureux roi, tous insultez Mon obscure et triste indigence.
Je TOUS TaTOue , un bon écrit , De ma part est chose très rare.
Je ne suis <|ae pauTre d'esprit , Yoiis m'appelez d'csjHÎt arare.
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122 CORRESPONDAKCB
Mais il fieiut que le pauvre encor ( Porte sa substance au trésor De ces puissances trop altières ; Et le palau d^azur et d'or Reçoit le tribut des chaumières.
Voîci donc, sire, un trè» chétif tribut qui n'est pa$ dans le goût du comique larmoyant; car il faut bien se tourner de tous les sens pour vous plaire.
Comme j'allab continuer cette petite épître, j'en reçois une de votre majesté. Celle-là prouve bien mieux encore l'immensité des richesses de votre génie. Ni vous ni personne n'a jamais rien fait de si bien , ou du moins de mieux que ces vers :
« Des grandeurs et des petitesses , ]
• Quelques vertus, plus de faiblesses, etc. »
Je sens, à la lecture de cette lettre, que si j'avais un peu de santé, je partirais sur-le-champ, fussiez-vous à Kosnigsberg. Voua daignez demander Oreste^je vais la faire transcrire. Mais que votre majesté ne s'attende pas à voir un Palamède. Il n'y en a point dans Sophocle.
A l'égard du prétendu Testament politique du cardinal de RicheUeu , je réponds bien que madame d'Aiguillon n'en aura jamais l'original. Sire , on n'a jamais vu l'original de tous ces testamens-là. Indépendamment des misères dont ce livre est plein , je trouve qu'Armand est bien petit devant Frédéric*
Ceux dont Timprudence
Dans d*indignes mortels a mis sa confiance.
L'imprudence met sa confiance. L'imprudence ne mettent pas. Mais l'imprudence pourrait à toute force mettre leur confiance, en rapportant.ee leur au dont.
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AVEC LE KOI DE PRUSSE. — l'J&O. I a 3
Ce serait une licence qui, en certains cas, serait permise.
Mon chancelier d'Olivet dirait le reste. Mais quand f écris au plus grand homme de notre siècle, je ne connais que le sentiment de l'admiration. L'enthousiasme fait oublier la grammaire. A vos genoux.
A Paris , i6 mara.
Enfin d'Arnaud, Ibin de Manon , S*en va , dans sa tendre jeunesse , A Berlin chercher la sagesse Près de Frédéric- Apollon.
Ali ! f aurait bien plus de raison D'en faire autant dans ma vieillesse.
Il va donc goûter le bonheur De Toir ce brillant phénomène»
Ce conférant législateur Qui tut chasser de ton domaine l^oute tottise et toute erreur , Tout dévot et tout procureur, Tout fléau de l'engeance humaine, n verra couler dans Berlin Les belles eaux de THippoerène, Non pat comme dans ce jardin Où Fart avec effort amène Les Naïades de Saint-Germain , Et le fleuve entier de la Seine, Tout étonné d'un tel chemin ; Mab par un art bien plus divin , Par le pouvoir de ce génie , .
Qui tant efîbrt tient sous sa main Toute la nature embellie.
Mon d'Arnaud est donc appelé Dans ce séjour que Ton renomme i
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f!l4 CORABSI>ON0A]!KX
Et taiuli» cpfua troupeau zélé De pèlerins au front pelé Court à pied dana les murs de B«me« Pour voir un triste jubilé, L*heureux d'Arnaud voit un grand homme.
Grand homme que tous êtes ! que votre dernier songe est joli! Vous dormez comme Horace veillait. Vous êtes un être unique.
J enverrai à votre majesté, par la première poste, des fatras d*Oreste. Je mettrai ces misères à vos pieds. Une seule de vos lettres, qui ne vous coûtent rien , vaut mieux que nos grands ouvrages qui nous coûtent beaucoup.
Je suis plus que jamais aux pieds de votre majesté.
DE M. DE VOLTAIRE
A Paris, 17 mars.
Grand juge et grand feseur de vers ,
Lisez cette œuvre dramatique,
Ce croquis de la scène antique ,. ,
Que des Grecs le pinceau tragique
Fit admirer à Funivers.
Jugez si l'ardeur amoureuse D'une Electre de quarante ans Doit dans de tels événemens Étaler les beaux sentimens D'une héroïne doucereuse, En massacrant ses cliers parens D'une main peu respectueuse.
Une princesse en son printemps , Qui surtout n'aurait rien k faire , Pourrait avoir par passe-temps A ses pieds un ou deux amans , Et les tromper avec mystère ;
A.VEC LE ROI DE PRUSSE, — I75o. 12$
Mjus la fille d'Agamemnon N'eut dans sa tête d*autre afîfeire Que d'être digae de sou nom.
Et de yenger monsieur son père ; Et j*estime encor que son frère Ne doit point être un Céladon.
Ce héros, fort atrabilaire, N'était point né sur le Lignon.
Apprenez-moi , mon Apollon ,
Si j'ai tort d'être si sé?ère.
Et kqud des deux doit tous plaire ,
De Sophocle ou de Crébillon.
Sophocle peut avoir raison ,
Et laisser des torts à Voltaire.
J*ai l'honneur, tire, d'envoyer à votre majesté les feuilles à mesure qu'elles sortent de chez llmprimeur. Il faut bien que mon ApoUon-Frëdéric ait mes prémices bonnes ou mauvaises. Tai pris la liberté de lui écrire par la voie de cet heureux d'Arnaud , qui verra mon lehovah prussien face à face , et à qui je porte la plus grande envie.
Votre majesté aura incessamment d'autres petites offrandes malgré ma misère ; car, tout malingre que je suis je sens que vous donnez de la santé à mon ame; vos rayons pénètrent jusqu'à moi et me vivifient.
Voilà d'Arnaud à vos pieds ! Qui sera à présent assez heureux pour envoyer à votre majesté les livres nouveaux et les nouvelles sottises de notre pays.»* On m'a dit qu'on avait proposé un nommé Fréron. Permettez-moi, je vous en conjure, de représenter à votre majesté qu'il firat, pour une telle correspondance, des hommes qui aient l'approbation du public. Il s'en faut beaucoup qu'on regarde Fréron comme digne d'un tel honneur. C'est un homme qui est dans un décri et dans un mépris
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I a6 CORRESPOND ANGE
général, tout sortant de la prison où il a été mis pour des choses assez vilaines. Je vous avouerai encore, sire, qu*il est mon ennemi déclaré , et qu'il se déchaîne contre moi dans de mauvaises feuilles périodiques, uniquement parce que je n*ai pas voulu avoir la bassesse de lui faire donner deux louis d or qu'il a eu l'effronterie de demander à mes gens , pour dire du bien de mes ouvrages. Je ne crois pas assurément que votre majesté puisse choisir un tel homme. Si elle daigne s'en rapporter à moi, je lui en fournirai un dont elle ne sera pas mécontente; si elle veut même , je me chargerai de lui envoyer tout ce qu'elle me commandera. Ma mauvaise santé , qui m'empêche très souvent d écrire de ma main , ne m'empêchera pas de dicter les nouvelles. En un mot, je suis à ses ordres pour le reste de ma vie.
DE M. DE VOLTAIRE
A Paris , vendredi 3 avrlL
Sire, voici des rogatons qui m'arrivent, dans l'instant, de l'imprimerie. Jugez le procès des anciens et des modernes. Vous qui abrégez les procès dan» votre royaume, mettez fin au nôtre d'un mot. Votre majesté est accoutumée à décider toutes les querelles par la plume comme par l'épée , sans y perdre beaucoup dé temps. Je n'ai que celui de lui envoyer ces bagatelles : la poste va partir. Voyez, sire, combien l'heure presse; vous n'aurez pas seulement quatre vei» cette fois -ci. Mais tous les momens de ma vie ne vous en sont pas moins consacrés.
4VEC LE ROI DE PRUSSE. — I75o. I 9.7
DE M. DE VOLTAIRE
« A Paris , le x3 arriL
Grand roi , voici donc le recueil De ma dernière rapsodie.
Si j'avais quelque grain d'orgueil , De Frédéric un seul coup d*œil Me rendrait de la modestie.
Votre tribunal est Pécueil Où notre vanité se brise ; L'œuvre que votre goût méprise Dès ce moment tombe au cercueil ; Bien n'est plus juste : votre accueil Est ce qui nous immortalise.
A propos d'immortalité, sire, j*aurai riionneur de TOUS avouer que c est une fort belle chose ; il n'y a pas moyen de vous dire du mal de ce que vous avez si bien gagné. Mais il vaut mieux vivre auprès de votre majesté deux ou trois mois , que trente mille ans dans la mémoire des hommes. Je ne sais pas si d'Arnaud sera immortel , mais je le tiens fort heureux dans cette courte vie.
La mienne ne tient plus qu a un petit fil ; je serai fort en colère si ce petit fil est coupé avant que j aie encore eu la consolation de revoir le grand honyne de ce siècle. Vos vers sur le cardinal de BicheUeu Qfit été retenus par cœur. Le moyen de s en empêcher !
« Bicbelieu fit son Testament, « Et Newton sou Jpocafypse. ■
Gela est si naturel, si aisé, si vrai, si bien dit, si court, si dégagé de superfluités, qu*il est impossible
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I a8 CORRESPOND AKCE
de ne s'en pas souvenir. Ces vers sont déjà un proverbe. Vous êtes assurément le premier roi de Prusse qui ait fait des proverbes en France. Votre majesté verra, dans la rapsodie ci -jointe, mes raisons contre madame d'Aiguillon. •
Jugez ce Testament fameux Q*en vain d'Aiguillon veut défendre ; Vous en avez bien jugé deux Plus difficiles à comprendre.
Je ne verrai donc jamais , sire, la Valoriade .•* il y a une ode dans un recueiLde votre académie ; je n'ai ni le recueil ni l'ode. C'est bien la peine de vous aimer pour être traité ainsi ! Oh ! le mauvais marché que j'ai fait là de vous donner toute mon ame sans restriction. V.
A Potsdam , le 35 avriL
J'espérais qu'au premier signal Les Grâces et votre génie Viendraient sans cérémonial Réveiller ma muse assoupie ; Mais de ce bonheur idéal L'espérance est évanooie, £t dans ce séjour martial , D*Amaud , votre charmant vassal , N'est afrivé qu'en compagnie De sunu«e aimable et polie. Lorsqu'on n'a point l'original, Heureux qui retient la copie !
Il est enfin venu , ce d'Arnaud qui s'est tant fait attendre. Il m'a remis votre lettre , ces vers charmans qui font toujours honte aux miens , et je redouble d'impatience de vous revoir. A quoi sert-il que la nature m'ait
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AVEC LJ5 ^pl DB PRUSSE* — l75o. laQ
fait naître yotre contemporain, $i yoat jp'empéchez de profiter de cet ayantage?
Depuit deux mille ans nous lisons Les y«rs de Vii^e et 4'Horace :
Avec eux plus ne conversons.
Qai pourrait les voir £ace à £ace SlnstruîrÉit bien pai^l^irs leçons.
Oui y la mort; ainsi que Tabsence»
Sépare les paavres Humains ; L'Homère même 4ie la, France Est pour nous , ses ^ntemponiias , Qui yÎYOns loin de sa présence , Aussi mort quftées i^'ands Ronuins.
Tons les siècles seront les maitre»
De Tos ouvrages immortels;
Ils^urront à. leur tour connaître
Tant de talens universels.
Pour moi , j*ose un peu plus prétendre ;
Avide de tons vos écrits.
Je veux , de vos charjoief épria, ,
Vous voir y vous lire et vont entendre.
Dans ce mom^t je reçoÎB le tome: où se trouvent OrestBj une lettre sur les mensonges, etc. , et une autre au maréchal de Schullembourg. Vous m'avez place tout au milieu d'une lettre où je suis surpris de me trouver. . Vous savez relever les petite»^ choses par la manière dont vous les mettez en ctutvt^. Je vois combien vous êtes un grand maître eil éloquence. Oui, si Véloquence ne transporte pas des montagnes comme la iFbi , elle abaisse les hauteurs, ^Hei^ji^e les fonds, elle est maîtresse de la nature, et suïtûtit du cœur humain. La belle science ! qu*heureu^,^Qnt ceux qui la possèdent , et surtout qui la manient av^ autant de supériorité que vous!
J'^ cru que vous aviez> il y a long-temps, ces Mémoires de notre^cad^mie. On. les relie actuellement,, et
CORRE5P. àVEC I.BS SOUTERAtHS. T. II. 0
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i 3b coRBESPOirnAïTcÉ ~
oh voiià lés éhyèrtà mcbntinent. Vous y tfoaverez répandus quelques uns de mes ouvrages; hiids je dois vous avertir que ce ne sont que des esquîsset. Fei employé, depuis , un temps considérable à les COrrigéi'. On en fait actuellement une édition avec des augmentations et des corrections nombreuses, qui sera plus digne de votre attention. Vous l'aurez dès que l'imprimeur aura achevé sa besogne.
Vous me demandez mon poëbie ; mais il Hë peut point se montrer. D'Âmaiid rous mandera te qu'il contient
JTosaîf de mi» pûkccanx faardis- Croquer le ciel da Banatique , Son enfer et iôb pài^dift, Et me gausser en hérétîqtié De ces foudre hôH de pràâ^e Dont Rome écrase les mat^diitt ; Mais dé hiéÂi Vâl ta^t étbtu^dis, Dont je connais le ton catih(qùéy Je cache le recueil é)pi(}né A Tos indièdret^ de Pài^.
Gertttkl Bùjét qtâ chei Vôlis l^rille, Grand firondeur de plaisans écrits y Ferait condamner par. ses cris Mes pauyres vers i la bastille.
Je hais ces funestes laml)rb i Ma Muse, le» Jeux ec ïëi Kil Dans ma demeure tant- gentille Ne craignent point pareils mépris. , Cest assez iorsqu*en sa jeunesse OnâtitédêlapfriSûii; * Mtts dans lige de ta liagede^ Y retourner, c'est déraison. ^
Aîhsi , ihôîfi éhèr Voltadré , A ibus voulez Voir de mes sottises , a fem veiiii' sW les ïîéut tfi n*y a plus moyen de reculer. lie po&hfe, à la vérité, Yie Vôtà pa^efa *pàM des ïiitigués dii 'vb'yagié ; 'mais le poète (j(ài voti* àdme en vaut
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AVEC LE ROI D£ PHlJSfié. — i75o. l3t
peut-être la perne^ Yûus verret iei wtk philoiophe qui n'a d'autre pasûon que eell^ de Fëtude, et qui tait, par les dil&mlt^6 qu'il trouve dans sou travail, reconnaît!!^ le mérite de ceux qui, tômme Voué^ y réussissent aussi supérieurement
Il est ici une petite communauté qui érige des mtels au dieu invisible ; mais prëues-y bien garde , des bérétiqtlos élèveront sÀranent quelques autels à Baal , si notre dieu ne se montre bieutdf. Je n'en dis pas daTantage^
Adieu* Finiatc.
DE M. DE VOLTAIRE. ^
AP«ri«,la8 mû.
Oui f grand homme, je vous le dU :
IL£aut que je me renouveUe.
J'irai dans totre paradis ^ l>n ftn ^ m'emlirasait jadis Bessawâter quelque édneeiie , Et dsâS votre Ramme iramOitelIe Tremper mes ressorts engourdis.
yoU« bonté y tôtre éloquence, Vos Tcvs coulant àveO aisance, De jour en joar plus arrondia, Sont ma fontaine de Jouvence,
Mais il ne feut pas tromper soii héros. Vous rérteï, sîre , un malingre , un mélancolique, à qui -votre majesté fera beaucoup de plaisir, et qui ne vous en ferâ guère : maû imagination jouira de la vôtre. Ayez la bonté de TOUS attendre à tout donner sans netï recevoir. Je suie réellement dans un très triste état ; d'ArUaud peut voUs en aroîr rendu compte. Mais enfin vous savez que j'aime cent fois mieui^ mourir auprès de vous qu'ailleurs. Il y a encore une autre difficulté. Je vais parler non pas au roi y mais à l'homme qui entre dans le détail des misères
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I 'i% CORWESPOBrDAJrCE
humaiines. Je suis riche , et même très i^iche pour un homme de lettres. Tai ce qu'on appelle à Paris monté une maison où je vis en philosophe avec ma famille et mes amis. Voilà ma .situation : malgré cela , il m'est impossible de faire actuellement une dépende extraordinaire ^^premièrement , parce qu'il m'en a beaucoup coûté pour étabUr mon petit ménage; en second lieu, pai^e que les affaires de madame du Ghâtelet, mêlées avec ma fortune, m'ont coûté encore davantage. Mettez, je vous en prie, selon votre coutume philosophique, la majesté à part , et souffrez que. je vous dise que je ne veux pas vous être à charge. Je ne peux ni avoir un bon carrosse de voyage, ni partir avec les secours nécessaires à un malade, ni pourvoir à mon ménage pendant mon absence , etc. , à moins de quatre mille éclis d'Allemagne. Si Mettra, un des marchands correspondans de Berlin, veut me les avancer, je lui ferai une -obligation et le rembourserai sur la partie de mon bien la plus claire qu'on liquide actuellement. Cela est peut-être ridicule à proposer; mais je peux assurer votre majesté que cet arrangement ne me gênera point. Vous n'auriez , sire, -qu'à faire dire un mot à Berlin au correspondant de Mettra , ou de quelque autre banquier résidant à Paris : celât serait fait à k| xéceptipn de la lettre, et quatre jours après je partirais. Mon corps aurait beau souffrir, mon ame le fera bien aller; et cette ame j qui est à vous, serait heureuse. Je vous ai parlé naïvement, et je supplie le philosophe de dire au. monarque qu'il ne s'en fâche pas. En jap, mot, je sui|S prêt; et si vous daignez m'aimer, je quitte tout, je pars, et je voudrais partir pour passer ma vie ^ vos pieds. : '
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — i75o. j33