JOU KOI, DE PRIASSE
" A Vouâàm, ce a4 nuû. '
Pour une brillante beauté y
Qui tentait son désir lubrique ,
Jupiter ayec dignité
Sut faire l'an^a^t magnifique^
L*or plut, et son pouvoir magique» •
De cette amante trop pudique^
Fléelûtriustèk-ecnlauté. i ■. .i -'■'.'
Ah ! rî, dans sa gloire éternelle, Ce dieu si g&lailt s'attendra « : ^. . . Sur les appas d'une mol>telle ,[ ., i Stupide, sans talens,' mais belle, Qu'aurait-îl fait pour votre èsprii?
Pour rendre son élel plus aimable ,
Près d'Apollon , près de Bacehus , • -'
Il TOUS aurait ibis à. sa table , •
Pour moitié vous donnant Vénus.
Son fils, enfant plein de malice.
Et dont l'arc est si dangereux ,
Vous aurait bli^é par caprice;
Mais dans ce séjour de délice
Ses traits ne font que des heureux.
Hébé vous eût offert un verre. , .
Rempli du plus exquis nectar ; Mais vous le connaissez , Voltaire , Vous en avez bu votre part , Cétait le lait de votre mère.
Voilà comme le roi des dieux
Vous aurait traité dans les cieux ;
Pour moi, qui n'ai point l'honneur d'être
L'image de ce dieu puissant,
Je veux , dans ce séjour champêtre,
Vous en procurer tout autant ;
Je veux imiter cette pluie
Que sur Danaé le galant
Répandit très abondamment ;
Car de votre puissant génie ,
Je me suis déclaré l'amant.
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] 34 GORBESPONDANGE
Mais comme le sieur Mettra poun*ait réprouver une lettre de change en vers , j'en fais expédier une en bonne forme par son correspondant , qui vaudra mieux que mon bavardage. Tous êtes comme Horace, vous aimez à réunir 1 utile à lagréable; pour moi, je crois qu'on ne saurait assez payer le plaisir, et je comp^ «voir fait un très bon marché avec le sieur Mettra. Je payerai le marc d'esprit à proportion que le change hausse. Il en faut dans la société; je l'aime, et l'on n'en saurait trouver davantage que dans la boutique de Mettrs^
Je vous avertis que je pars pour la Prusse, que je ne serai de retour ici que le 22 de juin , et que vous me ferez grand plaisir d'être id vers ce temps. Vous y serez reçu comme leVirgile de ce siècle 5 et le gentilhomme ordinaire de Louis XY cédera, s'il lui plaît, le pas au grand poète.
Adieu : les coursiers rapides d'Achille puissent-ils vous conduire, les chemins montueux s'aplanir devant vous! Puissent les auberges d'Allemagne se trapisformer en palais pour vous recevoir ! les vents. d'Éole puissent-ils se renfermer dans les outres d'Ulysse; le pluvieux Orion disparaître, et nos nymphes potagères se changer en déesses , pour que votre voyage et votre réception soient dignes de l'auteur de la ffenriade! Fspbric.
DE M. DE VOLTAIRE
A Pam , 9 joiik Voire très vieille Danaé Va quitter son petit ména|D;e Pour le beau séjour étoile Dont elle est indigne à son âge.
L'or par Jupiter envoyé N*est pas Fobjet de son envie ; Elle aime d*un cœur dévoué Son Jupiter y et non sa pluie. '
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AVEC IJ5 ROÎ DE PBUSSE, — l75o. l35
Mais c'est en yain que Ton médit 0e ces gouttes très talutnires ; Au siècle de fer où Ton -vit, Les gottttef (iV ^f>^^ nécessaire
Oo peut du fond de son tandis , Sans argent , Tame timorée , Entouré de cierge^ béniu,.
Aller tout dr««t m p^^adif »
Mais non pas dan^ votpe ^mpyrtée.
Je ne pourrai pourtant^ firp^ êtjpç ^ana votre ciel que vers le» premiera joups de juillet Je ferai, aoyez-en sûr, tout ce que je poutrai pour arriver à la fin de juin. Mais la vieille Dana^ est trop avisée pour proipettre légèrement ; et quoiquelle ait ^ame très vive et ^è» impatiente, les années lui pnt appris à modérer aes ardeurs. Je viens d'écrire à M. de Raesfeld que je serai , au plus tard dans les premiers jours de juillet, (dans vos états de Clèves, et je le prie de penser au vorspann*^. Je vous fois, sire, la même requête. F^tes de belles revues dans vos royaumes du Nord, imposez à Tenipire des Russes, soyei l'arbitre de la paix, e# revenez présider à votre Parnasse. Vous êtes l'homme de tous les temps, de tous les lieux, de tous les talem. Recevez-moi au rang de vos adorateurs; je n'ai de mérite que d'être le plus ancien. Le titre de doyen de ce chapitre ne peut m'être contesté. Je prendrai la liberté de dire de votre ntajesté ce que La Fontaine, à mon âge, disait de» fembies : « Je ne leur fais pas « grand plaisir, mais elles m'en font toujours beaucoup. »
Ah I que mon destin sera doux Dans TOtre céleste demeure !
Que d'Arnaud tItc à tos genoux , Et que TOtre Voltaire y xpeure !
Je me mets aux pieds de votre majesté.
* Konpann , mot allemand qui ^f;tnù» relais. {ÈJ. de Kehl.)
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DE M. DE VOLTAIRE
A Compiè^ne , le 2O jniii.
Ainsi dans y os galans écrits \
Qui Tont courant toute la France ,
Vous flattez donc l'adolescence
De ce d'Arnaud que je chéris,
Et lui montrez ma décadence**.
Je touche à mes soixante hivers :
Mais si tant de lauriers divers
Ombragent votre jeune tête.
Grand homme, est-il donc bien honnête
De dépouiller mes cheveux blancs
De quelques feuilles négligées ,
Que déjà l'Envie et le Temps
Ont, de leurs détestables dents.
Sur ma tête à demi rongées ?
* Les vers qui commencent cettre lettre ont été imprimés aussi dans l'édition de Kehl , parmi les Épîtres, Noos rétablissons la pièce entière k sa véritable place. (iVouc. Ed,)
** Yoid les vers que le roi de Pfosse avait £aiits pour M. d* Arnaud :
D'Anuind, par TOtre beau géaia, YeiMa réchauffer nos cantons , Et de» sont de votre harmonie BéreiUer ma mnse assoupie , Bt diriniser nos Manons.
L'amoor préside à to3 chansons, Bt dans tos hymnes que j'admire, La tendre vulapté i;^pire .
Bt semble dicter ses laçons.
Bient^ sans être téméraire , Prenant rotre toI jusqu'aux deux.
Vous ponrres égaler Voltaire, Et près de Virgile et d'Homèm Jouir de tos soccès heureux.
Déjà l'Apollon de la ftutcp S'achemine à sa décadenoe; Venez briller à votro tour, Élerez-Tons, s'il baisse encore z Ainsi la eonchant d'un beau jour Promet une pins belle aurore. R.
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — I75o. iSj
Quel diable de Marc-Antonin I £t quelle malice est la TÔtre !
Égradgnez-Yous d'une main Lorsque vous protégez de Tautre ?
Croyez , s*il vous plaît , que mon cœur , En dépit de tacs onze lustres , Sent encor la plus noble ardeur Pour le premier des rois illustres.
Bientôt nos beaux jours sont passés.
L'esprit s'éteint, le temps l'accable ; Les sens languissent émoussés »
Gomme des convives lassés Qui sortent tristement de table.
Mais le cœur est inépuisable, £t c'est vous qui le remplissez.
Je ne suis à Compiègne, sire, que pour demander au plus grand roi du Midi la permission d'aller me metg^e aux pieds du plus grand roi du Nord ; et les jours que je pourrai passer auprès de Frëdéric-le-Grand seront les plus beaux de ma yie. Je pars de Compiègne après demain. Je suis exact; je compte les heures, elles seront longues de Compiègne à Sans-Souci. Il y a cent mille saU qui ont été à Rome cette année ; s'ils ayaient été des hommes, ils seraient venus voir vos miracles.
Continuation de la mime lettre.
A GlèviS, ce â juillet.
Sire , j'avais envoyé ma lettre à votre chancelier de Clèves, et j'arrive aussitôt qu elle; je la rouvre pour, remercier encore votre majesté. Je suis arrivé me portant très mal. En vérité , je vais à votre cour comme les malades de l'antiquité allaient au temple d'Escûlape. •
Ici j'acquioY un double grade ; Je suis de votre majesté Et le sujet et le malade.
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1 38 COBE^POlTPAJf CE
Je fait ma cour à la Naîiide De ce beau lieu peu fréquenté , De son onde je bob rasade.
La Nymphe, pleine de bonté, A mes yeux a daigné paraître ; Elle m'a dit : « Ce lieu cbainpétre « Pourrait te donner la santé.
« Mais yole auprès du roi mon maître : « n donne l'immortalité. •
Ty vole, sire; j'arriverai mort ou vif. Je par$ d'ici le 5 ; mon misérable état et plus encore mon carrosse cassé me retiennent trois jours.
Je supplie votre majesté d'avoir la bonté d'envoyer Tordre pour le uorspann au commandant de lipstadt, et de daigner me reconmiander à lui. C'est une chose affreuse pour un malade français, (jui n*a que des domestiques français , de *ûounr la poste en Allemagne. Érasme s'en plaignait U y a deux cents ans. Ayez pitié de votre malade errant.
Je reoachèce ma lettre , et je renouvelle à votre majesté mon profond respect et ma passion de voir encore ce grand homme.
DE M. DE VOLTAIRE
Dans vote Pamane db PtmnsBisag y ce 8 octobre.
Font 4t«i roi sérène» et citoyen humain. Vous l'ayez dit : L| chose ^t y^ritable. Comme roi , je tous sers ; tous m'admettez à table * £n ^laÛté de citoyen ;
St copmnfs ip toe for^ liWPMff^« Vons excusez un pûséraMç Qui ne put Assister à ce souper divin y Bar la raison qu'il souffirait comme un diable.
Daignez , grand homme , daignez , sire , me pardonner. Je ne vous dirai pas , plaignez-moi , car je ne souffre pas
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AVEC LB ROI m PBUSSE. »— l75o. J^
plut icd qu'ailleurs, et j y suis beaucoup plus henreuXé Qo est heureux par l'enthousiasme , et youi styez si vous m'en inspirez. Vous, sire , et le trayail , voilà tout ce qu'il faut à un être pensant, Gontiniiez i faire de beaux vers; mais ne mettez jamais la tragédie de ^émiramîs en opéra italien, quand mâme madame la margrave * vous en prierait. C'est un ouvrage diabolique.
Quelque jour vous ferez Conradin en trois actes H nous la jouerons.
Je me prosterne devant votre sceptre, votre lyre, votre plume y votre épée, votre imagination, votre justesse d'eqprit et votre universalité.
DE M. DE VOI/TAIRE
Sire, je me confie, comme de raison , au plps honnête hoQune et au plus discret de votre royaume. Je ne suis venu ici qi^e pour lui; j'ai tout abandonné pour m'attaicher umquement à lui; il m^ rend heureux; je compte p^^sser }e peu de jourf qw me restent à ses pieds, h ne dois îiea l^i çiicher«
D*Am^i ^ is^mé la :mame dans le champ du r^os et de Ul pai^ ^. 0 a fait confidence à monseigneur le ppAce Hepiti du to^r CTjjgl qu'il voulait me jouer à Paris, et il 9 nin^ 4^ I^ cqofiÇbpee dont son altesse jv^y^Ue l'bonojre pour le tycanper, ^t ppjir se piénager,à ce qii'ij pr^tf nd^j^pe resspurq^ €$ jiw excuse lor^ue la calomnie serait découverte. Le respect pour votre majesté me défend d'entrer dans les détails de la con-
* Probablement U margraye de Bareith , sœur du roL {Md, de KehL) ** Voyez dans la Cormspondance générale la lettre da 14 novenobre X7S0, ^a comte d'Argental. (^ow, Édit.)
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l4o CORRESPQJfDATVCE
duite de d'Arnaud. Maïs , sire, voyez ce que vous voulez que je fasse. Tai passé par dessus les bienséances de raon âge; j'ai représenté des rôles pour la famille royale; j'ai obéi avec joie aux moindres ordres que j'ai reçus, et en cela je crois avoir fait mon devoir. Mais puis-je jouer la comédie chez monseigneur le prince Henri avec d'Arnaiïd , qui m'accable de tant d'ingratitude et de perfidie.^ Cela est impossible. Mais je ne veux pas faire le moindre éclat. Je crois que je dcyis garder sur tout un profond silence. Il me semble, sire, que si d'Arnaud, qui va aujourd'hui à Berlin dans les carrosses dé monseigneur le prince Henri , y restait pour travailler, pour fréquenter l'Académie, en un mot, sur quelque prétexte , je serais par là délivré de l'extrême embarras où je me trouve. Son absence mettrait fin aux tracasseries sans nombre qui déshonorent le palais de la gloire, et troublent l'asile du repos le plus doux. Je m'en remets aveuglément à la prudence, à la bonté de votre majesté. Je ne parlerai pas même à d'Arget de tout ce que j'ai l'honneur de vous écrire. Soyez très sûr que la^conduite de d'Arnaud peut faire un éclat très fâcheux dans l'Europe , par la foule des gazetiers et des barbouilleurs de papier, qui veulent deviner tout ce qui se passe chez votre majesté. Au nom de votre gloire, sire, prévenez tout cela, et soyez bien sûr^^^pe mon attachement pour votre personne îG^rpasse beaucoup l'embarras où je me vois. Quels petits chagrins ne sont pas noyés dans le bonheur extrênie de voir et d'entendre Frédéric- le- Grand !
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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — i75o. -l4l
DE M. DE VOLTAIRE. i
Sre, mon secrétaire m'a avoué que cTAornaïud laTah séduit, et lui avait tourné la tête au point de l'engager à Yoler le manuscrit ^i question pour le faire imprimer. D m*a demandé pardon; il ma rendu tous mes. papiers.
Votre majesté verra que je mettrai à la raison le Juif Hirschèll aiissi facilement. Je suis très afflige d^avoîr un procès; mais s'il n'y a point d autre moyen d'avoir justice; st HirscJbell t«ut abuser de ^ma facilité pàur nus voler environ onze mille ecus; si /{uelques :(x>nseBlers ou avocats , ou M. de Kircheisen , ne peuvent être chargés de prévenir le procès et d'être arbitres ; s'il faut que je plaide contre un, Juif que j'ai convaincu d'avoir agi contre sa signature , c est un malheur qu'il faut soutenir comme bien d'autre» : la vie en est semée. Je n'ai pas vécu jusqu'à présent sans savqir souffrir. Mais le bonheur de vous admirer et de vous aîmer. eslj une consolation bien chère.
BÊ M; DE VOLTAÎR^
Sire y eh bien ! votre ntajësté a^raison:, et la plus grande raison du monde; et moi , à mon âge , j'ai un tort presque irréparable. Je ne me suis jamais corrigé de la mauvaise idée d'aller toujoqrf en ^vî^nt.darw toutes les affaires , et quoique très persuadé qu'il y a mille occasions où il faut savoir perdifeet^ se. taire, et. quoique j'en eusse Texpérience, j'ai eu laragevde vouloir prouva que j'avais raison contré un homme avec lequel il n'est pas même permis d'avtoîr iraison. Gomp^ que je suis au désespoir ^
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l4a COHRSSPONDAlfCS
et qae je n*ai jamais senti une douleur si profonde et si amère. Je me suis privé de gaieté de coeur du seul objet pour qui je suis venu ; j*ai perdu des conférences qui m'éclairaient et qui me ranimaient ; j'ai déplu au seul homme à qui je roulais plaire. Si la reine de Saba avait été dans la disgrâce de Salomon, elle n'aurait pas plus souffert que moL Je peux répondre au Salomon d'aujourd'hui que tout son génie n'est pas caqiaUe de me faire sentir ma faute au point où mon canirme la fait sentir. J'ai une maladie bien cruelle; mais elle n'approdfê pas 9 en vérité, de mon affliction, et cette afRiction n'est égale qu'à ce tendre et respectoeui attacdiement qui ne finira qu'avec ma vie.
DE M. DE VOLTAIRE
Potidam , z5 d^ctaibvt.
Je Tais donc tous quitter, 6 champêtre séjour ! Retraite du Trai sage, et tenq>le du Trai juste I
Py Toyais Horace et Salluste; rétais auprès d'un roi, mais sans être à la cour. Il Ta donc étaler des pompes qu'il dédaigne. D'un peuple qili l'attend eofutenter les désirs ! Il Ta donc s'ennuyer pour donner des plaisirs 1 Que j'aimais l'homme en lui ! pourqubi fuit-il quil revoie .